Roumanie. 12 ème pays de ce petit tour d'Europe.

 

J'ai retrouvé l'alphabet latin (c'était déjà le cas en Moldavie) et cette langue roumaine me semble avoir pas mal de similitudes avec la mienne.Mêmes racines latines. Merci se dit merci, bonjour se dit « Bona », rien de très compliqué. S'il vous plaît se dit « Teroq ». Excusez l'orthographe, pour moi tout n'est que phonétique. Bien, alors pour commencer il a fallu que je m'équipe d'un écarteur de danger parce que je trouvais que certains chauffards passaient bien assez près. Le petite coup de klaxon qu'ils donnent avant de doubler a l'air de leur donner le droit de me foutre au talus ou de passer à cinquante centimètres comme des bombes. Mais je ne peux rien faire de plus, je suis à ma place. Alors moi aussi j'ai une technique : quand je vois une auto arriver dans le rétro, je me mets à un mètre du bord, et me rabats au dernier moment, ce qui a normalement pour effet de les faire se méfier, s'écarter, ralentir, voire les deux ! J'ai ramassé sur le bord de la chaussée une de ces balises blanches en plastique avec le réflecteur rouge au bout, qui signale le bord de la route notamment la nuit et l'ai mise en travers sur mon sac à dos à l'arrière, qui dépasse amplement. C'est à priori très efficace.

 

Bien, de Galati où j'ai traversé le Danube sur un bac, me voici partie dans le delta, enfin... en limite du delta. Celui-ci est une réserve de biosphère. Le Danube se divise en trois bras principaux. Celui du nord forme frontière avec l'Ukraine un moment, et entre celui du nord et celui du sud, aucune route, aucun village, que de la nature : la réserve de biosphère où pullulent notamment les oiseaux. C'est une immense zone humide de marécages, de forêts, de roselières, de marais que ce triangle assez énorme. J'ai hésité à prendre une excursion de quelques heures, et puis on m'a expliqué que les bateaux de touristes allaient sur un des bras puis revenaient. De chaque côté il y a de la végétation... Bref, pour voir quelque chose d'intéressant, il faut mettre quelques centaines d'euros et y rester plus de trois heures. Par exemple sillonner le delta en kayak sur 5 jours pour ne pas faire de bruit, vraiment profiter (des moustiques aussi) de la nature et voir les oiseaux sans leur envoyer les gaz d'échappement des moteurs diesel et les décibels qui vont avec. Ou en pédalant sur certaines digues et prendre des tronçons de bateau entre. Je suis allée jusqu'au plus loin possible avec mon vélo, et j'ai atterri dans un village bien touristique. Partout des pancartes vantant les mérites, bien sûr des « resort », centres de vacances pour clients aisés, et des excursions sur le fleuve. Juste à côté de ça, souvent à peine 100 mètres, en sortant du macadam, il y a les décharges sauvages de ces mêmes établissements qui font leur fric sur la réserve de biosphère. Murighiol, dernier village accessible par la route, lieu de villégiature, campings-cars venant de toute l'Europe, du monde aux terrasses... j'ai fui, je ne voulais pas ça en venant ici. J'ai passé mon chemin, continué ma route. Qu'ai-je vu du delta ? Pas grand chose. Par endroits, quand la route prenait de la hauteur, je n'en ai même pas vu la largeur tant c'est grand. Aux abords du delta, en dehors de la réserve, j'ai vu des lacs par dizaines. Un tour dans le delta ne vaut qu'en étant bien accompagné, et avec de bonnes notions d'ornithologie. À mon avis. La région entre le delta et Constanta est belle. Des lacs je l'ai dit, des lagunes, des oiseaux . La zone est relativement peu peuplée, et trop peu boisée à mon goût. J'ai fait un soir plus de 20 kilomètres sans apercevoir l'ombre d'un bosquet, me suis finalement contentée de l'abri des regards et du vent. J'y suis restée deux nuits, regardant le lendemain les éclairs zébrer le ciel, les bourrasques plus ou moins violentes secouer ma tente et les trombes d'eau la marteler de manière assourdissante. Bon test pour ma nouvelle tente qui n'avait encore guère pris l'eau. À quelques dizaines de mètres il y a une plantation de jeunes fruitiers et des canons à air comprimé qui font une détonation toutes les trente secondes pour, je suppose, éloigner les oiseaux... La nuit ça s'arrête, ouf.

 

Constanta, ville touristique sur la Mer Noire , gros port industriel aussi. Donc je suis entrée par le nord, c'est là que sont les terminaux pétroliers et autres réjouissances dont mes yeux raffolent. Ensuite il y a les complexes hôteliers qui bouchent la vue sur la plage bondée et la mer... bleue. Au bout de tout ça, la ville, et le centre historique qui forme une espèce de péninsule assez jolie, avec un peu d'architecture, des rues piétonnes en pente qui descendent jusqu'à la mer où une promenade et des parcs permettent de flâner. J'y ai pique-niqué, vers 15 heures, tout près du casino déglingué, délabré, qui est sur toutes les cartes postales. Puis je suis sortie de la ville, ai rincé mon maillot au lavabo d'une station-service avant de le renfiler pour qu'il sèche sur la bête et suis allée mettre ma tente dans le premier petit bois tranquille. Il y a certains petits bois bien occupés en journée, avec des dames qui attendent en petite tenue au bord de la route.

 

Le lendemain, quelle n'est pas ma surprise de croiser au moins sept cyclos, dont deux couples de Français. On me donne l'explication : je suis sur l'Eurovélo 6, l'autoroute des cyclos par excellence. Ben ça donne pas envie. Le premier couple était bien sympa, le gars du second couple de Français m'a abordé directement en me demandant « Ah toi tu la fais dans l'autre sens ? », « euh, bonjour, je fais quoi ?, Ah ! Euh, ben non en fait ». Je lui aurais bien dis que son eurovélo 6 j'en n'ai rien à battre, que les itinéraires balisés, les petits campings proprets et tout, c'est pas pour moi, mais j'avais pas envie de rentrer dans ce que je sentais tourner au débat. Je quitterai l'Eurovélo 6 très vite. Je n'ai aucune prétention mais je crois que je ne me reconnais pas en tant que vacancière à vélo, hébergement tous les soirs, resto etc... Je ne fais pas partie de cette masse de consommateurs, à vélo ou non. Je ne critique rien, chacun fait comme il l'entend mais je ne me sens pas à ma place quand je discute avec ces gens, je me sens comment dire... en décalage, forcément. Toujours est-il qu'au terme de cette petite étape, je débarque vers 13 heures chez Georges, agriculteur bio très engagé aussi en politique, qui pratique entres autres Couch Surfing, Warm Shower, Woofing et autres. Résultat : il y a pas mal de monde autour de la table quand le monstrueux plat de polenta arrive sur la table avec une salade de tomates qui poussent à 10 mètres, concombres, yaourt maison, pain maison, limonade maison, miel. Que de l'excellent. J'ai mangé la plus grosse tomate que j'aie vu de ma vie, je pense qu'elle faisait à elle seule pas loin d' 1,5 kg. Quel délice ! Je n'irai toutefois pas jusqu'à dire que je n'en ai fait qu'une bouchée ! Il y a donc des cyclos, des woofers, des expat qui tâtent de la Roumanie avant de rejoindre leur poste à Bucarest, une belle bande. Le but est de donner un coup de main au jardin, à la cuisine ou aux cochons en échange du gîte et du couvert. Et le couvert est pas dégueu.

 

Le jour suivant après enfin du terrain vallonné et un peu de forêt par endroits, je viens frôler la frontière bulgare (4 mètres) mais monte direct sur le bac qui me fait traverser une nouvelle fois le Danube. De l'autre côté, c'est toujours des champs de tournesols, de maïs et de la terre labourée. J'en ai un peu ma claque des tournesols, ça fait des semaines que ça dure, depuis l'Ukraine. Et puis il y a des petits monastères actifs encore tous les dix kilomètres. Je file sur Bucarest, la capitale, où je suis attendue le 7 août. Je pose une nouvelle fois ma tente dans un sous-bois et le même spectacle s'offre à mes yeux ; des monceaux de détritus plastiques. Dans les villages que je traverse, les gens répondent à mon salut, les commerçants (et les autres) sont ma foi forts sympathiques, dommage qu'ils soient aussi débiles dès qu'ils ont un volant entre les mains ! Gloire et puissance, virilité que sais-je, frétillement dans les parties, vas savoir ! Cependant avec mon poteau en guise d'écarteur de dangers, je ne me fais pas trop peur.

 

Bucarest. Un jour et demi de visite sous une chaleur à tomber. C'est une belle ville, avec des bâtiments imposants, des églises partout et des statues encore plus. C'est très aéré, il a de vrais jolis et grands parcs, de beaux espaces de nature et de fraîcheur. Le Parlement est une bâtisse énorme, le centre historique est envahi par les boutiques et restos à touristes mais assez agréable. Des musées, des galerie d'art, un Arc de Triomphe, la statue du Général de Gaulle etc... Je suis accueillie par George et Ana pour qui je suis la première cyclo, pas très loin du centre et au calme. Ils sont jeunes, sportifs et très sympathiques. Je décline l'invitation le premier soir à un concert, j'ai besoin de me reposer, cette chaleur me met un peu en bas. Le second soir, ils m'offrent le resto. Ils connaissent toutes les routes et les chemins du pays, de manière assez incroyable pour leur jeunesse. Ils bougent beaucoup. Lui est ingénieur en nouvelles technologies, elle est architecte à son compte. George me donne de bons conseils pour la suite et mon itinéraire évolue donc encore, le nombre de kilomètres augmente et la déniv positive explose. Du beau à venir.

 

Une petite journée après Bucarest et me voici déjà dans l'aire de répartition des ours. Il y en a, paraît-il, 6000 dans les Carpates roumaines. Caucescu avait fait installer des élevages, pour faire des lâchers et se réservait alors la chasse privée (lui et ses amis) des plantigrades. Maintenant protégés, leur nombre a explosé. Ils ne sont à priori pas très dangereux, très habitués à l'homme mais je prends dès le premier soir l'habitude de cuisiner à cinquante mètres de ma tente et de suspendre mon sac de nourriture dans un arbre à distance également. Retrouver du vrai relief et des paysages montagneux me fait le plus grand bien. Des vraies forêts, des vrais cols, des vraies montagnes... Mes jambes tournent super bien, et je sens tout juste passer le premier col qui me permet de basculer vers Brasov. En route, je fais le détour pour voir le château de Peles, magnifique. Brasov est une jolie bourgade à la limite de la Transylvanie, le centre historique ne manque pas de charme, sur une colline de la ville se dresse une citadelle et des cabines permettent de monter sur la montagne qui surplombe la ville. Je flâne dans la vieille ville un moment avant de reprendre la route vers Bran. C'est un village, très réputé, très touristique, Disneyland, avec des hectomètres d'étalages remplis de babioles dont personne n'a besoin mais qui se vendent. À Bran, il y a, d'après la légende, le château de Dracula. Donc j'ai vu le château du comte, malheureusement avec une lumière dégueulasse donc vous n'aurez pas de belle photo de ce beau château médiéval. Je prends le risque, le soir même, de planter mon bivouac à quelques kilomètres seulement de la demeure du vampire.

 

En Roumanie, les Carpates forment comme une couronne de montagnes seulement ouverte au nord-ouest. La Transylvanie est la région qui se trouve à l'intérieur de cette couronne. Je croyais que ça allait être plat, mais il n'en est rien. Les bosses sont moins hautes, c'est tout, mais il y en a plus. Je peux enfin m'échapper des grands axes et me retrouve même à traverser des villages reliés aux autres par de la piste, villages où je vois des gens en tenue traditionnelle (c'est dimanche, peut-être en est-ce la raison), où les familles se déplacent en charrette tirées par de superbes chevaux, avec le poulain qui suit en trottinant, et où devant chaque maison la pompe permet d'avoir de l'eau potable. Les paysages sont superbes, verts, pâtures et forêts. Je peine tant à trouver un bivouac que je me retrouve à Sighisoara après 127 km. Je téléphone au WS qui habite ici, qui est en vacances à 200 km de là et pour une semaine encore mais qui m'explique comment sauter par dessus le portail, trouver la clé et m'installer. Si ça c'est pas beau... Du coup, bonne vraie douche, petite lessive à la main, recharge de mes appareils.

 

Sighisoara est un gros village ou une toute petite ville, dont tout le centre est classé au patrimoine mondial de l'Unesco. On y trouve des remparts, des tours de guets, des portes, une monumentale tour de l'horloge, des églises, une place superbe, des ruelles aux pavés inégaux dans des rues en pente, des maisons colorées, un escalier couvert, j'en passe et des meilleures. J'ai eu la bonne idée (ou intuition) d'y aller tranquille à pied et heureusement. Le vélo n'est pas adapté à ce genre de terrain... Je pars en début d'après-midi sous une chaleur accablante. Cinquante km plus loin, je tombe sur deux Suisses qui font 200 km par jour, je pédale 12 bornes avec eux puis m'arrête car c'est dans ce village que je suis attendue par une famille adorable. Je suis en plein cœur de cette minorité hongroise qui peuple le centre de la Roumanie. Le père de famille est ébéniste, la chambre que l'on me met à dispo est meublée dans la pure tradition et les portails des maisons sont imposants, en bois sculpté, superbes. Et dire que sans ce WS qui m'accueille au pied levé à cause de ma peur des ours je serais passée sans rien savoir ni voir de tout ça ! Les bourgades traversées sont toutes jolies, c'est gai. J'avance bien, j'apprends et je rallonge sans arrêt l'itinéraire prévu au fil de mes rencontres avec les gens et leurs bons conseils..

 

Le lendemain est encore un enchantement, je passe un premier col, descends vers Gheorgheni, passe un second col et descends dans les gorges du Bicaz, spectaculaires. Des falaises très hautes et surplombantes encadrent la route étroite et sinueuse. Le lac Rosu est si noir de monde que je n'y pose même pas pied à terre. C'est très touristique, mais on sait pourquoi. C'est une des quatre routes mythiques de ce pays. Je dors à Piatra Neamt chez un voyageur. Ensuite sur ma route il y a le monastère de Neamt, coloré, important, classé par l'Unesco, la partie moldave de la Roumanie (la Bucovine) en regorge. Il fallait tout de même que j'en voie quelques uns. Au terme de cette étape longue (133 km) et montagneuse (1310 m de positif), je vais dormir dans la famille d'Alex, des agriculteurs. 12 vaches, ils traient à la main et fabriquent du fromage qu'ils vendent par là autour. Ils ont un jardin potager, des poules, du maïs et sont quasi autonomes en nourriture. Alex a 21 ans, il a deux frères, jumeaux de 6 ans. Pour ici c'est déjà une ferme respectable. Ce n'est pas l'opulence et les menus doivent souvent se répéter mais ils ont de quoi vivre, une auto, bref, des vies simples et saines, des vies de gros labeur tout de même, sans jamais un jour de repos. On me sert une grosse boule de polenta avec du fromage frais à l'intérieur, une salade de concombres avec oignons et ciboulette. C'est un bon moment que je passe dans cette famille. Alex est venu en VTT m'accueillir à 10 km, au début de la piste que je poursuis le lendemain sans avoir encore ce qui m'attendait comme galère... Prochain épisode !

 

Bon, le texte n'est pas au bon endroit à côté des images correspondantes, parce que je n'ai pas de photo du delta et ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas en parler, et puis dans la galerie il y a tout comme d'habitude et avec les commentaires. Voilà !