Nouvelles de Khojand, Tadjikistan.

Bonjour,

Khojand, Tadjikistan. Sous la fenêtre de la chambre d hôtel que nous avons prise, il y a des bruits, des odeurs d Asie, des bruits de gens, un brouhaha continuel qui berce. On domine le bazar de trois étages. A côté de notre chambre, les autres piéces sont autant d ateliers de couturières qui s activent à leurs travaux. Nous sommes dans la partie tadjike de la vallée de Fergana. Le Syr Daria est passé au Kirghizistan puis en Ouzbekistan, passé ici à Khojand, et filera ensuite en Ouzbekistan de nouveau avant de se jeter dans la mer d Aral, au Kazakhstan. 

Le contournement des enclaves ouzbèkes ne mérite pas qu on s en inquiète tant. Il ne faut pas louper le départ de la piste à Pullgon, c est tout. Les habitants nous ont encore  bien aidé sur ce coup la. Les mauvaises pistes qu on attendait sont en fait une alternance de bitume et de piste très larges ou ça roule pas si mal. La route est facile à trouver, à condition de demander quand il y a des bifurcations. Nous avons roulé dans les rizières et dans des paysages arides, séparés parfois que de quelques kilomètres. Nous avons bouffé un peu de poussière. Nous avons joué pas mal à cache cache avec encore de beaux orages qui ont fait qu on s est retrouvés invités à plusieurs reprises à manger et à dormir. Merci à tous ces gens qui, sans nous demander ni qui on est, ni d où on vient, ni ce qu on fait, et sans méfiance, nous ouvrent la porte de leur maison. L humanité sait être belle. 

Le 3 au matin, nous nous sommes présentés à la frontière après avoir dormi dans le verger d un agriculteur, sous les abricotiers et les cerisiers (c est la saison), à 3.5 km de la barrière. Les douaniers nous ont demandé si on avait mangé, si tout allait bien, ils nous ont mitraillé de leur appareil photo téléphone, et, comme aux postes de contrôle autour des enclaves, il a fallut leur faire essayer les vélos... Nous voici sortis du Kirghizistan, qu est ce qui nous attend maintenant ? 

Ce qui nous attend, c est un grand sourire de la part du douanier tadjike, qui nous dit : Welcome in Tadjikistan, en nous redonnant nos passeports tamponnés. Ca fait chaud au coeur et c est un peu l euphorie. De l autre côté de la barrière, il y a du macadam. A l heure où j écris ces quelques lignes, ca ne fait qu une journée que nous sommes dans ce pays dont nous avons tant rêvé, où nous allons en baver et suer des litres et la première impression est extraordinaire. Partout des sourires et des bras en l air, des visages lumineux, des groupes de femmes qui s agitent sur notre passage, des bagnoles qui s arrêtent ou qui ralentissent, du yaourt frais, des cerises, des pommes qui arrivent alors qu on pique nique. Si on nous le demande, on dit qu on est francais et là, c est quelque chose ! Nous savons que la France va aider le Tadjikistan, financièrement, suite aux toutes récentes intempéries qui ont provoqué pas mal de dégats. 

Au fur et à mesure des kilomètres, notre voyage s enrichit, nous enrichit. Nous sommes ici très à  l aise, on se croierait parfois en Iran, pour l ambiance et l accueil mais ici, les tenues vestimentaires féminines sont très colorées.

Parfois, comme aujourd hui, c est vrai qu il faut de la patience. Tu as déjà pédalé 100 bornes sous le soleil et  il faut répondre à 10, 20, 50 fois la même question posée par 10, 20, 50 automobilistes, cyclistes, piétons différents, il faut sourire toujours, t as envie que d une chose c est de pédaler pour arriver et trouver un lit où t affaler mais avant il faut passer par le bain de foule et la séance de photos... Mais qu avons nous d autre à donner que des sourires et du rêve ? 

Si au Kazakhstan et au Kirghizistan, pays qui voient des touristes et des cyclotouristes, nous étions des curiosités , ici, nous sommes des extra terrestres, mais des gentils, des que tout le monde veut toucher, des à  qui tout le monde veut parler. C est du pur bonheur et on espère que ça va durer. La police au bord de la route nous offre le thé, les gens nous demandent si on a assez à manger. Je rappelle juste que ce pays est un des plus pauvre du monde, alors on hallucine un peu.  Le budget annuel du pays  est d environ 200 millions de dollars, l équivalent d une grosse production hollywodienne ...

Ca roule pour nous, tout va pour le mieux, prochaines nouvelles de Dushanbe, la capitale, mais d ici là, deux beaux cols à passer, et ce n est que le début...

Chao

 

Traversée des monts Fan

Bonjour,

Si à Osh, nous avons sillonné un des plus grands bazars d Asie Centrale, c est quand même bien celui de Khojand que nous avons préfére Il est couvert, au frais, il est facile de s  y retrouver et une galerie court sur tout le pourtour, à laquelle on accède par un escalier discret. Nous avons trouvé Khojand très agréable, même si nous n y avons passé que très peu de temps, nous avons du pain sur la planche et les journées de vélo ne sont pas très longues à cause des orages qui arrivent régulièrement en début d après midi. Khojand est à 400 m d altitude, le premier col est à 3378 m, vous ferez vous même la différence...

La première partie se fait sur du bitume en très bon état. Ce sont les Chinois qui ont refait la route. Mais à 13 km du sommet, il y a une bifurcation qui part en direction du futur tunnel, pas encore ouvert, ce qui signifie que ces 13 km ne sont qu une vulgaire piste. A cela il faut ajouter que c est la fonte des neiges alors au lieu de  causer, je vous laisse voir les quelques photos qu on a eu le courage de prendre, avec les gants, parce que comme si cela ne suffisait pas, on a ramassé la neige...

De l autre côté, 11 km de descente dans de petites coulées de boue au bord des précipices sans fond avant de trouver l asphalte. Bref le genre de truc tellement usant nerveusement que quand c est fini, si tu prends pas sur toi, tu as les larmes qui laissent des traces dans la crasse de ton visage. Franchement on a bien tiré notre épingle du jeu, on peut s attaquer au second col, même altitude ou presque. Entre temps nous sommes redescendus à 1500 m. Je ne pensais pas qu il fut possible de passer dans de tels endroits en vélo.  Il y avait des carcasses de camions dans les précipices et si tu te loupes, t es mort, pas droit a l erreur, avec le froid, tu as les doigts qui prennent la forme des poignées de freins. Dantesque.

Pour monter au second col, c est de nouveau asphalte. On suit des gorges très encaissées, on passe dans des villages trou du cul du monde où les gens nous sourient sans cesse en nous faisant signe et nous récriant, et on attaque la pente. Sur les 17 km qui nous mènent à l entrée du tunnel, il y en a 10 a 11%, on monte en zig zag à travers la route sur du goudron tellement neuf qu il fume encore et que ça colle  aux pneus. Heureusement, un kilomètre plus haut, il a eu le temps de bien refroidir. Puis le tunnel : à l  entrée, le ton est donné. Une pompe évacue la flaque de 40 cm de profondeur, pas de ventilation, pas d éclairage, 6 km de long. Nous payons un 4 x 4 pour nous faire passer. Il y a une berline noyée au milieu du boyau et les Chinois qui bossent, sans masque, même dans l auto ça respire mal mais pour nous ça ne dure qu un quart d heure ...

Quand on débouche de l autre côté, la vue sur les montagnes est saisissante, la vue sur la route qui descend, aussi. Asphalte nickel sauf ou il construisent les paravalanches, qu il faut contourner à chaque fois. On peut enfin se laisser un peu aller... 

Après une longue descente plaisante, nous arrivons à Dushanbe, capitale du pays, 800 m d altitude. Nous passons du coq à l âne sans arrêt au niveau des températures et nous sommes encore passés entre les gouttes. Nous avons dormi dans un campement d ouvriers chinois et dans la salle de prière derrière un restaurant, dans un hôtel sans eau courante et un autre ou les coupures d eau durent toute la journée. C est le Tadjikistan et ça n empêche pas les gens d être supers.

Les postes de contrôle sont nombreux mais il suffit d arriver avec un grand sourire et de tendre la main en disant bonjour, c est comme ça que ça se passe ici, ils ne nous demandent même pas nos papiers, regardent nos vélos et sont plutôt détendus.

Les paysages traversés sont très variés, les couleurs de roches, la forme des vallées, les profondeurs des gorges, tout est énorme. Seule ombre au tableau : une roulette du dérailleur Michel est cassée, il manque trois dents. Mais pendant que j écris ces lignes, il a pu retrouver un dérailleur complet, pas cher au bazar, on va faire un peu de mécanique. Ca ne gênait pas pour rouler mais on avait peur que ça empire. 

Nous nous reposons une journée à Dushambe, repos bien mérité, on y trouve même de la bière pression, que nous sirotons en compagnie de deux autres cyclistes français, jurassiens ou presque (Gex).

Les Chinois sont partout, font tout, ils creusent les tunnels, mettent des pylônes électriques à des endroits défiants les lois de la pesanteur, ils montent les pièces une par une avec des câbles, système de poulie, parfois sur un kilomètre de long, ils refont l asphalte et les paravalanches, ils font des longues journées, et dorment sous des grandes tentes, pas dans des hôtels trois étoiles.

Voilà, nous allons bien, nous avons pu prendre une douche chaude et faire faire une lessive digne de ce nom. Quel pannard ! Les vélos  sont recouverts de boue, il faut qu on s en occupe. Nous savons que ce tronçon n est que l apéritif, que le plus gros est devant nous et à part quelques villages, les 500 km qui arrivent seront peu habités et en mauvais état, à moins que les Chinois ne soient passés par la depuis la dernière édition de notre guide de voyage. Ca fait combien de kilos de pâtes et de lentilles pour 10 jours ?  Il faut faire les courses...

Mais y a pas à dire les gens sont supers et les paysages extras.

Pour la petite anecdote, nous avons appris le long de la route par des Tadjikes que je suis passée à la télé kirghize, en train de pédaler sur mon fidèle destrier !

 

 

Dushanbe-Khorog

Bonjour,

Les Tadjikes, physiquement, ne ressemblent ni aux Ouzbèkes, ni aux Kirghizes. Les Tadjikes sont des Persans, comme les Iraniens, certains ont donc les cheveux ou les yeux clairs et ils ne sont pas typés asiatiques, ils ressemblent plus à des européens que Michel en ce moment. Et puis ils ne se déplacent pas à cheval. Se déplacer ou d ailleurs ? Soit ce sont des valleés et ils ont une vache, et quelques ares de culture pour leur consommation personnelle soit ce sont des montagnes et elles sont si escarpées que c est inhabitable. Nous ne voyons pas beaucoup de troupeaux.

A la sortie de Dushanbe, nous nous sommes faits déviés de notre itinéraire par la police, apparemment la route a été embarquée par la flotte, on ne sait pas trop mais on ne peut pas passer. Ceci ne nous arrange pas car ce sera plus long et plus vallonné mais c est comme ça. Nous avons donc passé un col, puis deux, puis trois, pas très hauts mais à chaque fois on redescend très bas, jusqu à 500 m alors ça casse bien et puis tant que la pente n est pas à 11 ou 12 %, ça monte tout droit, et pour nous ça fait bien assez raide, surtout quand ça dure.

Et puis il y a eu le vendredi 12 Juin. Cette journée a commencé par 8 bornes à 10 % pour basculer ensuite très fortement, dans des paysages rendus austères par des nuages noirs qui s amoncellent et les bulldozers qui dégagent les dernières coulées de boue. Les montagnes, ici, ce sont des murs, mais pas toujours solides alors il y a toujours des bouts qui tombent ou qui coulent. Notre descente à nous s est bien passée et on arrive au bord de la rivière Panj. Et la rivière Panj marque une frontière. D un côté le Tadjikistan, de l autre : l Afghanistan, encore un nom qui fait peur, on ne sait pas bien pourquoi ! Ben oui, pendant des centaines de kilomètres, nous aurons l Afghanistan à moins de 300 m. Et en Afghanistan, à cet endroit, c est habité par des Tadjikes alors entre Tadjikes, pas question de se taper dessus ou de se chercher des ennuis, le coin est calme, on n entend pas de mitraillettes, on ne voit pas de chars, à part ceux, rares, tirés par des ânes et chargés de foin. On fait coucou aux Afghans, qui comme les TAdjikes accourent sur notre passage. Juste une précision à propos de tous ces noms qui finissent par Stan, ça ne veut dire ni guerre, ni barbus, ni quoi que ce soit de ce style, STAN signifie TERRE. On est sur la terre des Tadjikes et en face c est la terre des Afghans, il y a aussi la terre des Kurdes, des OUzbekes, des KAzakhs.

Ce 12 Juin donc, on a mangé à l abri car il a fait quelques gouttes, rien de méchant, et on repart cahin caha sur une piste défoncée où notre progression est très lente. Nous sommes bientôt oblgés de nous déchausser pour passer un petit ruisseau de boue qui descend. Puis nous devons traverser un lit de rivière, à sec, 300 m de large. Je m engage mais juste avant de choper l autre rive, il y a un tel torrent ocre qui dévale que je n ose m engager. Un automobiliste me fait signe de faire demi tour, je me retourne et découvre avec stupéfaction que plusieurs torrents coupent maintenant la piste que je viens juste d emprunter, c est incroyable, je n ai jamais couru aussi vite, et je n ai rien entendu arriver. Déjà de l eau jusqu à mi mollets par endroits, pas eu le temps d avoir peur.  Me voici en sécurité. De seconde en seconde, le débit augmente et plus rien ne passe, ni camion, ni 4 x 4, ni piéton. Une seule solution : attendre.  Des que ce fut possible, une heure plus tard, un camion prend le risque d essayer, nous chargeons tout notre barda, Michel prend le camion mais je suis à pied, avec un autochtone. On est passés, à l aise, de l eau jusqu aux genoux tout de même.

La piste qui suit se négocie moitié à vélo à 6 à l heure moiié à pied à 3 à l heure. Nous sommes sur l axe principal du pays, pour rappel... Les ponts quand il y en a , sont des tôles posées, trouées, branlantes et même à vélo on y regarde à deux fois avant de  s engager mais eux passent avec les camions ! On avance,on avance, pas vite certes, mais on avance.  Et la suite de cette infecte piste est une suite de baquets, tous les mètres un cratère, impossible de slalomer entre, même au pas, nous sommes ballotés, secoués, remués, on descend dans les trous, on remonte, on fatigue aussi les vélos et je ne vous parle pas de l efficacité de tels efforts, on n avance pas à grand chose et c est harassant.

Avec tout ça nous sommes dans des gorges impressionnantes, l heure a tourné mais pour nous il est hors de question de se poser pour la nuit sur un petit coin d herbe car dès qu il y en a un, il y a une pancarte nous mettant en garde contre les mines. En effet le terrain n a pas encore été déminé et je n ai pas envie d y laisser une jambe alors nous sommes contraints de rester sur la route et d avancer  même si on est un peu au bout du rouleau.

MAIS ... il y a toujours du miel dans une journée. Et un camion finit par s arrêter et nous propose de nous emmener, on n a pas réfléchi, on a tout chargé et nous voici à  l aise, il est 17 heures. Le terrain ne s arrange pas. Les mines : ça a duré une quinzaine de kilomètres et ensuite on était encore plus contents d être dans un camion.  En contrebas, il y a la Panj, qui dévale plein pot avec un débit impressionnant et un vacarme assourdissant, en haut, il y a des murailles, et taillée dans les falaises à la dynamite, il y a la route, enfin, on va plutôt dire le passage. Au sol, ce sont des cailloux de 15 cm de côté, impossible de rouler en vélo là dedans. Les camions passent en alternance car c est très étroit et comme c est le seul acces vers le reste du pays, la circulation est dense pour les conditions. Ce sont ici les Turcs et les Iraniens qui bossent aux travaux. Je suis contre la vitre du côté de la rivière, si je ne me penche pas je ne vois que le gouffre. Je risque un oeil dans le rétro, la moitié de la roue arrière du camion est dans le vide. Il en reste 3.5 sur les cailloux, d accord ! Côté chauffeur, le rétro passe à quelques centimètres de la falaise, c est ce moment là que Sherali choisit pour allumer une clope, tranquille. Et puis le passage n est pas plat, on monte , on descend, et c est très pentu, déraisonnable, on croise les doigts pour que les freins tiennent. En bas il y a un affluent à traverser, 60 cm de flotte à torrent, on a l impression depuis la cabine qu on va direct plonger dedans mais Sherali nous parle de ces deux femmes et de ses sept enfants. En ce qui nous concerne, on se dit que faire ce bout en vélo, même en poussant et en tirant serait très dangereux, comment on croise ? A un moment on passe sous une cascade, c est le grand saut des cascades du Herisson puissance 10 au moment de la fonte des neiges, je ne vous parle pas de l état de la piste à l endroit de l impact, ça lave le camion. Nous sommes quand même dtendus car Sherali connait chaque caillou et il n a pas eu son permis dans une boite de Bonux !C est impressionnant comme il manie cet engin avec précision.

Bref, on a frôlé la mort cent fois (mais mieux vaut frôler la mort que de passer à côté de la vie) si on veut écrire du sensationnel mais nous dirons plutôt que nous nous souviendrons de ce passage que nous avons fait dans des conditions très confortables, c est plus réaliste. Tout n est qu histoire de tournure de phrase, et ce n est pas pour Paris Match que j écris ! Sherali nous a posé, à notre demande, dans une chaikhana à 9 heures du soir, il nous a économisé cent bornes dont 40 de vraie galère, et en plus il ne veut rien qu on lui donne... Ce 12 Juin s achève enfin, nous sommes claqués.

Les jours suivants, nous avons continué à suivre les gorges mais, même si certains passages restent impressionnants, et si la route est très difficile, au moins c est roulable et la circulation, assez bizarrement, quasi inexistante, presque du bonheur !

Côté Afghan, pas de route, juste un sentier qui court absolument tout le long, taillé dans la roche s il le faut, et quelques villages, pas d accès. Et sur des centaines de kilomètres que durent ces gorges, pas un pont, ni de singe ni de rien pour relier les deux rives. Pourtant il doit y avoir du traffic. Des militaires, côté Tadjike, marchent trois par trois, tous dans le même sens. Des postes de contrôle ponctuent notre route. Les policiers notent notre passage, contrôlent nos papiers, nous renseignent, discutent, sont sympas...

Nous n avons pas d images des endroits les plus scabreux car les appareils étaient dans les bagages et puis dans des moments comme cç notre préoccupation n est pas de prendre des photos.

Nous sommes à Khorog, installés confort. Nous sommes arrivés fatigués. Pour faire 70 bornes, il nous faut 6 à 7 heures effectives de vélo. Et encore heureusement que dans les villages en pente les gosses nous aident en nous poussant, que les villageois nous encouragent, nous sourient, nous saluent, nous aident moralement, nous accueillent. Nous nous accordons un plein jour de repos ici avant de reprendre la route, plus lentement car nous sommes à peu près sûrs de nous sur le fait de pouvoir atteindre la frontière avant la date limite sans trop forcer, c est pour ça aussi que nous avons mis le paquet la semaine dernière, il fallait assurer et arriver ici pas trop tard. Nous partirons demain par le corridor du Wakkhan, donc toujours le long de la frontière afghane, pour traverser les Pamirs et rejoindre ensuite Murgab. Les paysages s annoncent somptueux, beaucoup moins encaissés et le terrain pas pire en tous cas que ce que nous avons connu. Nous sommes confiants, les cols à passé 4000 m d altitude nous attendent, nombreux.

Côté santé, à part ce coup de fatigue, tout va bien, nous mangeons bien. Sur la route nous n avons pas de soucis, ils font attention à nous. Nous avons des températures idéales, pas trop chaud la journée et frais la nuit, nous n avons pas de moustique pour  l instant. Les Tadjikes ne sont pas des fervents musulmans et je peux pédaler en short sans souci, les femmes ne portent pas toutes un fichu, ils n aiment ni les Talibans ni les Pachtounes. Ils ont beaucoup d enfants, entre 5 et 10 en moyenne.

Le voyage va encore prendre de l intérêt dans les semaines qui viennent, nous croisons quelques cyclos et quelques touristes, certains ont déjà entendu parler de nous, le monde est petit et comme les routes praticables ne sont pas nombreuses on finit toujours par croiser celui ci ou celui là. C est marrant. Nous aurons des choses a vous raconter la prochaine fois, alors à bientôt...

Chao

 

De Khorog à Murgab par la vallée de Wakhan


A Khorog, nous sommes restés un jour de plus que prévu pour cause de problèmes intestinaux probablement dus à la fatigue. Rien de plus. La vallée de Wakhan fait toujours frontière avec l Afghanistan, là où ce pays fait 25 km de large. De l autre côté de cette partie appelée Corridor de Wakhan, seule zone afghane où les talibans n ont jamais mis les pieds, c est le Pakistan.
Avant de partir on se demandait si on allait pouvoir passer par là, pour diverses raisons, sécurité, paludisme, entre autres, mais on en caressait l espoir, la vallée est entourée de somptueux sommets dont quelques uns à plus de 7000 m. La route mi asphalte-mi piste qui nous mène à Iskachim traverse de petits villages où les gens vivent d un peu de culture et de quelques têtes de beéail.  La température est agréable et nous n entendons pas le bzillement du moindre moustique.
Les sommets, nous les avons vu furtivement, pas comme on aurait voulu, journées nuageuse et vent de sable au programme. C est néanmoins superbe. Nous campons au bord de l eau, sur la frontière, pas de mine ici et aucun souci de sécurite. La route qui jusque là était acceptable dégènère alors en une piste défoncée, tôle ondulée sur toute la largeur, sable et graviers. Nous criosons un couple de Canadiens cyclistes complètement épuisés, qui arrivent de là où on va, qui nous promettent un enfer de quatre jours pour passer ce foutu col a 4344 m. Bref, ils ne nous rassurent pas du tout.
A Langar, dernier village, nous vidons pratiquement le magasin pour arriver à faire trois jours de nourriture et trouvons un hébergement sympa.
Nous n avons pas trouvé l enfer, certes la montée est coriace et sur les 15 premiers kilomètres on en a fait la moitié à pied en poussant nos 50 kilos, mais il fait beau, les paysages sont superbes et variés, on prend rapidement de la hauteur, tout va bien, premier bivouac à 3700 m.
De l autre côté une caravane afghane passe alors que nous déjeunons, des yacks, des chèvres, des familles, des femmes habillées de drap rouge. On se croirait ailleurs, c est magique, nous ne pouvons que les regarder passer, nous n avons pas le droit de traverser la rivière : la Pamir.
Au dernier post de contrôle, les bidasses sont sympas, comme d habitude, ils ne nous rançonnent pas, ne nous dévalisent pas, ne nous mettent pas en joue. Nous sommes à 3900 m, le col est proche, pourtant nous arrivons encore a nous arrêter plus d une heure pour nous rassasier de beurre de yaourt, de lait, thé et pain. Des gens vivent là à l année, c est la dernière habitation avant longtemps, nous sommes à 4100 m d altitude.
Après avoir longé un lac encore gelé, nous franchissons le col les doigts dans le nez et les pieds sur le guidon. La météo est avec nous, nous profitons à fond de la chance d être là, sans symptome lié à l altitude. Nous roulons à l aise, la tête dans les nuages. Nous sommes sur un nuage, un tapis volant, c est euphorisant, on s attendait au pire, on n a eu que du meilleur. Cinq autos par jour, on est un peu seuls au monde au milieu des éléments immenses. La descente s effectue aussi lentement que la montée tellement la piste est mauvaise. Après deux giboulées de grêle, nous plantons la tente au bord d un lac, nous sommes toujours à 4000 m.
Dix kilomètres plus loin, nous retrouverons l asphalte de la Pamir Highway, circulation dense, 10 véhicules à la journee. Alichour, village fantôme balayé par le vent, nous offre un abri le temps de laisser passer une tempête de neige d une heure et nous reprenons la route sous une éclaircie qui nous suivra jusqu au soir. La plaine d Alichour est à 4000, nous ne redescendrons pas en dessous de 3900 avant Murgab, paysages lunaires et longues lignes droites où s ébrouent quelques rares poids lourds chinois. On s arrête manger chez les gens, autour du fourneau où cuisent les pains et chauffe le thé, on dort sous la tente, c est magnifique, on a le vent dans le dos et le temps devant nous. On est dans le rêve complet et on roule sur cette route mythique. Les quelques bergers rencontrés nous font signe de loin, on peut attaquer le col de Naizatash tranquilles. A 4137 m, nous basculons vers une longue descente qui nous amène à  Murgab, 3650 m, à travers encore d autres superbes et vastes paysages que t y crois pas. C est treè ouvert, c est énorme, nous n avons plus idée des distances, nous prenons des photos sachant qu elles ne donneront pas la mesure des éléments. Ca fait des jours que nous n avons pas vu un arbre, mais peu de zones sont vraiment désertes, on finit toujours par apercevoir ou croiser un troupeau par ci par là, accompagné de son berger qui nous regarde arriver de loin, jumelles rivées sur les extra terrestres que nous sommes, d ailleurs on se demande bien ce que les bestiaux arrivent à brouter dans cet univers minéral. Les visages sont burinés, les vêtements lourds et chauds.
Et voilà Murgab, petite ville du bout du monde où l électricité est aléatoire, où le vent balaie en permanence le bazar d un style nouveau : des containers, des wagons collés les uns aux autres. Les maisons sont blanches et leur lumière éclabousse sur l ocre de la roche environnante. Pas d eau courante mais des puits où les habitants se rendent avec leurs seaux. La vie est rude ici, et les hivers sont très rigoureux. La population est kirghize, comme l heure d ailleurs.
Nous logeons chez l habitant, l alimentation est peu variée, pâtes, riz, patates, produits laitiers et pain, pas de fruit, même si nous trouverons quand même des tomates et des oignons au bazar.
Ce premier tronçon de la route des Pamir nous a bien rassuré sur notre forme physique, nous avons beaucoup de plaisir à pédaler même s il faut parfois les gants et les surchausses pour ne pas geler sur place. La chaleur humaine pallie au manque de degré sur le thermomètre. Pédaler dans cet univers, sur cette route, à cette altitude, c est s offrir un rêve grandiose, c est du pur bonheur, nous sommes minuscules mais tellement grands, nous n imaginions pas du tout le decor tel qu il est. Sous le soleil c est grandiose, mais sans celui ci c est très austère, et avec un vent fort qui siffle ca doit être carrément lugubre… et glacial.
Maintenant, d autres cols très hauts, d autres lacs, d autres tournants nous attendent, d autres moments que nous espérons aussi intenses que ceux que nous avons vecus depuis Khorog. Nous pédalons sur les routes du toit du monde et ce n est que le début.
 
 

Mourgab-Sary-Tash-Frontière chinoise.


Nous sommes désolés du temps que les nouvelles mettent à arriver mais quand t es dans le désert…il n y a pas internet. Arrivés à Mourgab, on n avait encore rien vu, ou juste un échantillon. Nous avions prévu un jour de repos mais il y a tellement rien à faire que le lendemain, après une nuit chez l habitant, nous repartons. Le lendemain, nous passons, avec une facilité déconcertante, le col à 4655 m, le souffle est certes un peu plus court que d habitude et chaque effort brusque et intense demande juste quelques secondes de récupération, c est qu il faut les monter tous les kilos qu on traine, à cette altitude. Nous avons de bonnes conditions et poussons le vive a planter la tente au sommet, a trente metres de la route, a 14 heures, parce qu on a envie de dormir la. Nous avons vu 10 véhicules en deux jours et sommes pourtant toujours sur un axe principal, c est du délire, énorme, encore, c est grandiose, c est très beau, on est tout seuls, on se fait vraiment plaisir. Les Marco Polo et les marmottes rousses s affolent sur notre passage, cette route est extraordinaire.
A Karakol, à 4000 m toujours, nous campons autour du lac légèrement salé et d un bleu profond sur fond de pic Lenine et autres sommets très hauts. Où que le regard se pose, ca déchire sa mère. A Karakol, même pas une épicerie, on est oblige d acheter du pain, quelques légumes et des pâtes directement chez les gens, des kirghizes.
Le long de la route, il y a une barriere de barbelés qui courre, trente trois fils superposés pendant des dizaines et des dizaines de kilomètres. De l autre côté, on n a pas le droit d aller, c est la zone tampon de 50 km  qui nous sépare de la Chine. Nous croisons les restes d un ours, oui oui oui, il y a aussi de ça par ici, on aurait préféré le voir vivant, on se demande comment il a pu se faire percuter vu le nombre de véhicules qui circulent, il a du se suicider…
On accumule les bivouacs de rêve, le beau temps se maintient, nous sommes toujours autour de 4000 m et on y est bien, les nuits sont un peu fraiches et le soir on a vite faits de se rentrer dans notre petite habitation.
Une rencontre surprenante avec un type de Villers le Lac et sa copine savoyarde, venus fair du ski de randonnée entre Caucase et Asie centrale nous laisse un peu pantois, il connait notre webmaster Sylvain, t y crois pas, moins de dix véhicules par jour et tu tombes sur ton voisin au fin fond du Tadjikistan… Ce sont des pionniers, je suis certaine que la plupart des pentes que nous avons sous les yeux depuis plusieurs jours n ont jamais vu la trace d un skieur, alors quand même, HOLE pour le haut Doubs !!!
Puis à force de pédaler à 4000 m, nous avons atteint la frontière. Le poste tadjike se situe deux kilomètres avant le col. On y débarque au petit matin, emmitouflés, gants, bonnets, surchausses, coupe vent, et ce malgre l ascension. Les militaires nous font entrer dans leur container et nous offrent thé, pain, beurre, confiture. Apres trois roulottes successives et autant de contrôles, nous sortons du Tadjikistan. Ce pays nous laissera un très bon souvenir, les gens, les paysages, l état des routes, l isolement… Cet itinéraire est vraiment un must, un col aà3300 m, un à 2800 m et 5 à plus de 4000 dont un à plus de 4600 m, tête en l air, et tout ce qu il y a autour, du grand oeuvre.


Entre le poste tadjike et le poste kirghize, il y a 20 km, nous sommes surpris de retrouver l asphalte assez rapidement. Nous devons attendre l officier pendant une heure trente mais les militaires, pour nous faire patienter, nous offrent du kéfir (yaourt), un bol qu on dirait un saladier, on n a pas craché dessus… Quand l officier arrive, il nous signifie que notre visa n est plus valable, que nous ne pouvons plus entrer au Kirghizistan car à Batken, ils ont apposé le tampon de sortie définitive. Nous voilà bien. J ai beau lui montrer le #Multiple# et les dates, il est plutôt récalcitrant, j insiste. Il finit par se dire que peut-être on n y est pour rien, téléphone, explique, et sourit en nous disant OK. Il tamponne une nouvelle entrée, pourvu que ça aille à la sortie.

Vingt cinq bornes plus loin nous débarquons à Sary-Tash. Même en prenant un hébergement, tu ne peux te laver que les mains et la figure, les pieds aussi. Ca fait depuis Mourgab qu on ne s est pas lavé les cheveux et la dernière vraie douche date de Douchambé, la dernière lessive Khorog, et jusqu à quand encore ?
A Sary –Tash, deux hgeures après notre arrivée, il y a fait une tempête de neige, il en est tombé 5 centimètres, on était contents d être arrivés et de ne pas camper. Les rues en terre battue du village se sont vite transformées en un bourbier immonde, on se croirait décembre, tout est blanc et il fait froid. Il y a des vaches solitaires qui passent dans la rue, elles ont la tête rentrée dans les épaules, le regard vide et éteint, le dos vouté, les sabots crottés… putain de vie !
On a vraiment du bol, on a passé tous les 4000 avec le beau temps. Le lendemain, le paysage est féerique, nous ne roulons pas, nous marchons dans les environs, en visitant les yourtes les unes après les autres, panorama à couper le souffle. T arrives pas à détacher les yeux, t es aimanté, scotché, vallée très large, paturages verts, pur beau temps, sommets vierges repeints de frais et on ne peux pas faire autrement que de piétiner les edelweiss, le sol en est tapissé. Journée top, pourtant elle avait commencé par un tremblement de terre, une secousse qui n a pas eu le temps de nous tirer du lit mais c est impressionnant quand même.
Il nous reste un col à 3600 m à passer, Irkestam, nous savons la piste dans un état désastreux et prévoyons deux jours pour faire les 80 kilomètres qui nous séparent de la frontière chinoise. Nous n en mettrons qu un, encore du beau temps, piste sèche, en effet si désastreuse que nous roulons parfois sur le sentier du bétail, dans les patures, ca va mieux … La descente est une carrière que l on négocie à 8 km/h et les paysages sont toujours aussi géants.
Au dernier chek point kirghize, le militaire, pas très fin, se permet de douter que je sois une femme, et me déshabille du regard, je suis en collant, parce que je n ai pas beaucoup de potrine me dit-il. Je me suis permise une liste d insultes à son égard en le mitraillant du regard, non mais quand même, respect quoi !
Michel ne change pas, ne maigrit pas, ne grossit pas, est toujours aussi noir, quant à moi je n ai pas besoin de me peser pour savoir que la derniere fois que j avais si peu de graisse, je devais avoir 14 ans ! Pourtant on bouffe comme des vaches, on a la forme et la pêche, c est l essentiel et durant cette période en altitude nous avons pris soin de faire des étapes courtes pour que le corps ne fatigue pas et récupère. Nous sommes arrivés frais à Kashgar au terme d une étape de 143 km.
Ca s arrête là pour cette fois, nous sommes à Kashgar pour quelques jours, en Chine, mais vous aurez l épisode Chine une prochaine fois. Nous avons passé cette premiere série de hauts cols dans la joie et l allégresse malgré des soucis intestinaux passagers. Mon vélo n a plus ni béquille ni klaxon, mon retro tient le coup, les pistes secouent fort mais c était tellement beau.
La Chine, c est une autre culture, nous avons tourné la page de l Asie centrale qui une fois de plus nous a enchantée. Les guides de voyage donnent cette route comme l une des plus belle au monde : nous sommes d accord, mais elle se mérite.
 
 

Tadjikistan par migrationsenbent