Ultra trail

Le trail, c’est de la course à pied en montagne, sur chemins et sentiers. Un ultra trail, c’est un trail de longue distance. Dans la discipline, l’ultra trail du Tour du Mont Blanc est un des plus longs, des plus rudes, avec 163 km en distance, 9000 m de dénivelée positive et autant en négatif. Ca se court en une seule étape. Michel l’a fait une fois, je l’ai couru trois fois dont deux fois jusqu’au bout.

 

Le Mont BlancAlors est-ce vraiment un truc de fous, où est le plaisir, qu’est ce que ça apporte ?

 

C’est une masse d’entraînement, ce sont des contraintes. Et nous ne faisons pourtant pas partie des gens qui se fixent un programme d’entraînement précis à respecter à tout prix, pas plus que nous ne nous mettons des restrictions au niveau alimentaire ou autre, pour que justement, ça reste un plaisir.

 

Une fois sur la ligne de départ, parmi les 2300 autres participants, c’est la tension qui monte, difficile de rester zen et détendu. Difficile d’imaginer d’être contraint à l’abandon après les longs mois de préparation. Il faut gérer. Gérer tout, en même temps.

Gérer l’effort, ne pas partir trop vite pour tenir 35 ou 40 heures. Gérer la nuit, les nuits, le manque de sommeil. Gérer l’alimentation, l’hydratation, l’apport en énergie. Gérer le froid, les intempéries, les articulations, les ampoules et autres échauffements aux endroits les plus inattendus. Gérer la fatigue. Gérer les descentes à la frontale sur des sentiers pas toujours secs ou roulants. Gérer le mental, les souffrances, les envies d’abandon, les euphories, les hallucinations dues au manque de sommeil. Laisser la moindre de toutes ces choses partir en vrille, c’est signer son arrêt de mort, c’est l’abandon et en général on ne vient pas pour ça, la décision est délicate à prendre, mieux vaut ne pas y être confronté. Il faut s’écouter au niveau physique pour ne pas s’abîmer de façon irrémédiable (un genou, ça part vite en vrac), être attentif à soi, aux alertes de l’organisme mais se booster au niveau mental. Quand on pense être au bout du rouleau, il ne peut venir que du meilleur. S’accrocher.

 

JoubarbesMentalement, en trois participations, j’ai appris à m’entraîner seule, heure après heure, plus à la sensation et au feeling qu’au programme précis d’ailleurs, j’ai appris à contrôler les émotions, appris à m’accrocher, appris à ne pas me plaindre. J’ai appris la patience, la persévérance, l’endurance. Appris aussi à connaître mieux mon corps, ses mécanismes, ses forces et ses faiblesses. Toutes ces choses me servent dans mon métier. Ces épreuves m’ont apporté une certaine « sagesse », c’est un super truc, pas un truc de fou, je me sens beaucoup plus forte, physiquement et mentalement. Je me sens capable de certaines choses dont je doutais auparavant. C’est un effort très long mais normalement pas très violent, c’est un effort qui s’inscrit dans la durée mais pas trop dans l’intensité. La cerise sur le gâteau c’est le résultat de la troisième participation. Je suis restée très à l’intérieur des limites tout le long, j’y suis allée à la sensation, décontractée et confiante, sans ambition particulière, je n’ai pas trop souffert, sauf au niveau musculaire sur le dernier marathon. Je termine 14ème femme, 7ème française, 8ème senior, en 35 h 47 mn, et je sais que j’ai une bonne marge de progression, à vingt minutes près, je termine dans les 10 premières, pourquoi me suis-je arrêtée me faire masser à Champex, j’aurais terminé avec mon père. Et le referai-je un jour ?

 

BouquetinQuant à Michel, on croirait qu’il a fait ça toute sa vie alors que son entraînement était vraiment minimum et qu’il n’a jamais fait de course à pied de sa vie avant de s’atteler à cette tâche, ce défi précis. Il arrive frais comme une rose, souriant tout le long, l’année ou j’ai abandonné. Impressionnant.

 

Alors voilà, ce n’est pas un truc de fou, je crois au contraire qu’il faut avoir pas mal la tête sur les épaules, et on arrive à se faire plaisir, et ça apporte énormément dans la connaissance de soi. Et puis il faut ajouter qu’il y a une organisation extraordinaire, des bénévoles en pagaille aux petits soins de tous ces sportifs qui se sont donné un défi à relever.