La Chine – Kashgar
 Notre entrée en Chine a été marquée par des histoires d oignons. La sortie du Kirghizistan se passe bien, bien qu il faille expliquer les différents tampons d entrée et de sortie. Voilà, nous sommes sortis de ces pays ou tout contact avec les autorités commence par une franche poignée de mains accompagnée d un grand sourire. Dans le no man s land de deux kilomètres qui séparent les deux douanes, il y a deux cents mètres de piste affreuse, qui montent, ce sont les derniers deux cents mètres avant longtemps. J ai fait moyen de m y vautrer, à 7 km/h, et je suis tombée, très lourdement, sans retenue, sur l oignon… Ca fait mal, très mal, surtout pour pédaler ensuite en vélo couche. J ai cru que je n y remonterais pas d ailleurs on est allés à la douane à pied et j ai bien du mal à marcher. Le policier chinois se rend compte de ma drôle de démarche malgré mes efforts pour paraitre en pleine forme et me demande si j ai besoin d aide et ce qui ne va pas. Je lui explique, je n ai pas envie de me faire refouler mais les histoires d oignons continuent. Arrivés au poste e douane cette fois ci, 3 km plus loin, après avoir bien menti sur les formulaires de santé, attestant que je n ai pas eu de diarrhée dans les 7 jours précédents pour ne pas me retrouver en quarantaine, voilà qu il nous confisque tous nos produits frais : tomates, sésame, fromage, pêches, saucisses…et les oignons. On a protesté, pas trop fort toutefois, en vain. L importation de produits frais est interdite. Il faut maintenant inscrire le nom de l hôtel que nous avons réservé à Kashgar… je sors le Lonely Planet et inscris n importe quoi, auquel nous n irons pas, il faut écrire dans combien de temps on y sera, je mets cinq jours mais nous n en mettrons que trois, et inch allah pour les contrôles. Ca m agace déjà d être suivie à la trace, devancée même. Ils sont souriants et sympathiques, ce n est pas un calvaire, juste un peu fastidieux. Et on sort du bâtiment à la décoration  toute chinoise, on change de monde, le choc, il y a un village et des épiceries et un peu de vie, c est fou des fois comme une frontière peut changer brutalement les choses, les gens ne sont plus les mêmes, on commence par faire du change et on s envoie une grosse assiette de lagmans, ce sont des pâtes dans un bouillon avec beaucoup de légumes variés et de viande maigre, donc pour changer, des pâtes, mais ce sont les meilleurs qu on ait mangés depuis notre départ et c est hyper copieux, et le thé à volonté pour 1.2 euros par tête, t hallucines. Mais c est pas le tout, il faut qu on contiue même si c est un peu l euphorie. On est en Chine, ce truc immense, même si dans cette partie, il y a encore au moins autant de Ouighours que de Hans. Et nous attaquons les montagnes russes, ca va durer deux jours, col à 3000, descente, col à 3000, descente, les paysages doivent être très beaux, ils sont en tous cas très différents de ce qu on a vu ces derniers temps, roche très rouge, comme l eau des rivières. Finis les hauts plateaux, doux et paisibles, ici le relief est déchiré et torturé, mais les nuages qui nous accompagnent jusqu à Kashgar nous privent de la vue des hauts sommets. Sur le bord de la route, où la circulation est plus dense, que des poids lourds, on croise des chameaux, des vrais, avec deux bosses, qui pendouillent lamentablement, pas très esthétique comme bestiole. Entre la frontière et Kashgar, 250 km, quelques bourgades, l asphalte, et très peu d eau. Et puis on approche de la ville et on commence à voir des véhicules en tous genres, à deux roues, électriques, à trois roues, à gaz, des charrettes tirées par les ânes. Les gens nous font toujours signe et n ont pas l air plus méchants que leurs voisins. Il y a des ouvriers sur le bord des routes qui balaient en plein désert de caillasses. Un minibus les pose, un par un, tous les dix kilomètres, avec leur thermos et leur musette, ils balaient, ils nivellent le bord et remontent un par un dans le bus, le soir venu. Boulot de merde dont on se demande l utilité à par celle de faire de l emploi.  Puis ce 4 Juillet 2009, par un jour poussièreux et très venté, nous débarquons à Kashgar. Nous avons fait 143 km dans la journée pour y arriver, motivés par deux choses : petit a : le marché hebdomadraire du dimanche, à ne pas rater, parait-il et petit b : la perspective d un lit et d une douche chaude. Kashgar, ca grouille tout d un coup, on n était plus habitués, il y a plein de voitures et encore plus de deux roues et des enseignes partout en écriture incompréhensible, que ce soit ouighour ou mandarin. Trouver un hôtel, ça va bien, négocier, ça va vite,ca marche, on décharge, on met les vélos au garage et AH ! LA DOUCHE ! CHAUDE ! Bonheur, tout le reste est oublié, enfin non, faut pas pousser ! A Kashgar, il y a des types qui aiguisent des couteaux sur des vélos bidouillés, ils pédalent pour faire tourner la meule, il y a des parkings pour les deux roues et d autres pour les ânes, je ne plaisante pas, il y a une grande statue de Mao, une grande roue qui donne a la fois une perspective sur la vieille ville ouighoure et sur le reste. Kashgar, quelques centaines de milliers d habitants, dans cette ville complètement isolée aux portes du Takla Makan, au pied du Muztagh Ata. Après 80 jours très calmes, nous voici projetés dans cette ville si vivante, les taxis verts klaxonnent, les cireurs frottent, les barbiers rasent, on avale un plov contre l épaule de son voisin, on déambule, on se fraie un chemin, on retrouve un chargeur de piles pour remplacer le notre qui a rendu l âme, on fait réparer la chambre à air à defaut d en trouver une neuve avec les bonnes valves, on fouine, on reste ébahis et septiques devant les bocaux de serpents, d hypocampes et autres bestioles aux vertus indéniables, on mange avec des baguettes, on goute les épices et des fruits secs inconnus. On prend des odeurs plein les narines et des couleurs plein les yeux, le folklore continue. Kashgar a beaucoup d intérêt, mélange de nouveau et d ancien, vieille ville en terre et briques entourée par les tours illuminées la nuit venue, contraste terrible, quartiers très différents les uns des autres, pourtant si proches. On s arrange avec le pressing au coin de la rue pour qu il nous compte notre lessive au poids, pas à la pièce et on discute à fond avec les Pakistanais de l hôtel, et ils sont nombreux, pour prendre la température parce que c est ici que nous devons prendre notre décision.  La Karakoram Highway présente des sections bien défoncées entre Sost et Gilgit mais est sans risque jusqu à Chilas, nous ne comptions pas aller plus loin en vélo, nous obliquerons ensuite en auto en partie jusqu au col de Babosar avant de nous laisser descendre jusqu à la première gare d où nous rejoindrons Lahore le plus rapidement possible sans séjourner à Rawalpindi ou Islamabad. La situation sur notre itinéraire est sûre dans la mesure ou elle peut l être, les problèmes ont lieu plus à l ouest et nous n avons rien à y faire, de plus, c est fermé aux touristes. Nous ne sommes pas des têtes brulées, au moins nos voisins Pakistanais nous ont rassuré sur ce point : sur la KKH pas de souci. Quand on va voir les actualités sur Internet, le Pakistan fait peur mais tout est finalement très localisé et c est bien ça qu il faut comprendre, ce n est pas parce qu une bombe pète au pays basque que Brest est dangereuse… Bon, en attendant on va déjà aller refouiner dans les bazars de Kashgar, se repaitre d odeurs et de vie avant de reprendre la route des montagnes avec des cols de nouveau à plus de 4000 m… Karakoram, Muztagh Ata, Khunjerab, Nanga Parbat, Rakaposhi, il y a encore beaucoup de noms devant nous pour nous faire rêver… Evènements en Chine.
Nous nous excusons de vous avoir laissés sans nouvelle durant ce long moment mais c est la faute aux Chinois. Le jour où nous sommes arrivés à Kashgar, tout contents de pouvoir communiquer nos dernières impressions, il y a eu de violents évènements à Urumqui à 1500 km de nous. 200 morts, bagnoles et bus brûlés, attentats, bombes, bref ça a bougé fort. Urumqui est la capitale de la province du Xingjiang, et Kashgar en fait partie. Le gouvernement chinois a rapidement donné ordre aux Chinois de rester chez eux, de ne pas se rendre à leur travail, seuls les Ouighours étaient dans la rue. Puis à Kashgar on a commencé à voir des convois militaires et des rassemblements sur la place principale, et tout a fermé, les boutiques, les boui-bouis, et aucun moyen de communication, internet coupé, même pour les banques, et téléphone à l international, idem, et ce pour au moins une semaine. Nous avons eu de la chance de récupérer notre linge à la laverie à temps, et de donner des nouvelles à mes parents in extremis. Après, plus rien, Kashgar, ville morte et peut-être en feu dans quelques heures. Alors on a pris nos bagages et on a foutu le camp de Kashgar puisqu on ne peut rien y faire et puis on sera plus tranquille à la campagne. Sur la route, aucun souci, pas plus de contrôle que d habitude même si on sent qu ils sont un peu sur les dents, on s est juste faits virer de notre bivouac au pied du Muztagh-Ata par des policiers casqués, armés, et gilet pare-balle, qui nous ont emmenés 7 kilomètres plus loin, parce qu ils ne voulaient pas qu on dorme dans la nature car ils sont responsables de notre protection. Ils nous ont traité avec douceur et sympathie, nous aidant même à faire et à porter nos bagages. Dans ce pays on a l impression que derrière chaque paysan il y a un militaire qui se cache, c est assez impressionnant. Arrivés à Tashkorgan, toujours pas moyen de donner des nouvelles, on ne va pas attendre, alors on continue à avancer. Et on passe la frontière pakistanaise. La Chine nous laissera vraiment cette impression de pays fliqué à mort, omniprésence, même si on sait que ceci est du en partie aux évènements d Urumqui. De Tashkorgan à la frontière pakistanaise, 140 km, nous ne pouvons pas pédaler, il y a obligation de prendre le bus, dans lequel il y a bien sûr un soldat, des fois qu on s évapore dans la nature... Durant tous ces évènements, les Chinois sont muets comme des tombes et les informations arrivent au compte goutte par les voyageurs qui arrivent de l étranger. Retour au temps des colporteurs. D ailleurs on ne sait pas les raisons précises des évènements avant d arriver au Pakistan. Problème ayant dégénéré entre deux Chinois et des Ouighours, on s en serait douté... La Karakoram Highway, de Kashgar à Karimabad
Nous quittons Kashgar et entamons par la même la mythique Karakoram Highway, route qui va de Kashgar en Chine à Havelian au Pakistan. Le long de cette route bordée de pics vertigineux, deux cols : le premier à 4098 m et le second à 4655m, qui constitue la frontière entre les deux pays, la Khunjerab pass. Assez rapidememt la route s élève, d abord dans le canyon de la rivière Ghez, aux parois abruptes et éboulis peu rassurants, puis dans des vallées ouvertes et larges au pied de dunes de sable gris ou de prestigieux sommets tels que le Kongur à 7719 m et le Muztagh-Ata, à 7546 m. Nous avons un peu de mal avec les jambes après trois jours de repos à Kashgar mais ça va revenir vite. Les peuplements sont Ouighours au début, puis Kirghizes et enfin Tadjikes à partir du premier col, juste sous le Muztagh-Ata. Nous avons une fois de plus pas mal de chance avec la météo puisque le jour où nous avons la vue sur tous ces sommets, le ciel est totalement dégagé. Les yourtes sont souvent en béton ici, comme à Karakol, encore un, on se demande un peu où sont les troupeaux. J ai l impression qu ils ont surtout des troupeaux de touristes qui leur rapportent bien plus que des troupeaux de yacks. En tous cas on se fait bien assez alpaguer et du coup on a tendance à fuir. Le Muztagh-Ata et le Kongur sont deux énormes massifs bien distincts, on passe vraiment au pied, c est splendide, une fois de plus. Le col à 4098 m est bien passé, sous le soleil malgré la fraicheur. A Tashkorgan, toujours pas de liaison Internet ni de téléphone, donc nous ne nous y arrêtons que pour faire quelques provisions de bouche et nous renseigner pour le bus qui nous emmenera, nous et tout notre bazar, jusqu à la frontière pakistanaise. 140 km de no man s land où chaque touriste doit être escorté d une manière ou d une autre, nous monterons à 4655 m derrière les vitres et ça nous fait vraiment bizarre. Ce sont des journées qu on appréhende un peu, mettre des vélos dans un bus, passer des frontières, se faire poser au sommet du Khunjerab pass... Tout s est passé au mieux, on a fait le trajet jusqu au col en regardant par les vitres de notre bus couchettes, le paysage très ouvert, la vallée très large, comme le col, et le bitume est nickel.
|