Pakistan, Karakoram Highway
Ce sont des journées qu on appréh ende un peu, mettre des vélos dans un bus, passer des frontières, se faire poser au sommet du Khunjerab pass... Tout s est passé au mieux, on a fait le trajet jusqu au col en regardant par les vitres de notre bus couchettes, le paysage très ouvert, la vallée très large, comme le col, et le bitume est nickel. Au chek-point pakistanais, au sommet, pas à la douane, qui est 85 km plus loin, les bidasses nous autorisent à descendre du bus et pédaler. Le motard francais Alex, que nous voyons depuis Khorog, passe en même temps que nous. La descente, qui est mi piste mi route et le canyon sont hallucinants et ça dure des dizaines de kilomètres. On est heureux de retrouver des gens qui ont la banane car les Chinois sont plutot fermés et pas très souriants (pas tous), et les camions décorés et plein de pouce en l air, bref, le Pakistan comme on l avait vu en 1994... Et puis ils parlent tous anglais, c est donc soudain beaucoup plus facile. Nous avons vraiment plaisir à retrouver ces gens, ce pays dont la géographie très tourmentée, une fois de plus , nous laisse complètement perplexes et ébahis. Il y a beaucoup d endroits où ça semble suicidaire de s arrêter, alors on passe le plus vite possible. Des pics blancs dépassent de temps à autres, forcément à plus de 6000 m, du bonheur malgré l état de la route, en travaux tout le long, et ce sont toujours les jaunes qui cassent du caillou et qui manient la pelle. Et puis on retrouve des lieux connus, nous étions venus jusqu à Passu en 1994, et c est toujours aussi impressionnant. Nous faisons deux courtes étapes à cause d une météo défavorable et nous voici à Karimabad, 100 km au nord de Gilgit. Toute cette vallée de la Hunza est toujours aussi tranquille, certaines femmes n ont rien d autre sur la tête que des cheveux, les hommes sont relativement cools, je pédale cependant en pantalon et manches longues pour ne choquer personne. La vallée de la Hunza est tranquille car peuplée d Ismaeliens, disciples de l Aga Khan, c est une branche chiite mais ceux ci ne se prosternent pas, ne font pas le ramadan, les filles vont à l école, et les femmes sont relativement libres, et bien évidemment ils détestent les Talibans qui ruinent leur économie à eux : le tourisme. Et le Pakistan comme ça , c est de la balle. Les hotels sont tellement peu chers et tellement bien par rapport a ce qu on a connu qu on ne s enquiquine pas à camper, pour ce prix (2 à 5 E la double), on a parfois de l eau chaude dans une salle de bain privative et carrelée ! Voilà, on ne stresse pas trop pour la suite, on fera des parties en véhicule c est certain, il est hors de question qu on prenne des risques inutiles, on est sereins par rapport ça. Coté santé tout va parfaitement, à part mon coccyx toujours très douloureux. Sur le bitume ça va mais sur les pistes chaotiques c est assez pénible, je vais trainer ça un moment, c est pas méchant. De la frontière jusqu ici, pas une seule fois nous n avons eu à sortir notre passeport, il n y a pas de militaires partout comme en Chine ... Si vous pouviez nous voir au lieu d entendre les infos nous ne croieriez pas qu on est dans ce pays qui fait malheureusement trop souvent la une, cependant, nous verrons la suite... Pakistan, la suite. Après l invasion du Tibet en 1950, la Chine a occupé des territoires au Laddakh, et au Pakistan. Tout échange entre les deux pays a stoppé. Alors que la frontière chinoise avec le Kashmir Indien est toujours indéfinie, un réchauffement en 1964 dans les relations sino pakistanaises a conclu à un accord. La Chine a rendu 2000 km carrés de territoire et l idée d un lien routier entre les deux pays a vu le jour. En 1966, les deux pays s embarquent dans d un des plus gros chantiers du monde, une route à deux voies de 1200 km de long à travers les plus hautes montagnes du monde, Pamir et Karakoram, de Kashgar en Chine à Havelian au Pakistan. L itinéraire traversera des terrains qui étaient pour la plupart tout juste bons pour un chemin muletier. Les travaux dureront 20 ans, les deux pays travaillerons ensemble, beaucoup de main d oeuvre chinoise travaillant côté pakistanais. Beaucoup de pertes humaines. 
En Aout 1982, inauguration officielle et ouverture aux touristes jusqu à Passu. Le 1 er Mai 1986, le Khunjerab pass s ouvre aux touristes. Mais le chantier n est jamais terminé... Les éboulements, les glissements de terrain, les tremblements de terre ont l air de toujours vouloir détruire ce que l homme essaie de construire comme si, ici, la nature ne voulait pas se laisser faire et voulait rejeter les hommes. Ici l espace temps change, une seconde ne dure plus une seconde mais dix car dans ce laps de temps il peut se passer tant de choses. Sur cette KKH, il ne suffit plus de regarder la carte et de dire : allez 70 bornes, on sera à tel endroit ce soir, ça ne marche pas. Il y a des ruisseaux à traverser, qui eux même traversent la route, il y a les bull dozers qui déblaient la route, il y a un obstacle tous les cent mètres, après lequel il faut relancer la machine, et puis avant de prendre la route il faut s assurer qu il n a pas fait un orage, que rien ne bloque. Bref, rien ne sert de prévoir des étapes car on n est absolument pas maitres de ce qui peut advenir en une journée. Le jeu en vaut la chandelle, cette route est un défi. Dans les gorges de l Indus, sur plus de deux cents kilomètres, on pense pouvoir affirmer qu il y en a moins de dix pour cent qui ne sont pas taillés dans la roche, parfois à une hauteur vertigineuse, et les barrières de sécurité sont bien évidemment toujours inexistantes. Côté histoire de ces territoires du nord, en 1846, l Angleterre a annexé les territoires Sikks du Kashmir, du Laddakh et du Baltistan, un ensemble appelé état de Jammu et Kashmir. Ils ont vendu ça à un prince hindou et l ont proclamé premier maharaja du Kashmir. En 1889, pas rassurés par la présence des russes dans les parages, l agent anglais Durand amène sa propre police, envahit la Hunza en 1891, et tente d envahir Chilas mais échoue en 1893. En 1935, les scouts de Gilgit, milice locale est fondée par les Anglais. A partir de 1947 (indépendance de l Inde), le maharaja espérait son indépendance mais il doit choisir et se rallie finalement à l Inde ce qui révolte les vallées de Gilgit et alentours qui veulent être pakistanaises. Là commence la guerre du Kashmir. L ONU impose un cessez le feu mais la guerre reprend en 1965 et 1971 sur le glacier du Siachen, à 7000 m d altitude. Les provinces du Nord sont maintenant gouvernées par 24 membres, chapeautées par un chef de l éxécutif. Le gouvernement pakistanais est généreux en ce qui concerne le développement de cette région et ne prélève pas d impôts directs, mais les habitants ne peuvent pas, par exemple, voter dans les élections nationales. Ayant combattu pour rejoindre le PAkistan, certains se sentent exclus. Le chef de l éxécutif est ministre dans le gouvernement pakistanais. C est donc bien un statut particulier qui régit cette région qui court de la frontière chinoise jusqu à Chilas. C est une région, on en a déjà parlé, qui est calme parce que pas du tout concernée par les problèmes liés aux extrémistes et majoritairement peuplée d Ismaeliens, mais entre ces provinces du Nord, accessibles et l Inde, il reste tout un territoire, inaccessible aux touristes, administré par le Pakistan, et sur toutes les cartes, les frontières sont en poi ntillés et annotées ... La terre doit-elle appartenir à quelqu un ? A noter que le nom de Pakistan vient de : P comme Punjab, A comme Azah Jammu, K comme Kohistan ou Kashmir, I comme Indus et S comme Sindh, et STAN pour la terre. On ne retrouve pas le Balouchistan ? En ce qui nous concerne, nous avons quitté les canyons encaissés pour une vallée plus ouverte avec sur ses bords, des cultures en terrasse et des villages perchés. On devine très bien les canaux d irrigation qui amènent l eau du pied des glaciers jusque dans chaque jardin particulier. Sous les canaux c est vert alors qu au dessus c est complètement minéral. Je ne sais pas s ils ont des bisses aussi beaux que ceux du Valais suisse... La vue sur les sommets ne cesse de nous enchanter, Diran Peak, Rakaposhi, Batura, tous à plus de 6 ou 7000 m, on les a là , sous les yeux, des parois verticales de rochers et de glace étincelante, crevant le ciel de leurs pointes acérées, le monde vertical. La Hunza est une région fabuleuse, avec des possibilités de treks infinies et des gens extraordinaires. Les gestes et paroles d encouragements sont spontanés et très nombreux, c est parfois une ovation, ou des applaudissements sur notre passage. A force de sourire, on va finir par choper des coups de soleil sur les gencives. Et on roule entre les superbes camions tout décorés aussi bien à l intérieur qu à l extérieur. C est vraiment unique. Nous avons suivi la KKH, en vélo, jusqu à Chilas, limite des provinces du Nord, plus bas certains nous disent que c est encore dangereux, d autres nous disent que l armée a repoussé les Talibans contre les frontières de l Afghanistan voir de l autre côté et que ce n est pas dangereux en ce moment. Nous ne voulons pas prendre de risques avec ça. Il y aurait bien un autre itinéraire mais les mêmes questions se posent et en plus un éboulement a embarqué un pont et pour l instant les voitures ne passent pas, apparemment les motos passent ... mais nous ?? De plus, s il en fa ut plus encore, nous nous sommes faits rattrapés par les grosses chaleurs, 39 degrés la nuit, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose mais le corps, les nôtres en tous cas, ne récupèrent plus. De plus, Alex, le motard francais que nous voyons régulièrement nous annonce que le Pakistan serait passé en niveau 3 au niveau du risque pour les occidentaux donc nous ne trainons pas, nous prenons un bus puis un train et nous atteignons très vite Lahore ou nous avons quand même visité la vieille ville et quelques monuments.Lahore est une ville phare du Pakistan, qui n a pas vu Lahore n est pas vraiment pakistanais disent-ils et c est donc aussi souvent là qu il y a des attentats. Pour nous c est une étape obligatoire avant la frontière indienne qui n est qu à trente kilomètres. La vieille ville de Lahore est un labyrinthe de ruelles puantes, presqu écoeurantes tellement les odeurs y sont fortes et malheureusement ce ne sont pas les odeurs des é...pices. Il reste ça et la quelques vestiges de l architecture mais il faut vraiment chercher. Les rues les plus larges font deux metres, on y trouve de tout, c est un bordel monstre, mais où on nous a offert du yaourt frais, où on nous a accompagné au restaurant et offert le thé bref c est le coeur de la ville et ça vibre fort. Côté ambiance, il est évident que nous sommes déjà un peu en Inde sauf en ce qui concerne les femmes... La vieille ville de Lahore a fait revenir chez moi les premières images du film : le parfum, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose mais c était pas jojo, c était le moyen âge quoi ! Pour sortir de Lahore, j ai du, après quelques quintes de toux, mettre mon foulard sur le nez et la bouche, c est absolument irrespirable. Il y a les animaux qui tirent d énormes charrettes au milieu des mobylettes qui polluent aussi bien en gaz qu en bruit. C est inimaginable, je crains ce qu on va trouver en Inde. Il y a des travaux et l eau qui tombe par sacs entiers du ciel en cette période de mousson innonde le sol, les routes, le bordel ambiant. Il y a un tas de détritus continuel au bord de la route, ou se mélangent de l organique, du plastique et des cadavres d animaux, je ne vous dis pas l odeur, il ne fait pas moins 10 degres mais trente ou plus, et l eau, joli bouillon de culture...Il y a cette atmosphère lourde, très humide, cette moiteur désagréable, en permanence, même la nuit, rien ne sèche jamais. On n est pas faits pour ça, cependant on est contents de le vivre quand même, quelques jours ... Dans les champs innondés, il y a longtemps qu on ne voit plus de yacks, ils ont été remplacés par des buffles luisants et gras, que certains promènent en laisse ... Il y a des rizières et des gosses qui jouent dans l eau brune à longueur de journée en riant.
La frontière s est très bien passée, d un côté comme de l autre, une fois de plus des gens sympathiques, il a juste fallut attendre, une fois de plus, qu ils lancent le générateur car il n y avait plus d électricité, c est pareil ici en Inde. Tu prends une chambre avec clim, tu mets le prix et y a pas de jus, ça vaut un post dans le site internet intitulé : vie de merde ! Voilà nous sommes en Inde, à Amritsar, et nous jouons les touristes à pieds nus au temple d or mais vous aurez tout ça une prochaine fois car le titre de ce post, c était Pakistan.
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