Amritsar-Srinagar.Bonjour, La principale attraction touristique, mythique et fantastique de la ville d Amritsar est le Temple d Or, le lieu sacré des Sikhs. Nous nous y rendons en rikshaw à pédales, oui parce qu il y en a à moteur mais ces derniers polluent et les cyclistes sont plus méritants. Le Temple d Or est en vue, nous laissons nos chaussures à l entrée, nous nous couvrons la tête et nous passons dans les pédiluves pour nous laver les pieds. Ensuite tout se fait à pieds nus sur le marbre blanc incrusté de motifs géométriques qui entoure le bassin au milieu duquel se situe le véritable temple d or, relié à la rive par le pont des gourous. Il y a des saris et des turbans de toutes les couleurs, des gens plus ou moins fervents. Certains se baignent dans les eaux sacrées, d autres achètent et portent des offrandes, la plupart ne font que se promener, comme nous et gouter au calme que procure cet endroit, qui nous coupe soudainement de l effervescence et du bruit de la rue. Le Sikhisme est une religion relativement ouverte, autant qu une religion peut l être, certains me comprendront, c est un mélange au départ d hindouisme et d islam. Dans chaque temple, il y a un réfectoire et les pélerins, qu ils soient sikhs ou non, peuvent y manger gratuitement. Les vrais Sikhs portent le chignon sur le devant du front, enveloppé dans un turban qui retient leurs cheveux qu ils ne coupent normalement jamais. Ils portent aussi un sabre, plus ou moins long, les femmes comme les hommes. On est restés un moment dans ce lieu, c est paisible et silencieux, c est propre, ça tranche du reste.
Puis on a mis les vélos dans le bus encore et on s est rendus à Dharamsala, c est la résidence du gouvernement tibétain en exile depuis 1959. C est la donc que réside le Dalai Lama. Nous ne l avons pas vu, nous avons encore vu des gens qui passent leur journée à marmonner des paroles, assis cette fois ci devant une statue de Boudha, puisque ce sont des boudhistes. Il y a des moines habillés en rouge et rasés et des fidèles qui eux aussi lisent des mantras en buvant du thé. Le lieu n a rien de paisible et c est même un sacré beau bazar, pour être polie, dès qu on sort en ville. Mcleoganj n est pas franchement un exemple de propreté, et ne donne pas envie d y rester plus qu il ne faut. Le musée qui retrace l histoire du Tibet à partir de l invasion chinoise est très intèressant. Et on a remis les vélos sur le bus, qui est parti avant qu on ait fini de les attacher, Michel a fait dix bornes à éviter les branches basses car le chauffeur était visiblement encore plus pressé que les autres. Alors on a continué en bus parce que les paysages ne sont pas mieux que ça, parce qu il fait toujours très chaud et très humide, mousson oblige et qu on préfère filer pour passer plus de temps ensuite au Zanskar par exemple. La circulation fait peur, on appréhende d avoir à rouler. Quand on est dans le bus on se dit que l espérance de vie d un cycliste ne doit pas dépasser quelques minutes, c est de la folie, ils doublent n importe où, se rabattent in extremis, klaxonnent à tout va, c est impressionnant. On est descendus du bus à Udhampur un peu au nord de Jammu, oui parce que les parties montagneuses, on aime bien les pédaler quand même et puis on n est pas venus que pour se faire trimballer. Et une fois qu on est dans la circulation, on se rend compte que ça ne va pas si mal. En fait leurs coups de volant et coups de freins violents servent à éviter les obstacles alors quand on est dans le bus c est du délire mais quand on est sur le bord de la route on ne se rend compte pratiquement de rien, ils s écartent bien et on roule assez détendus.
Au bord de la route, les signes et les photographes sont toujours aussi nombreux, moins toutefois que les militaires. Ce n est pas difficile il y en a un tous les deux cents mètres, la route est surveillée en totalité et il n est pas rare qu on voit des têtes sortir des fourrés sur notre passage. Il y a des singes aussi, en pagaille et on les craint plus que les militaires, parce que certains nous montrent un peu les dents, les militaires aussi mais c est pour sourire... Nous avons traversé sans encombre la chaine du Pir Panjal, qui sépare Jammu de la plaine du Kashmir, ou Cachemire, comme vous voudrez. La route est taillée à flanc, et les klaxonnent résonnent bien, la circulation est très dense, ajoutons les convois militaires et c est une file ininterrompue. La dessus quelques bonnes averses de mousson, quelques beaux precipices et quelques groupes de singes, vous y êtes. Nous aussi. Le Pir Panjal, c est très vert, c est très découpé et ça se termine par un tunnel pour passer sous les plus hautes crêtes avant de basculer sur le Kashmir. Le tunnel est à 2200 m d altitude, n est pas éclairé, est composé de deux boyaux de 3 m de large chacun, fait 2.5 km de long. On a pris notre respiration et on s est lancés avec nos frontales en marche. Au début on voyait un peu mais la suite était vraiment très noire, et nos frontales pour ainsi dire inefficaces. On espérait un véhicule à l arrière pour nous éclairer mais les bidasses sont tellement bien que derrière nous ils avaient coupé la circulation pendant dix minutes. C est une sensation, une expérience. Heureusement il était très bien ventilé.
De l autre côté, nous voici donc en plein Kashmir, là où ça fait vingt ans que ça pète, et que ça ne pète plus trop depuis un an seulement, le tourisme reprend gentiment. Et ça vaut le détour, la vallée est magnifique, des rizières en terrasses, puis à plat, très vert, de l eau partout même si l influence de la mousson est déjà ici beaucoup moins forte. Dans la journée nous arrivons à Srinagar. C est une ville très particulèere ; sur fond de montagnes très boisées, très vertes, la ville est à moitié sur l eau puisqu une partie de la population vit sur des house-boats sur un lac. Les colons anglais sont à l origine de ces habitations flottantes, en effet ils n avaient pas le droit de posséder du terrain donc ils avaient fait construire des bateaux et vivaient dessus, amarrés en permanence. Certains sont luxueux, d autres sont des taudis. En prenant les passerelles et les sentiers, on se promène entre les canaux où naviguent les shikaras, c est comme les gondoles à Venise sauf qu ici il n y a pas de bâtiments. Dès qu il y a de la terre ferme il y a des jardins. Les bateliers n arrêtent pas de nous alpaguer et le truc c est de loger sur un de ces house boat, mais avec les vélos, pas très pratique, nous restons à terre. L autre particularité de Srinagar, ce sont les jardins dans les villages environnants, jardins qui datent des Moghols. Nous en avons visite deux. Srinagar est à grosse majorité musulmane et c est ici que les troubles furent le plus sérieux entre hindoux et musulmans, toujours depuis 1947. C est dommage. C est très très militarisé, et la suite sera pareille jusqu à au moins Kargil, mais ces bidasses sont souriants et serviables, leur présence est finalement moins opressante qu en Chine. Voilà, nous reprendrons la route après demain, nous avons encore beaucoup de canaux et de ruelles à découvrir ici avant de reprendre de l altitude, direction le Laddakh et le Zanskar, et ça promet d être beau.
Côté santé et pratique, rien de spécial à signaler, on a un peu du mal à varier notre alimentation mais au moins ce qui est bien en Inde c est que le lait et le fromage frais sont présents partout, synonyme de pureté, les vaches sont sacrées, vous le savez. Les températures sont chaudes mais supportables et c est déjà un peu plus sec, une ou deux averses par 24 heures, ça va. Ces trajets en bus et train qui ont duré neuf jours je crois ont coupé notre voyage de cette année en deux parties. Pendant cette première période nous n avons fait que pédaler, maintenant, nous allons faire un mix de vélo et de trek, pour profiter un peu des régions traversées et nous octroyer des jours de calme loin de la circulation qui, on le sait, sera tout le long ce qu on appelle infernale. On s est habitués très vite à l effervescence, au bruit, à tout, au mode de fonctionnement indien, et on commence à bien apprécier ce pays. Chao à la prochaine. Srinagar-Leh Après deux agréables journées à Srinagar à arpenter jardins et canaux, nous nous remettons en route, la circulation est moins dense et c est bien tant mieux. Dans la journée, nous passons du bord du lac au fond de la vallée du Cachemire à des vallées aux allures très alpines, où nous restons d ailleurs une journée à marcher au bord des torrents au pied des glaciers. Puis l univers se fait plus minéral et une fois passé le col de Zojila à 3529 m la pancarte “Bienvenue au Ladakh” marque la frontière entre cette région aride et le verdoyant Cachemire. La route est étroite, souvent mauvaise, les gorges encaissées, le relief très casse pattes mais nous avançons bien.
Passé Kargil, nous quittons le monde musulman et ce sont maintenant des stupas et des drapeaux à prières multicolores qui bordent la route, et c est plus gai. A Mulbekh, au terme d une étape difficile, nous assistons à une petite fête, les femmes sont en tenue traditionnelle, coiffées de très lourdes parures, chargées de pierres turquoises. Puis nous avons renoué avec la haute altitude en passant dans la même journée un col à 3880 m puis un second à 4150 m. Contrairement au Tadjikistan, où parfois on ne redescendait guère entre deux cols, ici, on plonge et on remonte. Mais quelle récompense quand on descend de l autre côté sur le village et monastère de Lamayuru, au milieu de paysages une fois de plus, somptueux, très différents de ce qu on a déjà vu, et très impressionnants. Et puis à force de prendre des lacets, de monter et de descendre, bref de pédaler, nous avons rejoins l Indus, très en amont de là où on l avait laissée au Pakistan. La route est taillée à flanc, tantôt en hauteur tantôt au bord de l eau et c est vraiment superbe. Une halte à Alchi nous permet de visiter des temples très différents de ce qu on a vu à Lamayuru. Les maisons laddakhies ont des fenêtres en bois qui sont très travaillées, sculptées, ces maisons sont d ailleurs assez cossues. Nous n avons plus l impression d être en Inde, c est propre, les gens sont des montagnards qui vivent pour ainsi dire en autarcie. Le foin, les abricots, les bouses, tout sèche sur les toits, plats, car malgré l altitude et le froid, les précipitations sont trop faibles pour qu il y ait beaucoup de neige. Nous n avions jamais mis les pieds auparavant en pays boudhiste, tout est nouveau pour nous et c est tres coloré. Nous trouvons toujours à nous loger, soit chez l habitant soit dans des petites hotels. Nos journées sont ponctuées par de nombreuses rencontres, brèves et éphémères mais sympathiques, dans l échoppe ou l on achète un coca, on apprend que l hiver a été trop chaud et le printemps glacial, au check-point le policier me raconte qu il a quatre enfants, trois filles et un garçon, qu il gagne bien sa vie, 15000 roupies mensuelles ( 68 roupies pour 1 Euro), qu il est originaire de la vallée de la Suru au pied du Kun et du Nun, deux sommets de plus de 7000 m, (hein Jean Marie !), bref des petites choses de la vie courante.
Les ouvriers le long des routes nous font des ovations, et moi j ai envie de leur dire d activer un peu qu on ait du beau macadam la prochaine fois. Ils sont très nombreux, restent assis et ne font pas grand chose à part boire le thé et tatouiller. Les femmes ont de grandes nattes noires et une jupe qui recouvre le pantalon, elles ont l air énergique et dynamique et travaillent dur. Le vent est très fort, heureusement pour nous, nous l avons le plus souvent dans le dos et il nous aide bien. Cette route qui relie Srinagar à Leh puis Manali est encore un défi, tant pour sa construction, que pour nous le fait de la pédaler. Nous rencontrons depuis quelques jours beaucoup de touristes occidentaux et quand ils nous demandent quel trek on est venus faire et qu on leur dit ce qu on fait, une fois de plus on se rend compte, un peu, de l ampleur de la tache. Physiquement c est difficile, les routes ou pistes sont souvent mauvaises et demandent une attention de chaque seconde, quand on fait un kilomètre sans donner un coup de patin ou sans sauter dans un trou, c est presque l euphorie. Nous avons la pêche, on n a pas senti le dernier col à plus de 4000 m, ni dans les jambes, ni dans le souffle, la motivation est toujours là.
Nous sommes arrives à Leh, et cela marque une étape, nous allons rayonner par là autour, à pied ou à vélo pour une petite vingtaine de jours. Le Dalai-lama y arrive demain, si on veut le voir il faudra se lever tôt mais pourquoi pas. Nous vous tiendrons au courant de nos excursions, qui s annoncent, une fois de plus, à couper le souffle , dans tous les sens du terme… Chao. Excursions autour de Leh.Bonjour à vous, Je ne sais pas si nous sommes un peu fèlés ou si c est normal mais l idée nous a pris d aller visiter les vallées de la Nubra et de la Shiok en vélo depuis Leh. Alors pourquoi fèlés ? Parce que le trajet implique de passer un col, le Khardung-La, dont l altitude est de 5358 m, et qui est, soi disant, le plus haut col carrossable de la planète. Beaucoup de cartes le mettent à 5602 m mais ne nous méprenons pas, il est déjà assez haut comme ça. Nous voici donc partis, avec notre permis en poche et des sacoches allégées pour 40 km et 1750 m à monter sous le soleil, entre les convois militaires, les 4 x 4 bourres de touristes que bien évidemment nous maudissons. La barre des 4000 m est très vite passée, on a l habitude, on n en fait plus de cas, c est la septième fois cette année à vélo. Poste de contrôle, tout est bon, nous poursuivons.
Nathalie, on est à combien ? 5120. Ah, très bien, on a passé les 5000 m sans s en rendre compte, on ne souffle pas, la pente est régulière, la piste de plus en plus moche a remplacé le macadam. Les bagnoles nous doublent avec des VTT sur les galeries. En fait, ils montent les touristes qui ne font que la descente, on en croisera plein, ils ne font même pas signe, la haine, on n est pas du même monde, tourisme de masse, même ici, trop con. En ce qui nous concerne, nous monterons tout sans mettre pied à terre. On débouche au col à 14 heures, 6 heures après être partis, on est frais, on est passés comme des fleurs. 5358 m, en vélo, avec notre tente, nos duvets, le réchaud, la bouffe, bref, en vrai cyclo, trop bon ! On a l impression d être plus hauts que les montagnes alentours. Au loin, on voit les sommets du Karakoram oriental et à nos pieds s étend la vallée et s étirent les lacets qui vous nous conduiront jusqu au fond, à 3300 m. Mais il est tard, on a pris beaucoup de temps au col et j ai crevé en descendant. Nous campons au check-point et les militaires nous proposent un tas de services qui vont de l eau chaude à la couverture...Le lendemain matin au réveil, nous avons l immense surprise de découvrir deux cyclos français dont une femme sur un tricycle couché, quelque peu irréaliste sur ce genre de terrain bien qu apparemment ce ne soit pas autant inadapté qu on pourrait le penser (http://transhimalaya.blogspot.com) C est la descente sur la Nubra et la Shiok qui nous coupe le souffle, très beau. On a sillonné les deux côtés de la vallée pendant deux jours, visite des gompas (monastères) et marche dans les dunes de sable de Hunde r. La vallée de la NUbra devrait être préservée plus qu elle ne l est, tout le monde y vient en Jeep ou presque... Nous avons remonté le col en bus et nous avons fait la descente sur Leh à vélo, 40 km sans donner un coup de pédale, c est quelque chose. Le temps de faire quelques courses, de troquer les sacoches contre les sacs à dos et nous voici repartis direction le Pangong-Tso. C est un grand lac un tiers sur l Inde, le reste sur la Chine. Nous y allons en Jeep, un peu la mort dans l âme car entre temps nous avons appris que c était jouable en vélo et qu il y a même deux bus hebdomadaires. En plus, nous n avons trouvé personne pour remplir l auto. La plupart des gens font l aller retour dans la journée, ne restant que trente minutes au bout du lac mais nous voulons bivouaquer là bas. Après encore un col aà5290 m, avec une route suspendue à flanc de coteau, nous descendons jusqu au lac à 4250 m, qui étale ses eaux d un bleu profond au milieu de montagnes toujours très arides, très minérales, mais très claires. Nous y avons donc campé, profitant de l éclairage du soir et du matin, profitant aussi du calme. Les infrastructures sont quasi inexistantes et il n y a ainsi dire personne, c est pas mal. Sur le chemin du retour, nous avons visité le grand gompa de Thiksey avec sa non moins grande statue de Boudha. Nous sommes un peu en vacances dans le voyage, on a posé les vélos pour deux semaines, demain nous partons pour une bonne dizaine de jours de marche dans le Zanskar histoire de s en mettre enc ore un peu plus plein la vue. Quand nous repassons à Leh c est un peu comme si on rentrait à la maison, nous sommes dans une petite Guesthouse dans la vieille ville, où ils nous gardent toutes les affaires dont nous n avons pas besoin à chaque fois, c est notre pied à terre, et on y est bien. On a aussi nos habitudes dans un petit restaurant où nous nous sommes d abord empifrés de pizzas et de frites avant de passer aux plats régionaux et aux mets locaux. Bref on vit pas mal en ce moment, c est plutot cool même si à Leh, il y a beaucoup, mais alors vraiment beaucoup trop d européens. Ca va se tasser, on a passé le 15 Aout. Pas mal de nouvelles photos dans la galerie, pour finir on prend presqu au hasard tellement le choix est difficile. Chao et à une prochaine. Trek au Zanskar, Si la dernière fois on se posait encore la question, aujourd hui on pense pouvoir affirmer qu effectivement, nous sommes un peu fèlés !! Nous sommes partis, le coeur léger et les sacs très lourds pour onze jours de marche dans le massif du Zanskar, en quasi autonomie, sans guide, sans mule ni âne ni cuisinier. Nous avons une carte, une boussole et un alti, et aussi un compagnon français de 23 ans qui arrive de Madras à moitié à pied à moite en bus : Yoann. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre au niveau des ravitaillements mais à priori il n y a pas grand chose donc nous avons pris pour 6 jours d autonomie et le reste, on prendra tout ce qu on trouvera en cours de route, quite à demander dans les hameaux qu ils nous fassent du pain et consommer du yaourt directement sur place, ce que nous ferons.
Le trek commence par 3 heures de bus, celui ci nous pose au bout du pont piéton qui enjambe l Indus à Nurla. De là, nous nous enfonçons dans le massif. Je ne vais pas vous faire un descriptif de nos journées, ce serait très ennuyant pour vous. Nous avons traversé des gorges impressionnantes sur des sentiers taillés dans la roche surplombant les rivières, nous avons franchi des cols du sommet desquels nous avons savouré des vues fantastiques sur ce massif complètement minéral, hâché, découpé, torturé. Les couleurs de roche vont du jaune au noir en passant par le gris, le pourpre, le rouge, le vert, c est incroyable, de même que les formes : de la dalle bien lisse aux lames acérées, des schistes, des conglomérats à l équilibre précaire, des cheminées de fées violettes et au fond des vallées, des cultures d un vert vif, en terrasses, avec des canaux d irrigation. Nous avons vu des villages perchés avec les maisons disposées en escalier, blanchies à la chaux et des gens qui s activent pour assurer en quelques mois estivaux la subsistance pour l es longs mois d hiver à venir, nous avons vu encore des visages burinés qui paraissent deux fois leur âge et des vêtements traditionnels d une autre époque. L itinéraire que nous avons emprunté est relativement couru, les autochtones voient trop de touristes et les relations ont du mal à être autres que purement commerciales, c est dommage. Nous avons croisé des moines drapés de pourpre et des caravanes d ânes. Beaucoup de villages ne sont pas encore accessibles aux véhicules alors les gens marchent, ca ne durera pas, les bull dozers font des incursions avancées dans presque toutes les vallées et transforment en piste le sentier et en route la piste. Nous avons bénéficié d une météo agréable, un peu nuageuse, les moutons blancs restant accrochés sur les sommets, nous avons aussi eu de la neige et des températures négatives lors des derniers camps à 4900 m d altitude mais rien de méchant. Les divers monuments religieux sont absolument partout, drapeaux et moulins à prières, stupas et gompas, et il continue même à s en construire de nouveaux. Nous avons bien profité de ces jours de marche même si le sac, trop lourd, nous a un peu gâché le plaisir, et nous avons terminé notre traversée à Hémis, le plus grand monastère de la vallée de l Indus. Nous avons été déçus, nous avons été obligés d y dormir, c est un piège à touristes, un taudis, ordures empilées au bout du couloir, béton brut et piège par terre, il faut faire attention ou on met les pieds, pour le prix d un hôtel correct, ni eau ni électricité, et le restaurant attenant, monopole oblige, est lui aussi une belle arnaque. Je ne cacherai pas que toutes ces manifestations, sous diverses formes, de la ferveur religieuse, q uel qu en soit le culte, commencent à m agacer. On voit des moines se promener fièrement dans les villages ou marmonner pendant des heures, faisant "Gong" sur un tambour toutes les dix secondes, se faire nourrir et loger, alors qu à côté les petites gens en haillons triment dans les champs. Et ceux que j appelle les moinillons ne sont que des gamins de 7 ou 8 ans, déjà enbrigadés et bien conditionnés, c est désolant, même s ils ne sont sûrement pas les plus malheureux. Bien sûr le Boudhisme est soit disant une religion qui se veut pacifiste, les stupas font jolis dans le paysage et les moulins à prières et statues bien kitsch sont très photogéniques, comme les drapeaux mais il est inquiètant de voir qu à notre siècle, ces croyances en des choses toutes imaginaires occupent tant de place dans la vie des gens. Malraux avait raison quand il disait que le XXI S sera religieux ou ne sera pas. Je m égare et me disperse. Ce trek nous a donné envie de revenir marcher dans la région, mais plus en profondeur, plus loin des circuits courus où l on croise d abord les touristes en collant, puis la caravane d ânes avec sur leur dos, les chaises pliantes et les chiottes portatifs..., loin des populations trop habituées à voir des occidentaux, mais alors une question se pose : ne vaut-il pas mieux laisser ces gens tranquilles ? Nous touristes, les avons transformés par nos comportements, ne faut -il pas arrêter ça plutôt que de vouloir aller voir ceux qui sont encore authentiques et les changer à leur tour ? En même temps on participe à l économie locale, alors ? Mais où est la notion de progrès ? Qu est ce que le progrès ? Le Zanskar est immense, inexploré, beaucoup d endroits sont inaccessibles, la géographie de ce coin de planète ressemble à un immense chaos, c est assez fascinant. Nous aimerions rester plus longtemps mais nous avons du chemin à faire. Après ces deux semaines d entracte, nous reprenons les vélos en direction du Népal, avec quelques détours sur la route, nous vous tiendrons au courant. Nous allons nous diriger vers Manali. A part ça, nous avons retrouvé avec plaisir les rues animées et agréables de Leh, atmosphère calme dans un cadre exceptionnel, même s il est dangereux de s y promener la nuit tombée : le risque de marcher sur un chien errant qui dort en boule est énorme et celui d entrer en collision avec une vache noire (la noiraude ?) invisible dans la nuit est important... Maintenant les choses sérieuses vont reprendre avec des cols à plus de 5000 m à passer et les paysages seront forcement à couper le souffle... Chao Leh-Chandigarh, Il s est passé beaucoup de choses depuis dix jours, tellement qu on a l impression que c était il y a un mois. Nous n avions pas vu la pluie durant notre séjour à Leh mais le matin de notre départ, évidemment... Nous partons quand même et avons raison. Le premier col que nous devons passer s élève à 5328 m. Nous montons à 4200 m le premier jour, ne laissant que 31 km et 1100 m de dénivellée pour le franchir le lendemain. Mais de nouveau il pleut, et de nouveau nous partons, la pluie se transforme en grésil, puis en neige. Nous sommes à 5 km du col, à 5200 m quand les bourrasques terribles, de face, de neige, nous obligent à un bivouac improvisé sous le mur de soutènement de la piste. Un automobiliste nous donne du Coca, des pommes et des bananes, une couverture malgré nos protestations, du thé chaud et des biscuits. Nous ne demandions que de l eau. Troisième matin, nous franchissons enfin le Tanglang-La, second plus haut col carrossable au monde ! Et de un ! Nous profitons d une météo favorable pour faire une longue et magnifique mais harassante étape. Quatrième jour, sous le soleil, nous passons deux cols, le premier à 5060 m, le Lachung-La et le second à 4950 m, le Nakeela et entre les deux il y a de quoi s amuser dans les lacets mais il fait beau, nous avons le vent dans le nez, nous faisons encore une étape de fous. Dans la nuit il se met à neiger, nous devons secouer la tente toutes les dix minutes, ça plâtre bien. Au matin, la question est de savoir si on attend un jour ou si on prend un véhicule tout de suite, le prochain col est à 5000 m, nous sommes début septembre, si l hiver est précoce, la route peut éventuellement ne pas ouvrir avant le printemps bien qu officiellement ouverte jusqu au 15 Septembre. Bref, nous sommes dans l inconfortable position, coincés dans une zone de hauts cols sous la neige, nous décidons d attendre un jour, et c est long une journée dans notre espace vital réduit, et dans le doute.
Mais la chance, si l on peut dire, est avec nous, la limite pluie neige le lendemain se situe vers 4600 m, nous retrouvons nos vélos et partons sous le soleil. A 4840 m, on voit une longue file de véhicules arrêtés, le col est fermé, 6 kilomètres avant le sommet, tout le monde patauge dans la gadoue, les camions tournent car les mecs ont froid, les gazs font un nuage, la vie de château... On mange dans un resto-tente e t pendant ce temps la police annonce que c est bon, le col est ouvert, on laisse passer tous les véhicules afin qu ils nous ouvrent un passage que l on voudrait correct mais nous serons tout de même contraints de pousser le vélo dans la neige par moments, et la neige c est comme le sable, ça n a guère de consistance. Ce jour là, après encore un orage et une crevaison, nous arrivons au terme d une étape de 107 km dans une bourgade où nous pouvons prendre une douche chaude et goinfrer dans un vrai resto, du pur bonheur... Le quatrième col, le Baracha-La, 4950 m, est passé. Il n en reste qu un, le pire. Il n est pas très loin mais les jambes tirent et nous empêchent de le passer le jour suivant, nous bivouaquons 600 m en dessous et le passons le lendemain, sous le soleil, mais dans la boue. Il nous faudra en revanche 4 heures pour descendre 40 km dans le bourbier au milieu des camions, des bagnoles, des gazs, des klaxons, au bord des précipices, dans les flaques et les trous, la caillasse. Heureusement il fait beau. Nous avons franchi le Rothang-La à 3950 m, c était le dernier des hauts cols. Nous avons réussi à enchainer la Pamir Highway, la Karakoram Highway et cette route Srinagar-Leh-Chandigarh, qu il faudrait nommer la Ladakh Highway et c est quand même une belle satisfaction, on a relevé le défi, on en a pris plein les yeux et plein les pattes, je pense avoir perdu pas loin de dix kilos, Michel n a pas bougé, on se sent bien. On a soumis l organisme à des choses rudes mais franchement il faut venir faire ces routes une fois dans sa vie, la grandeur n a pas de commune mesure avec ce qu on connait chez nous. Tout est énorme : les montagnes, la chaleur, les vallées, le vent, l effort, les tempêtes, la splendeur, les couleurs, la pluie. On se croyait arrivés , il nous restait juste à nous laisser couler vers la plaine, il n en fut rien. En 60 km, record battu, des montagnes russes à l infini dans un paysage vert à en pleurer, plus de 1500 m de dénivelée positive, pas un hôtel, une file ininterrompue de camions qui crachent noir, et qui n avancent guère plus vite que nous, qui nous crachent aussi leurs décibels,vacarme assourdissant, foulard sur le nez, sous la chaleur. J en ai pleuré de découragement, ça faisait 4 ans, tour du mont blanc 2005, que ce n était pas arrivé. Le soir sous la douche, après 112 km tuants, ça coule noir et les bronches et la gorge hurlent leur douleur. On a retrouvé l Inde, la vraie, avec sa circulation démente, ses vaches, ses ânes, les chiens , les piétons, les cyclistes, les autorickshaws, les gosses, dans un brouhaha constant, nuit et jour. L Indien ne peut pas vivre sans bruit, il est perdu, ça fait partie intégrante de sa vie et si par hasard, pendant une seconde il y a un relatif silence, il se hâte de remédier à cet état de fait. On a retrouvé les saris colorés, les bazars grouillants, les hordes de singes qui en ville, affectionnent particulièrement se promener en l air sur les fils électriques. On est passé des hauteurs minérales et terriblement arides à un climat quasi tropical, fin de mousson oblige, en quelques heures, passé de la roche omniprésente aux palmiers, au climat humide et chaud, de la collerette anti froid du duvet au ventilo dans la chambre, à fond, en l espace d une journée. Le corps encaisse. On a quitté le bouddhisme et retrouvé l Hindouisme. Le Boudhisme est une religion monothéiste. Bouddha, de son vrai nom Sidarta Gautana, est né en 560 av JC. Après une enfance un peu spéciale, il vécut auprès des Brahmanes, prêtres hindous et estima que la voie du jeune et de la mortification, comme celle de la luxure et du désir étaient sans issue. Il s installa sous l arbre de la connaissance, un figuier, médita et parvint à la connaissance des quatre vérités universelles : la souffrance humaine, l origine de cette souffrance, la suppression de cette souffrance et le moyen d y parvenir. Il était devenu" l illuminé". Il consacra le reste de sa vie à convertir des humains et mourut à 80 ans et atteignit le nirvana, l état qui marque la fin du cycle des réincarnations... La doctrine bouddhiste est née du rejet de l autorité abusive des brahmanes et du système des castes de l Hindouisme. C est un moyen de briser la fatalité du cycle des réincarnations en cherchant la vérité à travers sa propre expérience. La connaissance des 4 vérités mène au salut. Le Bouddhisme est associé au yoga, technique qui facilite l accession au nirvana : contrôle des sens, maitrise de l imagination, suppression de la sensibilité, concentration spirituelle. Le Bouddhisme se situe donc entre religion et sagesse et se divise en deux courants principaux : le petit et le grand véhicule. Cependant l existence des boddhisatvas : sages qui renoncent au nirvana pour venir en aide à l humanité, intermédiaires entre l homme et le Bouddha, et leur sacralisation, fait alors du Bouddhisme une religion, et non plus seulement une sagesse. Alors que l Hindouisme est une religion polythéiste vieille de 3500 ans et dit que nous passons par une série de réincarnations pour atteindre la délivrance. A chaque réincarnation l individu s éloigne ou se rapproche de cette délivrance. Mauvaises actions = mauvais karma = on s éloigne. Les trois principaux aspects de la pratique sont la prière ou offrande, la crémation des morts et les règles régissant le système des castes... Le Dieu suprême se présente sous trois formes : Brahma, Vishnu et Shiva. Le panthéon est treè large, des millions de divinités. La vache est sacrée. Ganesh, Hanuman, Devi... Shiva demeure sur le Mont Kailash et aime fumer le haschish. Comme on ne se nourrit pas beaucoup de spiritualité, et qu on préfère parler de korma que de karma, on mange des "momos", raviolis fourrés de viande, de légumes, de fromage, de purée, au choix, de "sizzlers", plat de légumes et de riz, de "chapatis", pain plat fait de farine, d eau et de sel, un peu fade, de "dal", lentilles, de "chowmein", pâtes chinoises et légumes.... Les Indiens sont la plupart du temps végétariens et il y a un tas d établissements où l on ne peut consommer de viande. Alors dans ce cas, nous avons avalé des oeufs ou du lait... On mange bien. La population est différente maintenant qu on est redescendus, ils sont très intéréssés par nos vélos et beaucoup font signe mais ça s arrête là. Cependant pour l instant ils sont serviables et honnêtes, pas crampons, respectueux et les gamins sont polis et ne réclament rien. Sur la route ça ne passe pas trop mal, ils klaxonnent : ce n est pas parce qu on dérange mais pour faire signe ou pour prévenir, ça nous casse bien les oreilles et on a du mal parfois à ne pas perdre patience. La tactique pour rouler c est de laisser un mètre de marge car ils ne s écartent qu au dernier moment. Ce mètre nous fait une marge de sécurite si c est trop juste. Vu de l extérieur, vous penseriez qu à chaque véhicule on va se faire shooter, on en a pris l habitude, ici, c est comme ça, par contre, les véhicules qui nous doublent, en général, ne nous font pas de frayeurs. Le trafic étant ce qu il est, ça ne roule pas vite, les routes sont sinueuses et obligent à une certaine vigilance. Nous ne pouvons pas nous permettre une seconde d inattention, c est usant.
Nous sommes maintenant à Chandigarh, ville dessinée par Le Corbusier, où nous sommes arrivés sous une pluie diluvienne qui dure depuis deux jours, après une journée de repos forcé dans un hôtel isolé au bord de la route on a décidé ce matin d y aller quand même, et ce fut encore épique, quarante centimètres d eau dans les rues et les trous, c est du sport. Une chose est sûre, on a rudement bien fait de faire refaire des sacoches imperméables, c est efficace... A Chandigarh, je suis en ce moment devant l ordi d un type qui nous a invités alors qu on en bavait dans les cols, on a pris une douche dans une baignoire en marbre vert, l écran plat est énorme, et à mon avis, on va finir de manger très tard, car il y a du monde. Nous avons visité une chose ou deux mais y retourneront demain car il faisait trop sombre. Nous sommes comme des coqs en pâte, pas trop malheureux pour le coup, alors on se laisse un peu faire... Allez à une prochaine, on nous attend à table, le voyage continue... Chandigarh- Sources du Gange, Notre hébergeur, Gugy, à Chandigarh, ne nous en a pas voulu de nous voir débarquer à passé 19 heures, alors que nous devions nous sauver de cette ville à midi. La visite des bâtiments administratifs dessinés par Le Corbusier nécessitant des autorisations, le temps file vite et nous n avons pas eu trop de la journée pour les visiter et retourner voir le jardin de Nek Chand, qui serait un peu dans le même esprit que celui du facteur Cheval en France. Gugy a tout ce qu il veut, peut tout s acheter, possède même une Tissot à écran tactile et quand je lui ai demandé : " Mais alors pourquoi tu nous invites, nous, tout dégoulinants et avec nos bagages plein de boue ?", il répond qu en fait on le fait rêver, qu il aime les aventuriers de notre espèce, qu il ne peut pas acheter cç : le rêve. On a passé encore une bonne soirée, bière fraiche et bon repas, photos, super. Les bâtiments de Le Corbusier vus de l extérieur ne sont que de gros cubes de béton, seules l assemblée législative et la cour suprême offrent quelque chose à voir, il est vrai que c était il y a soixante ans... et assez avant-gardiste et bien pensé.
Nous avons repris la route sous la flotte, difficile de s arracher du confort dans ces conditions là mais ça n a pas duré et nous n avons pas eu de pluie depuis ce jour là. Après deux jours de plaine ou presque, nous avons vu le plus grand stupa du monde à Dehra Dun dans une communauté tibétaine et avons replongé dans les fastes religieux à Haridwar, ville que traverse le Gange, fleuve sacré des Hindous. L atmosphère est ici tellement saturée d humidité que le linge moisit dans les sacoches, rien ne sèche jamais, on renfile des tee shirts mouillés de la veille, ça ne durera que quelques jours, on va aller se mettre au sec et au frais dans les collines... Tous les soirs à la tombée de la nuit, à Haridwar, a lieu une cérémonie dédiée au fleuve, qui rassemble des milliers de fidèles sur les ghats (les berges). Ceux ci achètent des pétales de fleurs placées dans une petite barque en feuilles, y allument une mèche, et posent le tout sur le fleuve qui l emmène et l engloutit au premier remous. Des grandes torches sont allumées, les gens sont assis sagement, beaucoup d argent rentre dans les poches des gugusses en uniforme bleu chargés de collecter les dons. C est une affaire qui marche. C était à voir. A partir de la, nous avons remonté le Gange, c est très encaissé et très vallonné. Nous sommes passés à Rishikesh, c est très touristique, c est là que les Beatles sont venus méditer, c est égalemen t sur le Gange, on ne s y est pas arrêtés, c est la capitale mondiale du yoga. Et puis alors que je transpirais grave dans la montée, il y a eu un gros "crac" à l arrière du vélo, je n ai mis qu une seconde à m arrêter, ôter les sacoches, et ... faire la grimace. Mon dérailleur est passé en haut des pignons, il est coincé dans les haubans du porte bagages et dans les rayons, une des roulettes git sur la fourche arrière. Tout est en vrac. Je me vois déjà redescendre à Rishikesh, contacter la France et me faire envoyer un dérailleur par DHL. Mais du calme...regarder d abord. On a ramassé tous les morceaux, on a bricolé pendant plus d une heure, redressé, détordu, change la patte que heureusement on avait en rechange. Ouf, nous voici repartis. A noter qu absolument personne ne s est arrêté pour demander si on avait besoin d aide. Sur la route il y a parfois des types allongés, qui dorment, toutes les bagnoles les contournent, le premier coup j ai cru que c était un mort. La mentalité est quand même spéciale dans ce pays. Nous sommes dans les montagnes à nouveau, dans le Garwhal, région de l Uttarakhand. Nous venons de passer quatre jours à marcher, plus ou moins loin mais toujours à vue de prestigieux sommets tels que le Shivling, la Nanda Devi, le Trisul, le Dunagiri, le Neelkand et j en passe. Le moindre lac de montagne est sacré et les pélerins y montent en masse. Nous sommes dans les vallées des sources du Gange, ceci explique cela, et tout bon hindou se doit de faire au moins un pélerinage par an . Le paysage est encore une fois très spécial, avec des vallées très très encaissées et terriblement vertes et boisées. A priori la mousson est terminée, dans ce coin au moins. Et je ne comprends toujours pas pourquoi des gens miséreux viennent donner des offrandes et bénir ce système de castes que leur impose leur religion et qui les maintiendra à jamais dans leur pauvre condition. Mais si mais si, pour améliorer leur karma et renaître en quelque chose de mieux, de plus élevé dans la hiérarchie... C est encore fort même si ça s es tompe en ville, mais de nombreuses adolescentes sont mariées à des hommes qu elles ne connaitront que plus tard, et des vagues de conversion au Bouddhisme ou au Sikhisme (nous on s est convertis au cyclisme) ont lieu pour s affranchir de ce système archaique. Le Sikhisme est une religion elle aussi issue de l Hindouisme et qui comme le Bouddhisme est née du rejet du système des castes. Dans l Hindouisme, le Sikhisme ou le Bouddhisme, il n y a pas de periode de jeune car la privation ou la faim accaparent l esprit et empechent la quete spirituelle. La caste la plus haute, ce sont les Brahmanes, les religieux, ensuite viennent les soldats, puis les marchands, puis les serviteurs. Les sans castes sont les intouchables. Ca rappelle une chanson de Renaud, Lolito, Lolita. La caste dans laquelle on nait détermine la position sociale et influe sur les perspectives maritales et professionnelles. La région où nous sommes regorge de temples, de pélerins, de sadhus (sages), et de tout ce qui va avec, à cause du Gange. Je ne sais pas si la ferveur est la même dans d autres régions. A part ça on a toujours autant de succès avec nos engins et la population est plutôt agréable. On a toujours un peu de mal avec la nourriture, même quand on demande " sans épice", ça arrache. On ne prend plus de plats indiens et même les samosa, beignets fourrés aux légumes, sont beaucoup trop forts alors on demande du riz ou des pâtes ou des patates sans rien et on y ajoute du ketchup... On avoue, on rêve parfois d une salade verte, d un bout de comté, d une cuisse de poulet, d un grattin de chou fleur, de courgette, d épinards, d un steak, d une salade de haricots verts frais, d un bout de chocolat. On rêve de beaucoup de choses, poisson, raisin, soupe de légumes, quiche lorraine, ou patates à la cancoillotte... Stop, je bave !! Ne nous plaignons pas, tout va bien. Le cout de la vie ici est dérisoire, une chambre d hôtel coute entre 3 et 6 euros, et un repas au restaurant moins de 2 euros. Les transports, même si on ne les utilise que très peu, sont presque donnés : une roupie du kilomètres ce qui veut dire 66 km pour un euro. Les Indiens sont assez malins pour parfois essayer de nous arnaquer de quelques roupies mais pas forcément ni entreprenants ni astucieux. Beaucoup de choses ne sont ni faites ni à faire, insouciance, négligence, les offrandes au fleuve se font beaucoup trop souvent sous forme de plastique, de bouteilles... Le système de ramassage d ordures est simple : les vaches et les ânes bouffent le carton et les légumes, les chiens les restes de barbaque, et les cochons, plus rares, tout le reste. Au début, toutes ces choses qu on voit au quotidien choquent un peu et puis on s y fait à tel point qu on a parfois l impression de ne plus rien remarquer, et encore ... nous sommes en Inde du Nord.
Nous allons nous diriger maintenant vers le Népal où nous devrions entrer dans une semaine environ. On avance, on avance, on avance ... Les Indiens, aux passages à niveau, et de chaque côté de la barrière, se mettent sur deux ou trois voir quatre files, espérant ainsi, au démarrage, doubler un ou deux voisins. Mais bien sûr quand les barrières s ouvrent, tout est bloqué, alors on y va pour un quart d heure de concert de klaxons et de bras en l air, il faut un moment pour décoincer le truc et résultat : ils n ont rien gagné comme place et ils ont bouffé du carburant, de l énergie et du temps... Ce n est qu un exemple de ce qu on peut voir tous les jours sur les routes indiennes, tout en finesse, tout le temps.. Après deux mois passés au Népal, sur les routes et les sentiers (voir les carnets de route du Népal), ..... ... et à force de rouler vers l Est, nous sommes donc arrivés au bout du Népal et si on a parfois passé des frontières isolées et désertes cette année, à celle ci en revanche, il faut chercher les bureaux de l immigration entre les étalages de toutes sortes de denrées, de légumes ou de babioles et se frayer un chemin dans la cohue de piétons, de cyclistes, de rickshaws, de cyclo pousse, de vaches, tout en faisant gaffe aux poules, aux gosses, aux chèvres, aux chiens, et aux Tamagoshis. Nous roulons de nouveau dans ce pays si vivant et si coloré : l Inde. Nous sommes dans la région appelée Bengale Occidental, celle de Calcutta et de Darjeeling. Celle aussi qui forme une étroite bande de 25 km de large entre le Népal et le Bangladesh et qui relie le Sikkim et les états du Nord-ESt, méconnus, au reste de l Inde. Nous la traversons très rapidement et montons, c est le cas de le dire, au Sikkim. Notre permis pour entrer dans cette région est obtenu très facilement, on a l impression de passer une frontière internationale, tampon sur le passeport et tout. Après une journée éreintante où nous battons notre record de dénivelée positive (1910 m), nous arrivons à Gangtok, à 1700 m d altitude, noirs de pollution mélangée à la transpiration... Hum. Gangtok est la capitale d état, accrochée à flanc de montagne, toute en étages. Le Sikkim est une zone franche, l état indien a beaucoup favorisé son développement et ça reste une région très prospère. Au niveau écologie, les sacs en plastique sont interdits et les pollueurs des cours d eau sont verbalisés et il est théoriquement interdit de fumer... par contre, apparemment, aucun contrôle de pollution sur les véhicules qui crachent tous plus noirs les uns que les autres et c est une catastrophe.
Le Sikkim a été népalais à une époque et d ailleurs 75 % de la population est d origine népalaise, puis les Anglais et les Tibétains se le sont disputé, et c est seulement en 1975 que le royaume du Sikkim fut rattaché à l Inde. Gangtok est à quelques encablures du Bhoutan, et de la Chine aussi. Nous allons sillonner une partie de cet état grand comme un grand département français pendant une dizaine de jours et tâcherons d alterner les jours de marche, de vélo, de visites culturelles...en espérant que les crevaisons journalières se fassent oublier. Quant au dérailleur à Michel, c est maintenant 6 pignons qui sont utilisables, grâce à un nouveau ressort, et ça tient ! Et heureusement car ici, les plaines n existent pas et les dénivelées sont impressionnantes, du genre en 20 km tu descends de 800 m et tu remontes de 1000 m. Faut juste pas être fainéant ! Et puis à force de bricoler aussi notre réchaud, il a l air décidé à vouloir nous rendre encore quelques services, nous voici sauvés, la bouffe c est la bouffe ! Mais bon, on s en fout, on roule au Sikkim, de nouveau chez les Boudhistes, et ce n est pas rien. D ici quelques jours nous devrions avoir de somptueuses vues sur le troisième plus haut sommet du monde : le Kanchenjunga, 8598 m. Pour les photos, après la galerie Népal, vous trouverez "Inde 2nde partie", c est là que ça se passera désormais. A une prochaine et vive le voyage à vélo. Sikkim ou les montées impossibles.Bonjour, On savait que ça ne serait pas plat, mais on n avait pas imaginé que ça puisse être à ce point. Les vallées ici sont des précipices, les routes étroites sont accrochées aux flancs des montagnes boisées. C est très escarpé, on voit rarement la couleur de la rivière avant d arriver au pont, forcément suspendu. On fait le yoyo entre 500 et 2000 m pour relier des villages parfois distants de quelques kilomètres seulement à vol d oiseau. On avait imaginé le Sikkim comme une contrée où les vallées mènent à des hauts plateaux, c est peut être comme ça à l extrême nord, là où nous ne pouvons pas accéder, mais de ce qu on a vu, on avait tout faux. Il y a des bananiers au bord des routes et les gens, ici et encore, vivent dehors tout le temps. On avait imaginé de grands espaces et un peu d isolement, quelques hameaux mais c est habité partout, malgré le relief, c est complètement fou où ils sont capables de percher les habitations et on s en rend encore mieux compte la nuit tombée quand les lumières s allument un peu partout dans les collines. Les villages sont accrochés à des endroits vertigineux, avec plein d échoppes, des restos, des gosses qui jouent au cricket sur la moindre parcelle de terrain plat, il y a des gens qui cassent des cailloux, d autres qui se transforment en buisson ambulant pour ramener de quoi manger à leur unique vache, il y a des chiens qui dorment sur la route, des chèvres qui les traversent, et les Courtet qui passent, craignant parfois de déclencher chez certains des crises d hystérie. Ca court dans les talus, ça piaille fort sur notre passage, ils s esclaffent, ils crient ou ils restent bouche bée. C est vrai qu il n y a pas trop idée de venir pédaler sur de tels terrains et en plus sur des engins bizarres, des extras terrestres vous dis-je, et quand on va manger après s être installés pour la nuit, on ne passe pas incognito : " c est eux qui sont arrivés avec des vélos spéciaux !!!", et si les vélos restent un moment devant notre hébergement, c est évidemment un interminable défilé.
En tous cas depuis qu on est repassés en Inde il n est pas besoin de regarder les prix sur les produits, ils ne tentent pas de nous arnaquer, le prix c est le prix, que tu soies d ici ou pas, on mange et on se loge pour pas grand chose. C est du bonheur de cotoyer ces gens aux yeux rieurs et ces femmes avec leurs grands cheveux noirs. On en bave sur le vélo, on pousse même beaucoup trop souvent dans des rampes où on a tout de même vu la roue avant décoller et se demander si on ne va pas basculer en arrière, mais il y a les gosses qui marchent à côté de nous, nous font la conversation et nous poussent pour nous aider, comme les ouvriers de la maréchaussée, il y a les Namasté enjoués et amusés, il y a les pouces en l air, bref, il y a beaucoup de bonheur en récompense de nos efforts.
C est fou dans ce pays comme les gens, aisés ou plus pauvres, vivent dehors, presque les uns sur les autres, dans une promiscuité affolante et apparemment en bonne entente. Il n y a pas d intimité, on entend les femmes crier après les gosses et ces derniers brailler, on entend tout des voisins, les conversations, la télé. Ils se lavent au bord de la route à une source, ou au mieux dans le jardin, pourtant ils sont pudiques. Tous ces gens ont une grande tolérance, ils ont l habitude depuis leur plus jeune âge d être toujours accompagnés, ils ne sont jamais seuls, n ont jamais été seuls, dorment tous dans la même pièce, ont toujours vécu parmi d autres. Je crois qu on aurait du mal à s adapter à ça, nous sommes habitués, dans nos sociétés individalistes à avoir des moments de solitude, de tranquillité, d intimité. Et puis il y a toujours une solution à tout, rien n est impossible, tout semble facile. Alors même si on n a pas de douche tous les soirs, que les matelas ne sont pas bien épais, on s en fout éperdument. Les températures sont clémentes, on roule en court, et les nuits sont fraiches, il fait nuit noire à 17 heures mais jour à 6 heures le matin. Nous n avons pas roulé énormement, nous sommes déchaussés maintes fois aux entrées des monastères et avons cherché les sommets entre les nuages. Les sommets ? On a fini par les voir, un matin, au détour d un virage, ils sont apparus d un coup, blancs sur fond bleu. Par delà la vallée se dressait le Kanchenjunga, haut de ses 8586 m, et ses petits frères à côté. C est un peu pour ça qu on était venus. Le Sikkim, c est pas vraiment l Inde, ni dans les traits ni dans le reste, ça va tranquille et vu le relief, les gens sont très sédentaires, pas de bus, pas de camions ni de voitures particulières sur les routes. Les transports en commun sont assurés par des grosses Jeep qui peuvent contenir jusqu à 12 personnes, les bagages sont sur la galerie, rarement attachés, ce sont les seuls véhicules qu on croise. Dans cette partie du monde aussi, la météo n est plus ce qu elle était auparavant et voici quelques années que les saisons sèches qui devraient être très ensoleillées sont très nuageuses. Les sommets ne sont visibles, dans le meilleur des cas, que de deux à trois heures après le lever du jour. Pendant une semaine nous avons évolué dans le même paysage à visiter des villages et des monastères qui finissent par tous se ressembler et à Pelling, nous avons pris une chambre avec vue mais dans la nuit nous avons entendu la pluie marteler les toits et au lever du jour on ne voyait pas à cinquante mètres. Nous sommes partis enveloppés dans les Gore Tex, déçus. Descente interminable jusqu à 400 m d altitude, nous passons la rivière qui marque la frontière du Sikkim et entrons tout à coup dans les plantations de théiers. Il nous faut alors monter à Darjeeling, à 2100 m, en 22 km. La montée n est pas régulière, je ne vous dis pas la pente que ça fait dans les théiers où les femmes s activent. C est nouveau, c est beau mais au bout de 10 km et 1000 m de positif, nous n arrivons plus à pousser les vélos, ce sont des murs, et en baskets, nous n avons pas l adhérence suffisante pour faire avancer notre charge, juste assez de force pour l empêcher de repartir en arrière. C est complètement dément et ça dure des kilomètres entiers. Déjà en vélo il y a longtemps qu on patinait, et maintenant même à pieds, on n avance à rien, on dégouline de sueur dans le brouillard, on perd tout espoir d arriver avant la nuit, et ça va vous décevoir mais on a fait signe à un camion de sable de s arrêter et on a fait les 8 derniers kilomètres à la plage, sur le sable. Et en plus ils ne voulaient rien. Il nous aurait fallut au moins trois heures pour les couvrir et encore, la pente était parfois si raide qu il aurait fallut passer les vélos et les bagages en deux fois. De tous nos kilomètres en vélo couché, en deux années, on n avait jamais vu ça ! C était la dernière véritable ascension de cette année, on s en souviendra.
Nous avons débarqué à Darjeeling, à 2100 m, frigorifiés, dans le brouillard. Il n y a jamais de chauffage dans les hôtels, il fait entre 10 et 13 degrés dans les chambres. Le Sikkim ne nous a pas vraiment enchantés, nous nous attendions à autre chose, et plus de soleil. Mais si nous n étions pas venus, nous aurions regretté. Notre séjour à Darjeeling se limite à aujourd hui car nous avons pu obtenir par miracle un billet de train entre Siliguri et Varanasi, ancienne Benares, pour le 6 de ce mois, il nous faut une journée pour nous y rendre en vélo. Et cette journée est importante, ce sera probablement la dernière de notre périple de cette année, et en plus nous passerons les 10 000 km, il était temps !! La météo reste nuageuse et fraiche bien qu on ait pu apercevoir les sommets brièvement ce matin, et il n y a pas forcément grand chose à voir dans cette ville mondialement réputée. Quelques bâtiments coloniaux occupent le haut de la cité et les constructions nouvelles ne cessent de manger du terrain sur les plantations de thé. C est une ville accrochée à la montagne, sur fond de Kanchenjunga, mais c est l hiver qui s installe, et à 20 heures, il n y a plus aucune vie, tout est fermé.
Nous allons tâcher de profiter au mieux du temps qu il nous reste à passer dans ce pays étonnant et attirant, attachant. Il y a énormement de choses à y voir et nous n aurons que l embarras du choix. C est plus la disponibilité des transports qui va décider de la suite de notre voyage. Nous ne sommes pas spécialement pressés de rentrer mais serons contents tout de même, nous tâchons de ne pas trop penser à ce retour, il reste deux semaines à vivre en Inde, à sentir, à voir, à écouter, à apprendre... A la prochaine. Vacances en Inde,Bonjour. Jusqu au bout la route aura été mauvaise. Nous nous réjouissions à l idée de descendre de 2100 m en 70 km le long d une voie ferrée, ce qui signifie pente faible et régulière, c était sans compter sur l état pitoyable du revêtement, route complètement défoncée ou il y a plus de cuvettes pierreuses ou sableuses que de macadam et les rails à traverser au moins 150 fois, sans rire, et jamais perpendiculairement, on est souvent obligés de mettre pied à terre. Par contre ce ne sont pas les barrières des passages à niveau qui nous ont gêné... Bref, descente plutôt galère, mais le paysage était beau, dommage qu on ne puisse lever le nez, il faut rester très attentif pour ne pas se vautrer, et la circulation acceptable. Ensuite, on avait eu bien du mal à l avoir ce billet de train et voilà que pour finir nous l avons annulé car une foi s à la gare et les vélos enregistrés, le train est annoncé avec neuf heures de retard dans une ville où il n y a rien à voir. On a pris le bus de nuit jusqu à Patna, puis le train car les liaisons routières sont limitées dans l état du Bihar. Le Bihar est l état le plus dangereux de l Inde, c est très pauvre, le taux d alphabétisation est de 47 %, les conflits entre castes sont fréquents, l état, l armée ne contrôlent rien, la corruption des autorités et le banditisme, c est l anarchie et la désorganisation complète, attaqués de bus, on s en rend bien compte à la gare... C est pour cette raison que nous n avons pas traversé en vélo et avons modifié la fin de notre voyage. A l aube le long des routes ou dans les villes, les Biharis, les buffles et les zébus déambulent d un pas tranquille pour se rendre on ne sait où, ils n ont rien et dans la fraicheur et l humidité du jour naissant, ils sont emballés dans des couvertures, seuls dépassent le bas des jambes, nues, et la tête où leur regard vide n accroche que le néant. On voit aussi des gens défèquer, un peu partout, sur des tas d ordures, le long des routes ou de la voie ferrée. La région est très fertile , il y a des cultures partout, vallée du Gange oblige mais si ces terrains appartiennent à de gros propriétaires, ca n améliorera pas le sort de la population. L état de pauvreté est flagrant et il est fou comme d un état à l autre les différences sont importantes au niveau de l éducation, de l habitat, des infrastructures, du réseau routier... Nous sommes arrivés à Varanasi, l ancienne Benares, de nuit, et n avons rien vu ce jour là. Nous sommes maintenant dans l Uttar Pradesh, l état le plus peuplé de l Inde, 2 fois et demi plus petit que la France mais 3 fois plus peuplé, surnommé le pays de la vache, le Gange le traverse d un bout à l autre, formant comme un axe saint. Nous avons eu presque toute la journée du lendemain pour visiter et flâner sur les innombrables ghats qui longent la berge du Gange. Sur les ghats la vie bat son plein dans le calme. La brume du fleuve et la fumée des crémations donnent une atmosphère très particulière à ce lieu unique. Il y a les ghats où les gens font les lessives, les draps, les taies d oreillers et les serviettes de bain des hôtels côtoient les pantalons, les chemises et les longs saris colorés, étalés sur la pierre ocre. Il y a les ghats où les hindoux font leur puja, l offrande au fleuve, il y a les ghats où les fidèles se trouvent face à face à un gourou pour une cérémonie ou un rituel voué à améliorer leur karma. Il y a les ghats où les gens se baignent pour se purifier dans l eau sacrée du Gange, les hommes en slip, les femmes en sari, mais elles restent rares, à croire qu elles n ont pas besoin de se purifier !! Hi hi ! Et il y a les ghats de crémation. On nous avait dit qu on pouvait voir des membres de corps humains flotter sur le fleuve, on avait entendu qu on pouvait voir des corps d enfant partir au fil de l eau, l idée d aller à Varanasi si c est pour voir ce genre de choses ne nous enchante pas et en même temps nous attire. Nous n avons rien vu de tout ça et il faut un peu expliquer les choses. Tout d abord, les hindous incinèrent leurs morts sur des buchers plus ou moins fournis en bois, suivant la richesse de la famille du défunt. Ces buchers sont érigés sur les berges des rivières, en public, les corps arrivent sur des brancards en bambous portés par les hors castes dans le dédale de ruelles de la vieille ville, suivis d un petit cortège qui chante et f ait du bruit. Un brancard et une vache ont du mal à se croiser tellement les ruelles sont étroites, je ne vous dis pas quand nous débarquons avec nos vélos. Les corps brûlent emballés de divers tissus blancs et orange pendant trois heures, puis les cendres sont jetées au fleuve. Le fait d incinérer est une purification, hors les enfants de moins de dix ans, les saddhus, les morts de la variole, les femmes enceintes sont considérés comme purs, donc ne passent pas sur le bucher et sont donnés directement au fleuve emballés de leur linceul coloré et fleuri. Toutes ces choses se déroulent sous les yeux de tous et à côté, les gosses font voler leur cerf volant, les buffles prennent leur bain, les chèvres piétinent le linge qui sèche et les types les font déguerpir à grand renfort de gestes comiques et souvent inefficaces, et les passants boivent un thé dans le boui boui voisin. Les stères de bois sont stockés au dessus du ghat ou sur des bateaux, il faut 350 kilos de bois pour un bucher correct. Deux cents corps sont brulés chaque jour sur ce ghat. Les familles qui n ont pas les moyens d acheter du bois brulent les corps électriquement et quand les buchers sont trop peu fournis, les corps sont mal consummés, d où les restes sur le fleuve... Nous avons assisté à tout ça, ca peut paraitre choquant mais les hindous n ont pas le même rapport à la mort que nous, ils sont beaucoup plus fatalistes et puis c est comme ça que ça se passe ici, il n y a rien d indécent ni de "dégueulasse". Les cérémonies sont pleines de respect. Quand on vit dans ce pays depuis plusieurs semaines, qu on évolue parmi ces gens un peu inaccessibles d ailleurs, avec ses coutumes, ses odeurs, ses déchets, il n y a plus grand chose qui choque, on est "dans l ambiance", on n en garde pas moins les yeux ouverts et l esprit critique mais une fois replacées dans leur contexte les choses sont différentes et même si ces rites sont à des kilomètres de notre culture, ils n en sont pas moins respectueux de la personne, et il est moins choquant d y assister que de voir des photos et des reportages car il y manque alors tout le contexte et l ambiance. Les ghats sont surmontés de splendides façades de tous styles, de temples hindous ou jains qui se perdent dans les ruelles étriquées de la vieille ville. Varanasi est une ville à voir. Certains hindous viennent ici pour mourir en espérant ainsi accéder plus facilement au stade ultime, au nirvana. C est une ville colorée et vivante, ce n est pas triste, c est beau. Et sur les ghats il y a aussi les charmeurs de serpents qui font se redresser leurs cobras et les enroulent même autour du cou à Michel, il y a les saddhus et leur corps maigre et blanchi de cendres, et leur visage coloré en jaune, orange, rouge, bref c est l Inde spirituelle dans toute sa splendeur. On y vit et voit des choses fortes et incroyables, les images affluent à une vitesse vertigineuse. Puis un train de nuit nous a emmenés à Agra, la ville où se dresse le majestueux Taj Mahal, palais-tombe de marbre blanc, mais d abord le train : il y a 5 ou 6 classes différentes, du wagon où tout le monde est entassé, sans réservation, sans limitation, aàla place climatisée couchette en compartiment fermé. Quand on peut avoir une réservation, c est confortable et tranquille sur le quai mais quand on est contraint de monter en seconde classe, le mouvement de foule que provoque l arrivée du train en gare est dément. Plus rien d autre n existe que la volonté d accéder à une place assise. Les gens se piétinent, il y a des morts chaque année en Inde dans ces circonstances. Ensuite les gens s entassent où ils peuvent, dans les casiers à bagages, ou assis par terre entre les sièges, accrochés aux embrasures de portes, absentes, voir même entre deux wagons. On a fait un seul tronçon de 230 km dans ces conditions, et encore on était assis. Six heures, c était assez ! C est l Inde et sa démographie galopante et puis le train est si peu cher qu il est le moyen de transport privilégié de la population. A chaque fois nous devons arriver deux heures à l avance pour faire enregistrer nos vélos et les faire stocker dans le wagon à bagages, ca se passe bien, c est sérieux, wagon scellé, reçu, papier et tout. Le prix est dérisoire, tous les trains sont pourvus d un tel wagon. L attente sur le quai passe vite, spectacle permament, défilé de vendeurs de fruits, de thé, de samosas, jalebis, chowmeins... Une mère qui marque le rythme sur un tam-tam pendant que sa fille de 8 ans enchaine les acrobaties et les contorsions avant de passer dans les rangs dans l espoir d avoir assez pour manger. On a même vu une vache sur les voies. Pour comparaison, imaginez le bovin à la gare de Lyon. Elle passait, nonchalente, le train était annoncé mais elle n en avait que faire, de chaque côté d elle, un mur en béton d un mètre cinquante de haut, obstacle infranchissable. On se sait pas comment ça s est terminé, on l a perdue de vue mais on ne se fait pas de souci, comme il y a toujours une solution à tout, elle s est forcément tirée d affaires. Dans ce pays le seul fait de regarder la vie, le mouvement, est un spectacle perpétuel, inépuisable, et tellement étonnant. Donc Agra : le Taj Mahal, le Fort rouge. Nous avons visité. Ces deux bâtiments sont terriblement imposants, ce sont comme des musées, je veux dire ce n est pas vivant, c est de la pierre, ocre pour l un, marbre blanc pour l autre. Le Taj Mahal est beau, très travaillé, il pose au milieu de jardins et de bassins, et domine la rivière Yamuna. Les Indiens se font tous photographier par des pros devant ce mausolée, ils le peuvent car ils sont très gracieux et charmants, en général ont les traits fins, de longs cils et ont la plupart du temps une coupe de cheveux très soignée, pas comme nous. Ils sont soucieux de leur apparence. A l intérieur du Taj, à part le travail du marbre incrusté de pierres semi précieuses, il n y a rien, c est assez vite visité. Les quatre faces sont identiques, c est très harmonieux et aucun bâtiment ne pouvant pousser derrière, il se détache sur le ciel, plutôt nacré que bleu en ce moment, plutôt dommage. C est à voir mais nous préférons de loin les endroits vivants comme Varanasi. Nous avons laissé vélos et bagages à Agra, et sommes partis au Rajasthan, ou terre des rois. Cet état réunit à lui seul tout ce que l Inde peut offrir, une longue liste de merveilles en tous genres, nous en verrons quelques unes. A l Ouest, contre le Pakistan, c est le désert du Thar et ses citadelles, à l Est, les villes aux palais envoutants. Notre première halte fut Jaipur, ville rose. En arrivant on a cru qu on était dans un autre pays, larges avenues propres et bordées d arbres, grand parc tondu avec soin, pas de vache, mais en entrant au coeur de la cité on a été vite rassurés. A force de voir des choses incongrues on se demande ce qu on va bien pouvoir voir de nouveau, on se dit qu on va arriver à épuisement, mais non, il y a toujours de nouvelles facéties en stock, à l image de ces dromadaires et de ces éléphants en pleine ville pour assurer les livraisons, et des troupeaux de porcs sous la porte d entrée de la vieille ville, des magasins de machines à coudre "Singar", une rue complète où les ouvriers réparent les sacs en toile, les vendeurs de cacahuettes, de fruits, d épices, de tout... Jaipur ville rose parce que la pierre utilisée pour bâtir la cité et ses fortifications dans les années 1720 est ocre. Le principal monument est le Palais des vents, avec sa façade ajourée, ses fenêtres roses octogonales, c est une fantaisie architecturale de 5 étages qui permettait aux femmes du harem royal d observer le spectacle de la rue. Jaipur est chaotique et surpeuplée, il y a des forts sur les collines autour et un observatoire, datant de 1728, avec des énormes cadrans solaires, le plus imposant est pourvu d un gnomon de 27 m de haut, et l ombre qu il projette se déplace de 4 m/h. Intéressant. Nous quittons ensuite Jaipur pour nous rendre à Pushkar où nous nous trouvons actuellement, mais ce sera dans le prochain épisode... Inde : soyons honnêtes, Pushkar, bourgade de 15 000 habitants bâtie autour d un lac artificiel entouré de 52 ghats et autant de temples, qui se reflètent. On avait vu des photos, belles. Quand on a débarqué on a trouvé un hébergement sympa et on s est dirigé vers le lac. Quelle ne fut pas notre surprise de le trouver complètement à sec, vide, pour à priori, un nettoyage en profondeur. C est douteux mais peu importe. Alors évidemment sans l eau l activité sur les ghats n existe plus, les façades blanchies à la chaux ne se reflètent plus et on se demande presque ce qu on est venus faire ici. On ne regrettera pas car le bourg est agréable, l atmosphère détendue et les voitures quasi absentes, la nourriture excellente et on finit même par trouver du charme aux maisons pastels et aux ruelles puantes. A Pushkar, on se fait beaucoup trop alpaguer par des gens qui ignorent que l hindouisme n est pas l unique religion de la planète, et qui surtout, par mille manières et entourloupes aimeraient bien te soutirer tes euros, sous prétexte de religion, de sainteté, de karma, bref, de foutaises. Une fois, deux fois, dix fois et on finit par ne plus être ni tendres ni souriants, ils sont tellement atteints, pour certains, que c est peine inutile que d essayer d expliquer quoi que ce soit. On peut être tolérant avec quelqu un qui l est mais c est plus difficile avec des extrémistes. Ces gens sont inaccessibles. Toute la population n est heureusement pas comme ça mais il est très difficile de converser et d échanger. Si quelqu un est sympa dans les villes touristiques et donc "saintes", c est qu il a quelque chose à te vendre... A un saddhu qui me dit que j ai de la chance et de l argent, je réponds que je ne l ai pas volé et qu il n a qu à faire comme moi : travailler. Toute la journée il tend la main sous prétexte qu il a renoncé au nirvana pour venir en aide à ceux qui n en sont qu au début du cycle des réincarnations... On ne peut pas cautionner ce genre de choses. Reste qu on a passé un agréable moment à Pushkar avant de rejoindre Ajmer.
A Ajmer, on a vu des gens mutilés au niveau des genoux qui se roulent littéralement par terre, dans la foule, ramassent un max de pognon, c est impressionnant, et repartent en marchant avec prothèses et béquilles. On a vu dans les gares des gens arriver en marchant normalement et puis prendre une allure d handicapé physique, se trainer par terre en une contorsion incroyable et inconfortable, faire la manche sur le quai, et vraiment s en mettre plein les poches. Une fois les généreux donateurs montés dans le train et partis, le mendiant repart en trottinant... Ces exemples sont nombreux et divers, tout est bon pour jouer sur la sensibilité et pour apitoyer, surtout les touristes bien sur... J ai donné deux tomates (c est ce que j avais sous la main) à un type qui faisait signe qu il avait faim, qu il voulait à manger, il m a dit : "No. Roupies" Ben tu vas te faire foutre. Et des claques, tu veux en manger ? Et je ne suis pas prête de donner quoi que ce soit, on ne fait plus de différence entre arnaqueur et celui qui a vraiment besoin. Et ces femmes avec leurs floppées de gosses pleurnichards, en loques et morveux, qui t agrippent la manche et ne te lâchent plus. On est sollicités toutes les trois minutes, on passe notre chemin comme si on était indifférents, si seulement ils pouvaient comprendre qu il faut qu ils arrêtent de faire des gosses qu ils ne peuvent scolariser , qui seront analphabètes et deviendront mendiants à leur tour. Il y a ceux qui tentent de te glisser des pétales de fleurs dans la main, qu il faudrait ensuite aller jeter dans l eau sacrée, ils te passeront alors une ficelle autour du poignet ou du cou et tu fais aussi pour ton père, ta mère, tes frères et tes soeurs ( oh oh, ce serait le bonheur)...et finalement bien sûr il faut payer pour toutes ces bienveillantes bénédictions ! On ne s est jamais fait avoir et il faut avouer que je n ai pas toujours été agréable avec ces emmerdeurs qui ont de drôles de façons d améliorer leur propre karma, l arnaque du touriste naif et frais débarqué ! Les rabatteurs, les mendiants, les saddhus sont notre lot quotidien, comme les déchets, l odeur de pisse, les gazs d échappement, la poussière, la foule, les gens qui crachent épais et qui toussent... On respire par le nez en se disant que si ça peut filtrer un peu... mais alors ce sont les odeurs qui t assaillent et te montent au cerveau. Et pour éviter de ramasser leurs microbes que j imagine arriver par régiments entiers. H1N1 fait des victimes qui se comptent par dizaines chaque jour et il est impossible d éviter la promiscuité et le contact dans ces déferlantes d homo sapiens sapiens à l hygiène plus que douteuse. Comment fait-on pour ne pas tomber malades ? Si au nord ils avaient l air de vivre en bonne entente, dans les états surpeuplés et pauvres ils ne sont pas tendres entre eux et le type au guichet à la gare ne rend pas la monnaie, ne donne pas le billet, il jette le tout sur le comptoir, les pièces vont rouler par terre, le billet de train atterrit à un mètre du client. Quand arrive mon tour après avoir pas mal jouer des coudes, le préposé me sourit et me sert avec courtoisie. Que faut-il en penser ? Il y a un type qui nous a offert spontanément chacun un verre de thé, comme ça, puis il voulait ensuite qu on aille dans sa boutique, on a dit non, alors il a voulu qu on paie les thés, on a redit non, et lui avons expliqué pourquoi : on n avait rien demandé et ce qu il fait est malhonnête. Il restait là, j ai fini par lui dire que ce n était pas la peine qu il perde son temps avec nous, avec une forte envie de l insulter. Et puis les rabatteurs des hôtels aussi sont pénibles, à un qui m accoste, je demande directement quel est l hôtel qui lui donne la meilleure commission, avant même qu il ne m ait rien proposé de miraculeux, il a été quelque peu surpris, on ne me la fait plus. Alors c est sûr, il y a beaucoup de monde qui dort enroulé dans des couvertures sur les trottoirs, dans la crasse et les ordures, alors c est sûr, on préfère être à notre place qu à la leur et on se dit qu on est né du bon côté, alors c est sûr ils n ont pas tous mérité le sort qu ils ont et certains sont forcément aàplaindre, on ne voit pas comment ça va s améliorer. Ils sont 15 millions de plus chaque année, il y a de moins en moins de terres cultivées, désertification, lavage des sols, comment vont-ils se nourrir à l avenir. Rien ne suit : logement, approvisionnement en eau, emploi, éducation, transport, infrastructures, gestion des déchets, tout est une catastrophe dans ces états même si globalement l Inde est un pays émergeant, même si le gouvernement fait des efforts. Dans les villes, ce sont de véritables marées humaines qui déferlent dans les rues, des flots incessants, IN-CES-SANTS, mêlés aux chiens, aux vaches, aux porcs, aux rats, aux singes (il y en a un qui m a pissé dessus depuis un fil électrique aujour hui...). Sur les ghats de Pushkar il faut se déchausser là où les vaches, les chiens et les pigeons grassement nourris par la population, chient, c est sacré !!! Si une femme au bout de quelques années de mariage n a pas pu donner naissance, elle est immolée par sa "belle" famille ou son mari, ça existe toujours. Je ne sais pas si ça améliore leur karma à ces assassins ! On critique souvent l Islam mais sérieusement l hindouisme n est-il pas pire ? On a tendance à considérer l hindouisme comme une religion pacifiste où le travail sur soi est la chose primordiale mais quand on y regarde d un peu plus près, c est un amas d intolérances, de pratiques moyennageuses, que ce soit d une caste à l autre ou envers les femmes, et de fanatismes qui fort heureusement ont tendance à voir leur nombre se réduire. On parle de certaines républiques islamistes, je ne veux défendre personne mais étant donné les lois en Inde on pourrait largement parler de république hindouiste, ce qui bien évidemment dans un cas comme dans l autre est une aberration, une contradiction par définition. Les appels à la prière ici ne durent pas dix minutes mais des heures et cette pollution sonore religieuse finit par nous sortir par les trous de nez. On nous interdit l entrée de certains temples car nous autres, non hindous, n appartenons à aucune caste et sommes donc des "dalit", des intouchables, des moins que rien, à part quand il faut payer ! Nous sommes toujours bienvenus dans les hôtels, les cafés internet, les restos, les sites où la différence de prix entre Indiens et étrangers est colossale, défie l entendement, jusqu à 75 fois.. Je ne sais pas comment ça se passerait et quelle relation nous aurions si nous étions toujours à vélo. ce serait différent c est sûr et mieux, nous en sommes persuadés. Bon, il fallait dire ça aussi je crois parce qu il n y a pas que du beau. Attention cependant, je parle bien de ce qu on a vu dans les états du Bihar, de l Uttar Pradesh et du Rajasthan, là où se mêlent surpopulation et pauvreté. Il ne faudrait pas en faire une généralité indienne et d ailleurs à Delhi c est déjà différent. A côté de ça il y a une classe moyenne, relativement aisée et cultivée, qui donne espoir. Ceci dit, tout se gère, ils ne sont pas agressifs pour deux sous et sont même serviables dans l ensemble, ce sont des populations calmes mais très bruyantes, il faut être vigilant mais pas parano, vivre ici est parfois pénible mais c est vivable, du moins quelques temps... On commence à comprendre pourquoi l Inde peut rendre fou. C est la première fois, le premier pays, et encore , pas partout, où on a conscience qu il faut prendre du recul, se mettre en retrait, rentrer dans sa bulle, s entourer d une carapace, se protéger pour ne pas risquer de s alièner, de s emporter, de coller des baffes, de céder à la violence, au cauchemar ou à la démence. Quand on te dit que l Inde est un électrochoc, t as du mal à y croire mais suivant où tu vas trainer tes guêtres, ça peut être la réalité. A lire ces lignes, vous pourriez croire qu on en a marre, qu on va péter les plombs, que c est une galère, qu il est temps qu on rentre. On n en est pas là, loin s en faut mais il serait malhonnête de ne dire que le beau et les palais. Le temps passe ici est personnellement enrichissant et l Inde est vraiment une expérience qu il serait dommage de ne pas connaitre. Au moins c est authentique. Ces derniers jours, nous avons vu une vache avec des cornes vertes, des dentistes qui officient sur le trottoir avec un étalage de dentiers devant eux, un convoi de dromadaires livreurs sur la voie express, un troupeau de buffles au centre ville d Agra (1.5 millions d habitants humains), une vache lécher la vitre d un présentoir de pâtisseries, des cochons copuler sous le porche d un temple, un arbre au milieu de la route, pas couché non non, bien droit bien enraciné. Chez nous quand on dit qu il y a un arbre qui a traversé la route, c est une blague mais ici tout est possible et il y a toujours du nouveau !!! Nous avons retrouvé nos affaires et nos vélos à Agra, sommes montés en train jusqu à Delhi, la capitale, en partie sous la puie, l hiver serait-il la ? Paysages de plaines très monotones égayés par des cultures de colza, ça met un peu de couleur dans la brume. Delhi est coupée en deux : Old Delhi et New Delhi. Nous logeons entre les deux à Paharganj, le quartier réputé malfamé et néammoins celui ou les rues ne sont qu une succession d hôtels. Ca ne ressemble à rien mais côté pratique c est bien situe. Nous avons mis a profit nos derniers jours pour visiter le temple Bahia, religion vieille de 160 ans seulement, il en manquait, 6 millions d adeptes dont 1.6 millions en Inde, et parmi d autres principes bourrés de belles choses pour l humanité, on trouve des deux là : Obeissance stricte de chacun envers le gouvernement de son pays., ou encore : la solution spirituelle aux problèmes économiques. Je vous laisse méditer ces beaux principes... Nous avons visité aussi le mémorial Gandhi Smiri, très intéressant, très complet, il aurait fallut y passer une journée car il est très riche et assez émouvant, c est construit à l endroit même où il a passé les 144 derniers jours de son existence et les empreintes de ses pas nous emmènent jusqu à l endroit de l assassinat le 30 Janvier 1948. En cours de route nous avons aussi vu le temple Sikh, l arche de 42 m de haut de India Gate, la demeure présidentielle, le parlement bref, tout ce qui était trop loin pour être fait à pied. Nous avons réussi à faire 40 km en vélo dans la capitale, à vide. Les ronds points de New Delhi font parfois un kilomètre de diamètre. Old Delhi est beaucoup plus chaotique et congestionnée, complètement constipée, rien ne circule. Peu de centres d intérêt à part la mosquée, le fort rouge, les bazars, le temple jain. Nous avons pris avec avidité nos dernières images de l Inde qui grouille. Puis nous avons démonte et emballé nos vélos et on espère que ça jouera au moment de l enregistrement à l aéroport. Nous avons réservé le taxi... Ca sent la fin même si on a du mal à se dire que c est déjà fini, pour l instant... Restez connectés, il y aura encore des choses... Chao
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