Nouvelle Écosse - Nouveau Brunswick

 

Tout est nouveau ici : l'Écosse, le Brunswick, Glasgow... Les colons soit n'avaient que peu d'inspiration, soit voulaient reproduire à l'exact et peut-être avec nostalgie ce qu'ils avaient quitté.

 

Bien. Le début de la traversée entre terre Neuve et Sydney est houleux. Dès la sortie du port je m'applique à respirer profondément et à fixer l'horizon. C'est long 7 heures. Après déjà deux ou trois heures, les vagues sont un peu moins creuses et je trouve la force d'aller jusqu'à l'arrière du bateau où je suis moins brassée. Une demie-heure avant de débarquer j'ai même faim, et avale quelques tartines que Claire me prépare avec soin. Pas sac à beurrrkk ! Gagné !

 

Nous voici en Nouvelle Écosse sur l'île du Cap Breton. La maison de nos hôtes est à 23 km, mouahaha, qu'il faudra refaire à l'envers. J'y reste deux nuits. Avec Claire, nos chemins se séparent momentanément ici. Non non, on ne s'est toujours pas foutu sur la gueule, mais Cap Breton c'est le spot mondial de la musique irlandaise et Claire va donc aller de session en session pendant une semaine, revenir sur ses pas parfois, puis voir des amis à Halifax. Je décide de suivre un autre itinéraire. Elle connaît la Gaspésie, moi non. Rendez-vous est pris pour le 30 juin au soir quelque part le long du Saint Laurent.

 

La journée de repos à Sydney m' a été très profitable, nos hôtes attentionnées m'ont bichonnée et je pars en pleine forme. Le tour du Cap Breton à vélo est (soit-disant) l'une des 10 plus belles randonnées cyclistes au monde, pas moins. Premier jour avec une météo parfaite, je me régale et bivouaque sur la plage dans une véranda en moustiquaire d'une maison plus ou moins abandonnée. Fantastique, la baie d'Ingonish dans toute sa splendeur. Si les entrées de parcs nationaux sont gratuites cette année au Canada, les campings eux, sont très chers et le bivouac sauvage est interdit. Je suis entrée dans le PN du Cap Breton mais en suis ressortie pour dormir. Depuis la véranda-moustiquaire que j'ai dégoté pour la nuit, les lueurs crépusculaires sur la baie d'Ingunish me laissent bouche bée. Le « Cabot trail » est effectivement très beau, 250 km très vallonnés, voire montagneux pour faire le tour de ce Cap. Il faut un peu d'énergie quand même, les montées y sont rudes et fréquentes. On ne fait pourtant qu'effleurer les 500 m d'altitude. Les paysages sont très beaux. Ici, c'est la pleine saison de l'explosion des verts, les feuillus sont dans tous leurs états, mélangés aux épicéas, et ce, jusqu'à l'océan d'un bleu profond. La côte est belle, tout est spectaculaire. Je croise Claire peu avant ma sortie du parc, nous sommes en avance sur ce qu'on avait prévu, et pressées l'une comme l'autre de terminer notre étape ! On aurait du se croiser un jour plus tard. Je passe la nuit à l'entrée du parc national avec la bénédiction du garde.

 

Le lendemain, ma route longe plus ou moins la côte, belle encore, petite route agréable posée sur le terrain et qui en épouse bien tous les reliefs. Chéticamp me laisse sous le charme, petit port de pêche, maisonnettes colorées et éparpillées le long de l'axe principal. En fin d'après midi, une femme rencontrée à la superette de Mabou m'offre l'hospitalité et m'installe dans une dépendance à hauteur des frondaisons denses, où je dispose de quasi toutes les commodités.

Le lendemain, arrivée à Afton, je suis logée chez Jack du réseau Warm shower, un Néerlandais installé ici depuis 24 ans, marié à une indigène. Les Mi'kmaw sont arrivés ici il y a plus de 10 000 ans, par l'Ouest et le détroit de Béring. Ils se sont d'abord installés en Gaspésie, puis en Nouvelle Écosse, Ile du Prince Édouard et une partie du Nouveau Brunswick et de Terre Neuve. Ils parlent une langue algonquine et sur les 20 000 indigènes restants, environ 1/3 la parlent toujours. Leur mode de vie d'antan était le même que les peuples sibériens : chasse, pêche, commerce de peaux contre objets en métal (couteaux, chaudrons...). Jack tient une minuscule boutique de cigarettes détaxées. Les « native people » ont quelques avantages de cette sorte après avoir été bien spoliés par les colons. D'ailleurs dans le journal du lendemain un dessin humoristique montre un indigène, boulet au pied, pour fêter les 150 ans de la naissance du Canada. Ils habitent dans des « réserves », eh oui... Ils sont très typés, foncés de peaux, et comme partout ailleurs, sont un peu les « laisser pour compte » de la société. Ce n'est pas un scoop.

 

Antigonish, New Glasgow, Pictou, River John, Tatamagouche, Wallace, Miramichi, Petit Rocher, Belledune, Shédiac, Campbellton... les noms se suivent et ne se ressemblent pas. Des étapes d'une centaine de kilomètres depuis Sydney me permettent d'allonger le trait régulièrement sur la carte que je stabylote chaque soir avec délectation. Parfois pourtant une demie-journée de pluie me donne une bonne occasion pour me reposer un peu. J'ai l'occasion aussi de franchir quelques ponts monumentaux, comme celui du Bras d'Or ou de Miramichi, appelé le pont du centenaire.

 

La côte que je longe est sauvage et belle, pas très peuplée. Les forêts ou les champs viennent jusqu'à l'eau et des maisons colorées égayent le littoral. Des baies douces à l'eau peu profonde, entourées de marais et peuplées de nombreuses espèces d'oiseaux me font tourner la tête souvent. Les propriétés ne sont pas délimitées par des haies, et encore moins des murs, l'espace est ainsi ouvert et joli à regarder. Après chez Jack, j'ai dormi dans un cabanon chez des particuliers, puis dans une salle inoccupée d'un B&B où j'ai déroulé mon matelas, bien contente d'être à l'abri de la pluie et au chaud. La nuit d'après, j'ai reposé mes jambes dans la caravane de Steve et Natalie avec qui j'ai passé une excellente soirée, puis chez James, un Warm shower chez qui j'ai dégusté du homard. Il faut dire que Shédiac est la capitale mondiale du homard et ils en mangent comme on avale une saucisse de Morteau ou un Mont d'Or.

 

Je suis arrivée en Acadie, les gens parlent français mais j'ai parfois des difficultés à les comprendre. Oh l'accent est délicieux et les expressions me font sourire.

Sur la route, déjà deux crevaisons et un pétage de câble (de dérailleur arrière). Sauf que mon câble de rechange était 10 cm trop court, quelle négligence de ma part ! Donc 40 km sur le petit pignon et heureusement encore, une grosse bourgade se trouvait là, avec un vélociste fort sympathique !

 

Au Nouveau Brunswick, les secteurs de la pêche, médicaux et du tourisme semblent être les plus gros pourvoyeurs d'emplois. Avant, il y avait des papeteries, comme à Terre-Neuve.

 

Arrivée à Bathurst, j'ai pris la route de la côte acadienne, l'océan est là tout près mais ne fait pas de vagues. Je longe en fait la baie des Chaleurs et en ces jours orageux elle porte bien son nom. J'essaie de passer entre les gouttes, n' y parviens pas toujours. Certains villages parlent majoritairement Français, d'autres sont anglophones, mais dans tous les cas, comprendre les gens demande une certaine attention. Accent à couper au couteau... À Belledune, je longe un port industriel énorme puis une scierie toute aussi importante. Je ne peux m'empêcher de penser encore à ce documentaire qui maintenant date un peu : « L'erreur boréale », qui traitait du problème de déforestation massive au Québec. Derrière les 40 mètres de forêt le long des lacs et des routes, les vues du ciel montraient une terre totalement dévastée dans des concessions données par l'État à des entreprises qui négligeaient de replanter correctement et se trouvaient surpris, un jour, de toucher la concession voisine. Il doit encore être visible en libre sur internet. Je ne sais ce qu'il en est aujourd'hui de la politique forestière mais il y a deux décennies, c'était grave.

 

La baie des Chaleurs fait partie du gigantesque golfe du Saint Laurent, séparé de l'océan par Terre-Neuve et deux passages : les détroits de Belle-Isle au Nord et de Cabot au Sud. (que nous avons franchi en bateau il y a maintenant 10 jours). De Belledune, je vois l'entrée de la baie des Chaleurs, entre la péninsule de Gaspésie couverte de montagnes et l'île Miscou.

 

Montréal et Québec sont à l'Est du Canada, mais je suis encore à l'Est de ces deux villes. À Campbellton avant de rentrer dans la province de Québec, j'ai déjà 2300 km au compteur. Cette ville aussi possède son grand pont, qui ressemble un peu aux précédents, métallique. À l'heure où ils ont été construits, il y a longtemps que la construction en pierres avait été abandonnée outre Atlantique. A l'autre extrémité du pont, je serai dans la province du Québec, prête à affronter les montagnes russes de la péninsule de Gaspé et à longer les Monts Chic-Chocs.

 

A bientôt.

Traversée de Terre-Neuve

 

31 mai, lessivées, séchées, toutes nos affaires en ordre, nous prenons la route sous un soleil radieux et un ciel bleu qui semble être une exception à la règle dans ces confins nord-américains. Profitons-en. Le premier soir, après une étape d'une centaine de kilomètres en montagnes russes avec vent de face, l'employée d'une crèche d'enfants nous met à disposition une maisonnette. La journée du lendemain est marquée par la vue de deux orignaux en bord de route. Il fait froid mais sec, nous faisons halte à la mi-journée dans une petite épicerie perdue au milieu du rien, tenue par un papy Terre-Neuvien pur sucre. Le soir nous trouvons refuge sur une terrasse abritée en bordure d'un terrain de base-ball où des équipes de femmes jouent jusqu'à la nuit noire. Une autre fois nous dormirons dans un minuscule local ouvert vers une patinoire municipale hors d'usage en cette saison, et le lendemain dans un abri dans un parc d'enfants. Une jeune femme du village viendra nous y apporter des fruits et des yaourts, une heure de discussion et l'offre d'une douche que nous refusons, étant déjà installées et lavées depuis un moment. La nuit suivante, alors que nous faisons halte à la mi-journée dans un motel pour pique-niquer au chaud, une chambre nous est offerte, ainsi qu'une soupe, un café, la lessive et le séchage, bref la totale. Un soir plus tard, après une journée pluvieuse encore, un type nous indique un abri au bord de la rivière et vient nous allumer un feu, avec une bonne réserve de bois qui permettra le séchage de toutes nos affaires. Le lendemain, nous sommes accueillies, je dormirai dans l'atelier, nous aurons douche et repas. Après le souper, nos hôtes nous emmènent en auto voir une baie emplie de glaçons tout droit venus de l'Arctique, poussés par les vents. Impressionnant et extraordinaire, juste à la lumière rasante du soleil déclinant. Sur le retour, un détour par une décharge municipale nous fait voir quatre ours noirs en train de se repaître de déchets en tous genres. Nous partirons de cette maison avec une verrine de confiture maison et chacune une paire de chaussons en laine. Le lendemain alors que nous pique-niquons, une jeune femme nous donne spontanément deux confiseries et disparaît avant que nous ayons eu le temps de la remercier. Un chauffeur routier qui nous avait vues plusieurs fois s'est arrêté pour nous donner une barre de céréales et un jus de fruit chacune.

 

Ceci pour dire l'hospitalité et la bienveillance des habitants de l'île, qui compensent le manque de chaleur d'autre part, surtout la première semaine.Car si le cœur des gens semble chaud et leur esprit ouvert, la nature est rude et les conditions climatiques pas toujours très faciles. Les températures sont basses, quelques degrés de positif seulement et surtout, l'humidité. Crachin qui finit par mouiller, qui oblige à pédaler avec les tenues de pluie sous laquelle je prends un sauna permanent, et l'impossibilité de faire sécher le soir venu, même à l'abri, tant l'air est saturé d'eau (91 à 95 % suivant les jours). Renfiler des habits humides au matin... hum quel bonheur. Cela ôte toute envie de faire des détours et il va sans dire que toutes les occasions et propositions pour passer un moment au sec et au chaud sont exploitées. Cependant, le dernier tiers fut plus sec, plus ensoleillé, plus chaud et ce temps nous a au moins permis d'éviter ces nuées de mouches qui piquent qui font la réputation de cette contrée.

 

Nous avons pédalé sur la seule route qui traverse l'île de St John's à l'Est, à Port aux Basques au Sud. Un bandeau d'asphalte de 900 km, large, la plupart du temps à quatre voies avec de confortables banquettes qui nous vont bien. Elle a des hauts et des bas cette route, des montagnes russes ou de longs faux plats, et guère de plat. Nous ferons jusqu'à 1200 m de dénivelée positive et nos étapes mesurent 90 km en moyenne. Il y a bien la "voie verte", l'ancienne voie de chemin de fer qui traverse l'île et a été réhabilitée en piste vtt (est vendue comme telle) mais le passage répété des quads a fait que même les quads ne peuvent plus y passer tant tout est détérioré... Elle se revégétalisera bientôt ! 405 000 km² pour 528 000 habitants dont 100 000 à St John's. La population se concentre sur les côte Nord et Est de l'île, le contour en est très découpé, forme une multitude de baies, de fjords, de presqu'îles et de péninsules. À l'Ouest, une chaîne de montagnes barre l'accès facile à la mer. Au sud de la route, pas grand monde. Au centre de l'île, des milliers de kilomètres carrés de tourbières, de lacs, de forêts impénétrables, aucune voie d'accès. Les forêts sont parfois d'une densité qui m'étourdit : des allumettes en boite., et dans certains sous-bois ombragés il reste de la neige pour un moment. Des bouleaux, pas encore feuillés malgré juin, des épicéas pas très grands et des arbustes, de l'eau, des lacs immenses d'un bleu profond. La carte de l'île donne le vertige. La toponymie de l'île, les noms des lacs, des rivières, des baies sont géographiques, ou tirés de noms d'animaux ou de prénoms mais n'ont pas la magie de ceux de Terre de Feu qui étaient ceux d'explorateurs, de déboires ou de victoires. Les infrastructures humaines sont peu nombreuses mais toutefois salvatrices. Sans elles, je serais incapable de survivre dans cette nature. Parachutée au milieu de ce no man's land, je ne donnerais pas cher de ma peau.

 

Les gens vivaient ici de la pêche mais aujourd'hui, même si cette activité persiste dans quelques communautés côtières, beaucoup d'hommes vont travailler sur le continent, en Alberta, dans le pétrole et par rotations de trois semaines. À part ça il y a l'exploitation forestière. Terre Neuve a sa propre identité et dire que les habitants en sont fiers est peu dire.

 

À Appleton à côté de Gander, dans le parc pour enfants où nous avons passé une nuit, il y a un morceau du World Trade Center. Quand eut lieu la catastrophe, une partie des avions qui devaient atterrir à New York ont été déroutés sur Gander et les passagers furent logés chez les familles des alentours. Il était impossible de trouver un lieu plus aux antipodes en matière de densité humaine. New York – Gander. À Gander, l'hôpital et la base militaire sont les deux institutions qui fournissent le plus d'emplois à la population.

 

Les kilomètres défilent, une bourgade tous les 50 ou 100 bornes permet le ravitaillement alimentaire. Ils roulent tous dans d'énormes pick-up 4 x 4 et quand après l'étape nous enfilons les chaudes doudounes, nous envions les bras nus des enfants qui jouent, rouges de chaleur...

 

À partir de Deer Lake, il a commencé à faire bon, le ciel s'est dégagé, et après Corner Brook, le terrain est devenu très collineux. Le relief s'est accentué, petites montagnes toujours recouvertes de forêts, avec des lacs dans chaque creux comme des bijoux dans des écrins, lovés dans des endroits que l'on découvre au dernier moment, taches de lumière dans l'immensité forestière. Tel un immense serpent dans ce paysage démesuré, la route trace. La circulation est beaucoup moins dense et nous sommes bien, avides de ces grands espaces. Nous passons notre dernière nuit à Saint Andrews chez deux jeunes filles Warm Shower où la soirée fut fort agréable. Derrière les baies vitrées, le vent fait rage et la rivière est bien mouvementée, les arbres se balancent et la pluie dégringole.

 

Il nous restait 30 bornes ce matin pour rallier Port aux Basques dans le brouillard et l'humidité, mais heureusement vent en poupe. Le ciel se dégage alors en quelques dizaines de minutes et nous quittons Terre-Neuve sous le même soleil radieux qui nous a accueilli. Port aux Basques, comme toutes les bourgades de cette île est composée de petites maisons colorées. Juste avant le bout de la route et notre ferry, nous avions le choix entre aller à l'Isle aux Morts ou Apoile Rose-La Blanche. Sept heures de traversée au programme. Sac à beurrrrk ou pas sac à beurrrrk ?

Quitter la France

 

Bois d'Amont, mardi 23 mai, 10 h 15. C'est parti. Gaz, électricité, eau, tout est coupé. Les reflets des nuages sur le lac de Joux ont rarement été aussi beaux. Ais-je jamais vraiment pris le temps de les contempler avec soin ? Les grèbes huppés aussi, que je n'avais jamais remarqués. Vallorbe, une heure d'attente, le TGV entre en gare. Quand il en repart, il reste un pneu sur le quai, c'est celui de rechange de ma petite roue. Et hop, première bourde ! Je suis attendue par Claire sur le quai gare de Lyon. Deux journées et trois nuits à Paris, des pique-niques sur les quais de Seine... déjà l'exotisme. Ben oui, de l'eau et des bateaux qui vont dessus. Et des gens qui crient et agitent les bras comme s'ils partaient pour de longs mois tels les marins de Loti. Non, ceux de Loti ne criaient pas.

 

Vendredi 26 mai 9 heures. Paris. Vélos lestés, nous partons légères, accompagnées de quelques amis de Claire, qui nous guideront jusqu'à Auvers sur Oise où la municipalité a osé ouvrir une « Maison de l'absinthe », comme si l'absinthe avait attendu Van Gogh pour exister. Depuis, nous sommes seules et à la campagne, enfin. Les kilomètres défilent sur les petites routes coincées entre les champs de colza et ceux d'orge barbue ou de blé vert. Dépaysement déjà dans ces paysages ponctués de clochers ici pointus. Nous passons la première nuit chez des warm shower de première classe. Agriculteurs éleveurs bio, François et Claire nous font goûter leurs productions maison et nous finissons la soirée à couper les tiges des fleurs de sureau destinées aux tisanes. Ils vont jusqu'à nous mettre en relation avec des amis à eux 10 km avant Dieppe, où nous pourrons dormir le jour suivant. La grand mère nous demandera, avant de nous donner accès à un point d'eau, si nous ne sommes pas des vagabondes.

 

Dimanche 28 mai 12 h 30. Dieppe. Le bateau quitte la France. D'un côté comme de l'autre, les falaises blanches que découpent les valeuses sont surmontées de verts pâturages. La France est belle, même quand on la quitte.

 

Après la traversée nous avons roulé une heure, jusqu'à Lewes, où nous avons dormi chez Robert, une connaissance à Claire. Le lendemain, nous arrivons à l'aéroport avec nos cartons de vélo récupérés à 1,5 km de là dans un magasin de cycles. Il est 13 h 30, l'avion ne décollera que demain matin. Démontage des montures, emballage, puis lecture, musique, manger, scrabble, violon, manger, installation pour dormir, dormir, enregistrement des bagages, manger, passage de la sécurité, embarquement. Comme vous pouvez le constater, nous n'oublions pas d'apporter du carburant à l'organisme même si on ne pédale guère. Claire court après les chariots abandonnés par leur propriétaire afin de récupérer les jetons dans le but de s'en servir pour prendre des douches dans les campings canadiens.

 

Quelques heures plus tard nous sommes dans le hall de l'aéroport de St John's en train de remonter nos vélos. Tout tourne rond, tout est arrivé intact. La température ici est plus jurassienne que parisienne, une petite laine est de rigueur et encore les habitants sont unanimes sur le fait que c'est la plus belle journée cette année. Il fait 13 degrés. Nous débarquons peu après chez Joy, qui nous accueille pour la nuit dans sa jolie maison. Elles sont ici sont en bois peint et St John's est une ville aérée qui s'étend sur plusieurs collines. La côte découpée est belle vue d'avion.

 

Voila, il ne reste qu'à pédaler. La traversée de Terre Neuve, c'est environ 900 bornes. Je n'ai guère parlé de Claire : tout va bien. Nous roulons au même rythme et nos manières d'appréhender le voyage concordent. Comme elle est fana de la lecture de carte, je la laisse faire, je me laisse guider, ça me fait des vacances...

Essoré.

 

Jour J-3.

Tout a été pressé, serré, trituré, foulé au pied, tordu, noué et dénoué.

Plus moyen de tirer une goutte des paquets à l'origine bien gonfflés.

Comme des éponges.

La liste des choses à faire : essorée.

La liste des choses à emmener : essorée.

La tête et l'organisme purgés, vidés dans le bons sens du terme : essorés

Je pars avec des kilomètres devant les roues, la tête vide pleine à se remplir d'autres et d'ailleurs, de la lecture pour des mois, de la musique pour longtemps et avec de quoi écrire un moment.

Je me régale d'avance.

Finalement la météo est annoncée bonne pour mardi, j'irai donc à la gare à vélo. Vallorbe-Paris. Deux jours dans la capitale chez Claire, mon binome. Voir quelques amis. Puis ce sera la sortie de Paris à vélo par la banlieue nord,  rejoindre Dieppe où nous aurons droit à un tour de bateau avant de pédaler encore. Une paire de centaines de kilomètres à avaler, quelques nuits dehors et la dernière à l'aéroport de Gatwick, trouver des cartons pour emballer les vélos pour le vol (rassurez vous tout est déjà calé) nous promettent déjà des moments pas tristes et des journées bien remplies. Puis avion. Paf, 30 mai 12 h 30 heure locale, St John's sur la péninsule d'Avalon, Terre Neuve, Canada. La cohabitation avec Claire s'annonce plutôt bien. On devrait pouvoir aller au moins jusqu'à Auvers sur Oise sans se foutre sur la gueule. Et après St John's, nous commencerons par remonter les vélos après avoir croisé les doigts pour :

1) qu'ils arrivent

2) en bon état

La météo ... oh bon,on verra quand on y sera.

Pas encore de photo, même si le voyage a commencé depuis un moment...

 

Un mois pour...

 

Salut,

 

Il y a un mois, il restait deux mois avant le grand départ. Donc il en reste un. Yeah. Jusque là tout va bien. Maintes tâches administratives et matérielles ont été classées, impôts, mise hors circulation de mon carosse, réparation et remontage de mon véhicule à deux roues tip top en ordre comme il a rarement été, carte et commissions bancaires,  ça avance. Il reste les choses qui ne peuvent se faire que dans la dernière semaine mais dès lors que l'on sait "comment faire", le plus gros est fait.

Dans un mois je tournerai la clé, à peu près heure pour heure, même jour. Qu'est ce que je vais bien pouvoir en faire d'ailleurs de cette clé ? La ranger dans une mini poche ? La confier à quelqu'un ? La jeter à l'Orbe ? Je partirai à vélo de chez moi pour me rendre en Suisse, à Vallorbe, où je prendrai le train jusqu'à Paname. De là, nous ne démarrerons que le 26 mai au matin, de bonne heure de bonne humeur. Nous visons un ferry dans la matinée du 28. D'ailleurs je lance un appel à qui peut nous héberger du 27 au 28 à Dieppe s'il vous plait ? Réponse par ce site ou Facebook, merci. Restera alors à nous rendre à Gatwick pour décoller après avoir trouvé des cartons et emballé les vélos.

La tâche finalement la plus chronophage et qui n'est pas terminée est de renouveler la musique du mp3. Mon lecteur a une mini capacité de stockage de 1 Go, donc j'ai préparé plusieurs play list de cette taille, je pourrai ainsi varier les plaisirs. J'ai également chargé Cédric Gras, Elie Wiesel, Darwin, Hemingway, Soljenitsyne et d'autres aux cotés de Jules Vernes, Maupassant... Je ne serai pas à court de lecture.

Claire, ma coéquipière est venue passer trois jours dans le Jura. Nous avons arpenté les sentiers suisses, gravi quelques sommets, débusqué des chamois, des cerfs aussi, fait la fête avec quelques zamis, mangé de la morbiflette et bu du macvin, pris l'autorisation d'entrer au Canada (AVE) et donc défini le calendrier de départ ci dessus.

Nous avons tenté sans grande conviction de définir des règles du jeu. Si quelqu'un veut venir nous rejoindre ? Combien de personnes max de manière à garder un contact intéressant avec les populations (plus on est moins c'est facile et plus on a  tendance à ne pas aller vers "l'autre"). Nous n'avons apporté aucune réponse si ce n'est  "on verra quand on y sera". Et je crois que c'est plus sage.

Ensuite nous avons déplié les cartes sur la table entre un petit déj à la cancoillote et la visite du musée des mondes polaires de Prémanon. et tenté de tracer un début d'itinéraire. Pffftttt... euh... ben on verra quand on y sera. De plus entre temps, un énorme iceberg a eu la bonne idée de venir se frotter aux côtes de la péninsule d'Avalon, pas vraiment sur notre route mais du coup, peut-être qu'on commencera par partir ailleurs. bref, rien ne sert une fois de plus de tirer des plans sur la comète, le voyage se fera. Il y a bien des noms et endroits stabylotés en rose sur la carte, par exemple, les monts "chic-choc" parce qu'on ne peut pas passer à travers mais nous en avons surtout conclu que les cartes "Reise know how" sont de bonne qualité et légères, indéchirables et résistantes à l'eau.

Mon emploi du temps est très chargé d'ici le départ, deux dents à arracher dont ma sixième dent de sagesse (la sagesse est-elle une denrée qui repousse ??), un manuscrit sur la traversée du Caucase de 2015 à finaliser avec l'éditeur, du boulot en accompagnement, des gens à voir, un sac à dos à tester, des gens à voir, une R11 à bichonner, des gens à voir, éventuellement faire tourner un peu les jambes...