Atterrissage,

Atterrissage sur une piste enneigée à Helsinki puis sur une piste enneigée à Genève. Nous avons appris à ne plus trépigner, à être patients. Nous récupérons nos bagages. Mes parents nous attendent au portillon de sortie, quelque peu impatients. Pratiquement tous les avions à l'arrivée sont soit très en retard, soit annulés, il neige à Paris aussi, notre zinc est à l'heure, c'est pas mal.  Nous passons de la douceur de Delhi au froid mordant de Genève, on passe du brouhaha ininterrompu de l'Inde  au calme d'une ville suisse l'hiver sous la neige. On passe de l'anarchie et du tumulte urbain indien à l'ordre et la sécurité suisse. On passe d'un monde à un autre, c'est une évidence. Et ce monde que nous venons de quitter, - anarchique et désorganisé au possible, mais par le fait aussi un monde où on a l'impression d'avoir le droit de tout faire, sensation de liberté, -  n'était-il pas mieux ? En ce qui nous concerne, nous aimons beaucoup quand tout n'est pas trop à sa place. Rideau.

Nous sommes rentrés, frontière franco-suisse, puis la maison, il fait bon, mes parents sont passés faire du feu avant de venir nous chercher, disjoncteurs, eau, gaz, voilà, tout est en ordre. On est rentrés. Ca ne fait même pas bizarre. Une montagne de paperasses à ranger, tout est en ordre, merci papa pour le secrétariat pendant nos longues absences. Voilà, huit mois, l'impression d'être partis hier, l'impression d'être partis il y a deux ans. Le temps long et court à la fois, huit mois tellement occupés, tellement remplis et denses que le temps ne passe  pas insignifiant comme lors de successions de journées répétitives, mornes, rébarbatives. Les habitudes ne s'installent jamais pour très longtemps, le mot "routine" n'existe pas.

Huit mois, nous voilà, nous n'avons pas changé, ni dans notre apparence, ni dans notre comportement. Alors quand nous rentrons, comme ça, nous ne sommes pas forcément très volubiles et les premiers mots sont simples, nouvelles de la famille et des plus proches, la météo, des lieux communs. Nous ne parlons pas beaucoup de notre périple, c'est encore trop présent, ça sortira par petits bouts au fil des mois à venir. Pour l'instant, et même si nous sommes contents de rentrer, nous regrettons presque que ce soit déjà terminé. Nous sommes dans notre élément dans notre vie de nomades, de vagabonds, sans contrainte, changeant presque chaque jour d'endroit, on adore ça, c'est riche et intense, sans télé, sans auto, sans stress, sans horaire, sans réveil, sans chef, sans paperasse, sans téléphone. Quand on pédale on ne pense qu'à pédaler, quand on mange on ne pense qu'à manger, ne penser qu'à l'instant présent, c'est très reposant.

Après quelques nuits à chercher le sommeil à cause du décalage horaire, il y a cette série  de nuits où je rêve systématiquement  de l'Inde, de sa foule, de son tumulte, de ses pèlerins. Le sommeil n'est pas paisible et plusieurs fois par nuit je me réveille et cherche à quel endroit je puis bien me trouver. Suis-je en Inde, chez moi ou au boulot ? Parfois je ne sais plus, ça ne dure que vingt secondes au maximum mais c'est assez désagréable. On a du mal à croire qu'on est rentrés. Huit mois d'Asie, ça ne s'efface pas du jour au lendemain. Nous réfléchissons avant d'effectuer des geste aussi simples, par exemple, de boire de l'eau du robinet, et trois semaines après être rentrés, j'ai encore une seconde d'hésitation, stupide pensée, que de me demander si je peux boire cette eau sans risque.

Nous sommes rentrés, nous avons retrouvé un mode de vie un peu plus conforme à la norme bien qu'encore très en marge de celui de la plupart des citoyens français. On a classé toutes les paperasses, assuré les autos, trié les photos, j'ai repris le boulot, de nouveau à droite et à gauche donc, à ne jamais dormir dans le même lit. Dans nos têtes, il y a un tas de projets, de rêves, et quelques jours après notre retour, nous avons déjà la tête plongée dans l'atlas pour la suite. Nous voyageons en permanence, soit pour préparer, soit sur le terrain, et sommes bien conscients d'avoir une existence tout à fait exceptionnelle et riche, d'avoir enfin la vie que l'on voulait. Ce que nous vivons depuis deux ans est tout simplement GENIAL !

Côté pratique, Michel va préparer quelques diaporamas afin de tenter de partager un peu nos connaissances et notre aventure. Et j'ai envoyé le projet de livre sur le tronçon 2008 à plusieurs maisons d'édition, j'attends des réponses...

Petite conclusion 2009

Nous avons vécu huit mois absolument extraordinaires. Cette année n'était pas un périple banal, il y avait des défis à relever.

Le défi de l'itinéraire d'abord : frontière afghane au Tadjikistan, Pakistan, Cachemire ne sont pas des zones dont on entend parler comme d'un havre de paix pour vacanciers en quête de repos. Le défi physique ensuite : un enchaînement de routes mythiques haut perchées, une succession de cols à plus de 4000 m, à plus de 5000 m même avec ce que ça peut entraîner en terme d'intempéries, d'adaptation corporelle... Il faut passer sans se détruire, gérer l'effort et la météo, gérer les espaces désertiques, l'approvisionnement en eau et en nourriture, gérer les organismes, l'hygiène, le manque de confort... Un défi mécanique aussi. Quelques milliers de kilomètres sur des pistes très souvent mauvaises mettent à rude épreuve les vélos : secousses, vibrations, chocs et chutes, surveiller, entretenir et surtout le plus possible y aller en douceur.

Au départ donc, beaucoup de doutes et d'interrogations, que nous avons assommés les uns après les autres, au fur et à mesure qu'ils se présentaient face à nous. Le facteur chance a probablement joué dans notre camp. On se rend compte surtout que si les choses sont préparées la moindre, il y a moins de choses à gèrer sur place et nous pouvons profiter au mieux du temps passé en bourlingue. Nous avions tous nos visas avant de partir, une bonne idée ! Nous avions la patte de dérailleur en stock pour remplacé celle qui a lâché, cool ! nous avions des duvets et une tente bien imperméable pour les dures conditions en altitude, appréciable ! L'énergie ainsi économisée est disponible pour pallier aux imprévus et aux difficultés ou tout simplement pour avancer. Et puis le fait de mêler vélo et rando, agréable alchimie, nous a permis de ne jamais saturer, de ne jamais nous ennuyer, de varier les plaisirs et la manière de voyager, et de faire travailler d'autres muscles...

Alors pendant ces huit mois de vagabondages et de bourlingue, la vie est réduite à sa plus simple expression : manger, dormir, avancer et surveiller son organisme. Pas de contrainte, pas de souci, al liberté, beaucoup de plénitude et de sérénité. C'est sûr, il faut aller les chercher, ces routes impossibles et uniques qui crèvent le ciel, mais quand on y est, c'est quand même du pur grand bonheur, une immense satisfaction personnelle, une fierté aussi, le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait, de la réussite totale. Aucune image, aucun récit ne peuvent montrer, relater, on est bien, très bien, on se sent forts, invincibles, prêts à déplacer les montagnes.

Nous sommes passés de contrées plates en zones torturées, nous avons fait le yoyo incessamment entre les très basses et les très hautes altitudes, le corps encaisse, nous avons vécu plusieurs étés et autant d'hivers en quelques mois, sommes passés d'étendues désertiques et inhabitées à la population démente de l'Inde, du plus pur au plus cradingue, du silence obsédant au brouhaha assourdissant. Le périple de cette année pourrait s'appeler et s'appellera "les routes de la démesure".

Nous ne sommes pas du style à nous prendre pour des héros, mais nous sommes fiers il faut l'avouer, d'avoir assommé les doutes et tué les interrogations, d'avoir relever les défis, d'avoir géré les difficultés, d'avoir été au bout de notre rêve. Et ce qu'on sait c'est qu'on a fait tout ça avec nos tripes et qu'elles ont souvent vibré. Même coincés à 5200 m sous la tente dans une tempête de neige, dans l'incertitude du lendemain, c'est du bonheur.

Nous sommes rentrés, mais certains passages, certains endroits, certains moments, certaines rencontres nous reviennent sans cesse en mémoire, le jour, la nuit, nous sommes marqués, on ne peut pas rester indifférents et on ne revient pas tout à fait intacts. Un rêve s'est évanoui, on l'a même tué à grands coups de pédales, mais avant de disparaître, il en a  fait naître dix autres .

Même si ce n'est pas banal, ce que nous avons fait n'est pas franchement un exploit. Nous avançons jour après jour, nous avons appris à relativiser, une bonne journée est une journée sans bobo, nous sommes ainsi toujours optimistes et demain sera un autre jour, carpe diem, détachement.

Voilà, je l'ai dit, j'ai repris mon travail d'accompagnatrice en montagne, non sans un certain plaisir. Nos racines sont ici. La vie est belle et vivement le prochain périple. 

Un grand merci à tous ceux qui nous ont suivis, régulièrement ou non, vos commentaires sont les bienvenus pour l'amélioration du site ou d'autres choses. Restez connectés !

 

 

 

 30 Janvier 2010,

Bonjour, cela fait maintenant plus d'un mois que nous sommes rentrés. Le temps file à la vitesse de la lumière. Nous avons terminé quelques gros travaux et parmi ceux-ci : trier, ranger,  organiser, stocker les photos, concevoir et commander le livre de photos, mettre en place le diaporama. Ca occupe. Et puis j'ai eu une réponse positive de la part d'un des éditeurs consultés, celui de Pontarlier, alors le projet risque de devenir réalité, nous voici partis pour une autre aventure, nous voici lancés de nouveau dans l'inconnu. La parution est prévue pour début Juin, ce sera bon pour la fête des Pères !! Je l'ai déjà noté dans le précédent post, le livre coutera environ 20 Euros frais de port inclus, alors n'hésitez pas à vous manifester si vous êtes intéressés.  Ca ne fera pas double emploi avec le site.

Voilà ! A part ça j'ai du boulot pour une bonne partie de l'hiver et ils annoncent une semaine de neige, ça va me faire le plus grand bien de tracer dans la profonde, dans la TRES profonde poudreuse, parce qu'il en est tombé 40 cm en 24 heures et il n'est pas prévu que ça s'arrête avant quelques jours... Enfin l'hiver !  

Michel a  retrouvé du travail chez son ancien patron, il attaque lundi pour déjà au moins deux mois. Parrallèlement à tout ça je commence à rédiger le second tome concernant le périple 2009,nous prenons des contacts pour notre diaporama, nous préparons le prochain périple, et il faut remettre les vélos en état. Bref, nous sommes plus qu'occupés.

Et puis je suis en train de lire :"Dans la peau d'un intouchable" de Marc Boulet. C'est un type, l'auteur, qui se grime et se fond dans la population indienne en temps qu'intouchable, ce qu'il y a de plus bas. Il mendie, défèque là où il se trouve, survit dans ce monde et cette société complètement dingues. L'action se passe à Varanasi, ancienne Bénares, la plus sainte des villes indiennes. Nous sommes passés à Varanasi, je situe à peu près les lieux et suis dans l'ambiance.Ce livre qui se lit facilement est éloquent sur le fonctionnement de certaines castes, les plus basses, le mode de vie de leurs membres et ça fait peur. Il y a des choses que nous avons vues ou vécues, qui nous ont interpellées, mais nous ne savions pas les analyser, et voilà que ce livre me donne les explications. Des centaines d'images me reviennent en mémoire. Qu'il est bon de comprendre tel geste, telle situation, telle réaction. Je conseille cet ouvrage à tout le monde, il est génial. Ma prochaine lecture sera "Fous de l'Inde" de Régis Airault, qui traite des délires d'occidentaux et autres réactions bizarres lors de séjours en Inde.

Nous avons toujours envie de nous documenter et de fouiller sur le sujet, mais ce qui nous rassure, c'est que les impressions générales que nous avons ramenées collent visiblement à la réalité des faits, on n'est donc pas tout à fait à côté de la plaque, pas tout à fait naïfs ou innocents, notre perception est juste, c'est rassurant car il en est probablement de même pour les autres pays traversés et visités. Ce pays n'a pas encore fini de nous envouter et tout en regardant  les flocons tourbillonner dans le vent et les paysages blancs, je pense, j'entends, je vois encore la vie à Delhi, à Varanasi... Le voyage continue !

 

Si vous êtes intéressés par le livre ou par une soirée diapo-débat, vous pouvez nous contacter directement à l'adresse : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

Merci d'avance et à une prochaine.

 

23 Février 2010,

Bonjour, 

Je profite de quelques jours à la maison pour faire cette petite mise à jour. Tout d'abord et pendant que j'y pense et pour les voyageurs qui s'apprêtent à partir et qui doivent faire leur déclaration d'impôts avant : quand vous irez porter vos formulaires et vos pièces justificatives, demandez un récipissé avec la liste de ce que vous avez fourni ! Cela vous évitera je l'espère le genre d'ennuis dont personne ne veut avec le fisc. Nous avons passé quelques heures au téléphone, nous nous sommes déplacés, nous avons fait des envois en recommandé, bref, que des choses agréables et gratuites, et pas du tout chronophages, pour en fin de compte, tout de même obtenir gain de cause et s'entendre dire qu'il y a eu acharnement contre nous !!! Véridique ! De que paîs se trata ?

Michel a donc repris le boulot depuis le début du mois et n'a guère de temps pour faire autre chose qu'un peu de ski de randonnée le week end, donc les vélos vont finir à la révision chez le vélociste habituel à Pontarlier parce que nous n'aurons pas le temps de faire tout par nous-mêmes avant le printemps. La saison d'hiver n'en est qu'à sa bonne moitié et mon emploi du temps est plus que rempli. Nous avons reçu notre album photo, un gros livre plein d'images, et rien que le fait de les regarder me donne envie d'aller voir pour de vrai comment c'est là bas, même si j'en reviens tout juste !

En ce qui concerne le livre et les diaporamas, voici quelques précisions :

Déjà merci à ceux qui se sont d'ores et déjà manifestés ! Nous n'avons pas l'intention de faire des revenus avec l'une ou l'autre de ces deux activités. Le but du livre est de se faire plaisir encore, d'aller au bout du rêve en tentant de partager au mieux ce que l'on a pu vivre lors de notre périple et de faire voyager à portée de ligne et bien installé au coin du feu, et puis dire aussi ce que nous n'avons pas le temps, matériellement, de raconter lors d'un diaporama ou même d'une soirée entre amis. L'éditeur qui a bien voulu accepter de nous éditer et chez qui le contrat a été signé nous "oblige" à lui acheter 400 exemplaires pour les vendre en direct, c'est à dire par le biais d'internet, la famille, les connaissances, les réseaux et les diaporamas. 400, c'est beaucoup. Le tirage total ne sera dans un premier temps que de 800 exemplaires. Cela signifie qu'il faut qu'on fasse la moindre afin de se faire connaître un peu d'où la necessité de faire quelques diaporamas dans la région. 

Nous cherchons donc à nous faire inviter par des associations, clubs de vélo, de cyclotourisme ou autre afin de bénéficier d'une salle gratuitement. Nous ne voulons pas faire de "business" par rapport à ça et le but, une fois de plus et encore, sera de faire partager nos émotions et expériences, d'ouvrir le débat et de tâcher, il est vrai, de vendre quelques livres pour qu'ils ne finissent pas leur vie dans un carton au fond du grenier, on ne le fait pas pour ça non plus.

Le livre sera au format 16 x 24 centimètres, 250 pages environ plus les livrets photo, il contiendra des extraits de cahier de notes, des mails,  des citations, des encarts sur des sujets divers ou pratiques. Et le récit de voyage lui-même qui ne reprend pas ce qu'il peut y avoir dans le site. Il sera en vente pour 20 euros maximum et vous pouvez déjà le réserver sur Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

En ce qui concerne les diaporamas, un seul de prévu pour le moment.

Le 26 Mars 2010, 20 h 30, à la salle du temps libre de la Rivière Drugeon. Entrée libre.

Nous en ferons d'autres une fois que nous aurons reçu le livre, eh bé oui !

Voilà, pas grand chose de plus pour cette fois ci. Nous ne trouvons guère le temps pour préparer le prochain périple, de plus je rédige le second tome concernant le périple de l'année 2009. Je n'ai jamais été aussi active et occupée que depuis que j'ai arrêté d'aller à l'usine, que depuis que je ne travaille plus que  quelques mois par année :  comme quoi la notion que l'on a du mot "travail" est parfois bien loin de sa définition... A méditer.

Chao

 

Fin d'hiver !

Bonjour,

La saison hivernale est terminée en ce qui me concerne, j'ai rangé les raquettes, d'ailleurs la neige laisse de plus en plus de place à la verdure et quelques fleurs commencent à pointer le bout de leur museau. Michel a toujours du travail, ça roule. Et pendant qu'il bosse je vais partir en vacances... Nous partons, avec six collègues accompagnateurs jurassiens, sept chiens et autant de pulkas faire un raid à skis dans le grand nord suèdois, en autonomie complète.  Le raid en lui-même durera une bonne dizaine de jours. Je vous résumerai cette nouvelle aventure à notre retour. C'est presque autant d'organisation que  pour nos tours de roue asiatiques...

Les vélos sont revenus de la révision. Il y a eu un travail énorme à faire dessus, les moyeux des roues étaient dans un état pitoyable, on s'en doutait mais ce qui n'était pas prévu, c'était les soucis au niveau des colonnes de direction. Les colonnes elles-mêmes étaient foutues de chez foutues mais surtout, le cadre alu s'est évasé, et pour ceux qui connaissent la moindre, les cuvettes rentrent maintenant à la main alors qu'elles sont normalement montées en force, à la presse. Le vélociste les a collées et nous conseille de faire un bridage pour éviter que le phénomène n'empire. Alors comment se fait-il qu'on en arrive là ? Apparemment, le fait de rouler pendant des centaines de kilomètres sur des mauvaises pistes a du donner un peu de jeu, qui s'est gentiment installé. Il est vrai que nous avons vraiment eu des conditions catastrophiques au niveau des routes empruntées et si nous contrôlions souvent le jeu sur la bague supérieure, nous ne savions pas qu'il fallait aussi serrer celle du bas, ignorance... Nous allons voir avec le fabricant et le vélociste les suites à donner à ce problème.

En ce qui concerne le bouquin, j'ai régulièrement la correctrice au téléphone, qui m'a dit avoir pris plaisir à lire ces pages, elle va maintenant reprendre tout en détail, signe par signe, corriger les répétitions, les erreurs de ponctuation et tout ce qui ne se fait pas en écriture, et me soumette toutes les corrections que je devrai alors valider. La bonne nouvelle, c'est tout de même qu'elle a trouvé que ça se lisait très bien, que c'est vivant et que les émotions sont bien retranscrites, et qu'elle ne fera aucune modification  du texte à part vous dis-je, remplacer parfois un mot par un autre pour éviter les répétitions ou le langage un peu trop populaire et "parlé" à son goût. J'attends donc des nouvelles. La couverture est validée et ressemblera à la photo ci contre.

Au niveau des diaporamas et rencontres, à part la présentation de notre périple dans notre village ce vendredi soir, nous aurons une soirée à la salle Morand de Pontarlier le 19 Juin 2010 à 20 h 30, réservez votre soirée, puis le 25 Juin à Poligny, salle la Séquanaise, puis nous serons présents au festival Eurovélogex, à Gex dans l'Ain, les 3 et 4 Juillet mais je ne sais exactement à quelle heure et quel jour nous passerons, même si nous y serons présents les deux journées. D'autres choses vont peut-être voir le jour, nous y travaillons.

Voilà pour cette petite mise à jour et les dernières nouvelles de demain.

A une prochaine

Nathalie

 

PETITE AVENTURE LAPONE

Bonjour,

Prenez sept chiens bien poilus de taille respectable dont six que vous mettez dans des cages, sept pulkas (petits traineaux), un gros bidon de croquettes pour nourrir les chiens pendant plus de trois semaines, un sac de Pémican pour leur complément alimentaire, quelques soixante kilos de nourriture destinés aux humains, vingt litres d'essence, une paire de raquettes, un réchaud double feu à essence, une caisse entière de harnais, longes, sangles, laisses, ligne de trait, gamelles en inox (ou alu) et d'autres en plastique. Rajoutez-y des bâches, des tentes, quelques matelas auto-gonflants ou accordéon, des affaires personnelles, et mettez le tout dans un transporter VW, ni réhaussé ni rallongé.  Sur le toit, mettez un coffre contenant quinze skis, seize bâtons, trois paires de chaussures de skis. A côté de ce coffre mettez ensuite sept brancards (qui vont permettre de relier les chiens à leur pulka), et un traineau. Prenez encore deux grosses casseroles et leur couvercle, deux bouilloires, un réchaud de secours, plusieurs paires de sur-chaussures qu'on appelle 'Néos", un bidon pour l'eau des chiens, deux seaux et vous serez bientôt prêts.

A l'avant de la camionnette, installez aussi confortablement que possible deux filles survoltées dont l'une au volant, un stock de CD sous la main, une bouteille d'eau et de l'argent.

 

 

 

 

 

 

 

                Manu                                   Nathalie                              Sébastien                                Sophie

 

Voilà, nous sommes le 31 Mars, il est 14 heures. Notre destination est Nikkaluokta, au fin fond de la Suède, on ne peut guère aller plus loin. C'est en  Laponie, massif du Kebnekaise, point culminant du pays. 3250 km à parcourir en évitant les obstacles inertes ou vivants sur les autoroutes allemandes surchargées, les nationales suédoises désertes ou même les mers transfrontalières germano-dano-suédoises. Nous avons enjambé des bras de mer longs de plusieurs kilomètres sur des ponts tout aussi longs (et heureusement !), nous sommes même passées sous la mer par endroits. Nous avons fait goûter l'ambiance conviviale des aires d'autoroute à Vostok, Syam, Ciboulette, Cosmic, Bohème, Calypso, et Australe, les quadrupèdes. Nous avons dormi sous la tente dans le bruit incessant ou à la belle étoile dans le froid mordant. Le vent danois a mis nos brushing en vrac et les radars suédois qui se cachent au bord des routes par troupeaux n'ont pas réussi à nous prendre en photo.  Les jonquilles de soixante mètres de haut avec les pétales qui tournent dans le vent, qui poussent aussi bien sur terre que sur mer (éoliennes) et les camions d'éléphants nous ont amusées un moment, mais Sophie décidément n'aime ni Bashung, ni Thièfaine et encore moins Gainsbourg. Cent kilomètres au nord de Stockholm, la neige a définitivement recouvert le sol, les fleuves sont en pleine débâcle et les lacs encore gelés, l'hiver n'est pas terminé.

Soixante douze heures après notre départ de Prémanon et des centaines de kilomètres de forêts plus loin, après quelques visions furtives d'aurores boréales aussi, nous arrivons saines et sauves et même pas découragées  dans la petite bourgade minière de Kiruna ( ici se trouve la plus grande mine souterraine de fer du monde si mes souvenirs sont bons, que nous avions visitée, Michel et moi, en 1993). Tout est fermé et pour cause : nous sommes en plein week-end de Pâques et ça va durer quatre jours.

Les chiens se sont bien comportés, il faut dire qu'ils ont été particulièrement bichonnés et eux, ils aiment dormir dans la neige à la belle étoile par moins dix degrés ! Les humains ne furent pas toujours de bonne humeur mais tout va bien. J'ai presque autant de mal qu'en partant avec le nom des canidés, il va falloir que je m'y mette sérieusement. Ce que je sais au moins c'est que Vostok est aveugle, il nous a donné quelques preuves éloquentes de son handicap, on va lui trouver un labrador pour le raid ! Le camion a bien roulé.

Installées confortablement dans une sympathique "guesthouse" de Kiruna, nous attendons les autres membres  de notre fol équipage qui arriveront demain matin par la voie des airs.

Eux aussi arriveront bien chargés, ils ont le reste des tentes, des karimats, les duvets , les godasses de ski, les 18 kilos de pain, les sept kilos de fruits secs, une partie de la nourriture, leurs affaires personnelles. Ils sont Manu, Sébastien, Elise, Elodie (à moins que ce ne soit Eloîse),et Eric. En fait, nous travaillons tous, plus ou moins, pour "La boîte à montagnes" qui est l'école de ski international des Rousses ainsi que le bureau des accompagnateurs en montagne, je serai donc bien accompagnée, six professionnels rien que pour moi !

Pour certains ce séjour est une opportunité à ne pas manquer, pour d'autres un rêve qui enfin va se concrétiser, pour tous ce sera une nouvelle expérience. Elise a cauchemardé à l'idée de se faire dévorer par un glouton, Manu s'imagine déjà en Jack London dans le blizzard terrible, Eric et Seb se voient skiant dans la joie et l'allégresse sur les mamelons arrondis et les croupes ventées, Sophie rêve de partir avec ses chiens depuis quinze ans (peut-être même trente), Elodie la gamine, et ben je ne sais pas trop, et quant à moi, vu comme tout a été fait à l'arrache, je croise les doigts pour que les conditions météo ne nous fassent pas trop souffrir. 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         Elodie                                                    Eric                                                         Elise

 

Nous avons douze jours disponibles devant nous pour laisser nos empreintes de Jurassiens et siennes dans la neige froide de cette contrée inhospitalière qui n'a jamais senti ne serait-ce que l'odeur de l'homme ! Douze jours pour parcourir les vallées et les montagnes afin de cartographier cette partie complètement sauvage du monde, douze jours à lutter contre les vents certes, mais aussi à déjouer les tours des ours qui n'attendent que nous pour se nourrir en cette fin d'hibernation. Nous devrons bien sûr rivaliser d'ingéniosité afin de traverser les rivières en pleine débâcle aux bons endroits afin de ne pas finir congelés, emportés par le courant, jusque dans le ventre d'une gigantesque baleine au large de la Norvège. Nous devrons également nous tenir chaud en cas de fortes froideurs, physiques ou mentales, un pour tous, tous pour un ! Bref l'ampleur de la tâche est impressionnante. Nous devrons ne pas nous égarer, ne pas attraper le scorbut, ne pas nous manger les uns les autres au cas où nous manquerions de vivres, faire attention à la constipation et ne pas mettre le feu aux tentes. Nous devrons craindre les autochtones, probablement les pires sauvages qui existent sur terre, qui sous leurs fourrures épaisses, tentent de se faire passer pour des plantigrades effrayants. Dire que nous partons à l'aventure n'est pas un vain mot, chaque personne du groupe a fait son testament avant de partir. Et pour illustrer ce  que nous verrons dans ces contrées lointaines, nous emportons un appareil photo dernier cri, qui, comme vous pouvez le constater, nous offre des images en couleur, c'est une première mondiale. Le grain est épais certes mais la technologie progresse à grands pas : notre matériel photographique ne pèse plus que 32 kg.

La suite au prochain épisode, si Dieu nous prête vie...

 

A Kiruna, les habitants vont faire leurs courses à l'aide d'une espèce de déambulateur à patins munis d'un petit panier, ce qui leur permet d'assurer leurs pas dans les rues enneigées ou verglacées durant les longs hivers. Et puis à Kiruna, il n' y a pas un seul accès internet, et à Kiruna encore presque tout le monde a des chiens, je me demande s'il n'y en a même pas plus que des humains ! 

Nous avons pris contact avec nos compatriotes qui sont tous arrivés ensemble, sains et saufs à l'aéroport et nous encapons donc en direction de Nikkaluokta sous un soleil éclatant dans un pur ciel bleu. Et il aura fallut arriver au fin fond du trou du cul du monde pour que Sophie soit amenée à souffler dans le ballon, à 9 heures du matin, sur cette route qui se termine dans soixante bornes pour laisser place à...à...à, je ne sais pas moi, à un univers blanc et glacial, tiens, yaka dire comme ça ! Ouf ! Elle était à jeun, j'ai raté la photo à quelques secondes près. 

Pendant que le restant de l'équipe trépigne avant de monter dans le bus pour nous rejoindre, nous préparons le matériel et les chiens vont courir une heure pour se dégourdir les pattes après ces nombreux kilomètres en cage. Puis c'est le rush, ça y est, voilà le bus, voilà notre équipe, voilà les 7 kilos de fruits secs, les 10 kilos de pâtes, polenta, semoule, les 18 kilos de pain. Tout le monde est quelque peu dans les starting-blocs et la météo favorable ne fait qu'accentuer notre envie de mettre les... skis ! Sophie répartit au mieux le poids dans les pulkas suivant quel est le chien qui va tirer. En effet ils n'ont pas tous la même corpulence ni tous les mêmes qualités, comme nous les humains, et il faut connaître correctement chaque animal pour savoir comment effectuer ce travail. C'est donc Sophie qui s'y collera tous les jours. En plus des pulkas qui transportent essentiellement le matériel collectif, nous avons chacun un sac à dos avec nos affaires personnelles. 

Petite mise au point de départ, la chef nous explique comment passer le harnais à la bestiole et comment l'atteler au brancard, lequel est attelé à la pulka. Jusque là tout va bien, les chiens sont à peu près tranquilles. C'est après que ça se gâte. Dans la logique, il faudrait que chaque personne tienne le chien de celui qui le suit, pendant que ce dernier met son sac, accroche ses skis, prend ses bâtons et mousquetonne sa ceinture à la longe dynamique reliée à la pulka, avant à son tour de s'agenouiller pour tenir le chien de derrière etc... Dans la réalité, il y a un manque évident de patience et on veut tous gérer notre attelage seul, il y a aussi celle (que je ne citerai pas) qui ne peut pas se mettre à genou car sa religion lui interdit, eh non, c'est parce qu'elle a des chaussures tellement raides qu'avec les skis aux pieds, elle ne peut pas se plier. Et puis bien sûr les chiens qui sentent le départ imminent commencent à remuer sérieusement et à tirer comme des fous. Je ne sais pas si on a pris un seul départ correct de toute la semaine, par contre, au niveau figures libres, on a été pas mauvais, il y en a eu pour tous les goûts, de toutes les couleurs, en douceur, en souplesse, ou comme des grosses m..., sur le dos, sur le ventre, tiré en arrière ou la tête la première, le matériel qui reste derrière et pas de marche arrière, bref, du sport ! Parfois, on prenait les paris. "Allez Ciboulette, ce matin t'as l'air calme, je parie que tu ne vas pas bouger pendant que je finis de m'apprêter". Ca a marché souvent, mais le temps que les autres soient prêts eux aussi, Ciboulette cherche Cosmic, veut absolument le rejoindre, commence à pivoter sur elle-même, embarquant dans son mouvement la pulka qui  se retourne à moitié, qu'il faut remettre sur les patins. Mais pour se faire il faut s'en approcher et même si on avale la longe au fur et à mesure, au moindre petit mou, Ciboulette en profite pour donner un bon à-coup. Avec un peu de chance elle s'empêtre dans son brancard et dans le pire des cas, certains chiens iront, dans ces circonstances, jusqu'à  s'extirper de leur harnais pour se barrer direction la Norvège ! Et on recommence tout !

Bon, imaginons que ça y est, tout le monde est dans le bon sens prêt à partir. Sophie donne le signal du départ. Et là, il faut se cramponner et bien plier les genoux et surtout ne pas se cambrer, parce que sinon tu te prends un bon choc dans le dos, qui te déséquilibre forcément vu que tu es à skis, et que les skis : ça glisse. Tu te retrouves immanquablement les quatre fers en l'air à hurler "stop" à ta bestiole qui ne veut rien entendre et pour cause : les autres sont devant. Si tu fais moins de cinq mètres, traîné par terre à gueuler, c'est que tu as de la chance. Plus la résistance est élevée, plus le chien tire fort, plus tu l'insultes parce que tu n'arrives pas à te relever avec ton gros sac sur le dos qui te transforme en gros tas bien lourd pas très souple...

Voilà, autant dire qu'on fait attention, dans la mesure du possible à ne pas se retrouver par terre trop souvent parce que ça deviendrait vite pénible. Cosmic le loup fait équipe avec Sophie la chef, l'aveugle Vostok (Vostok est le nom de la fusée russe dans laquelle avait pris place Gagarine lors du tout premier vol spatial  habité, si si !) est accompagné par Seb, Manu a la chance d'être avec la chienne de tête par excellence, j'ai nommé Syam. Les deux élégantes sont ensemble : Elise et Australe, il faut bien Eric pour tenir la fougueuse Bohême, Elodie  se fait tirer par Clown, de son vrai nom Calypso, d'une danse qui n'a rien à voir avec le grand nord, et je suis avec Ciboulette, qui tire fort et longtemps, et il faut bien ça pour traîner la péniche (la plus large des pulkas).

Bon, nous sommes partis. Les premiers kilomètres s'avalent bon train sur la neige gelée très dure sur laquelle les chiens ont une bien meilleure accroche que la notre. Les petites descentes sur la piste de deux mètres de large avec les buissons de chaque côté ne m'inspirent pas trop confiance mais tout le monde passe sans encombre. Ici, ce qu'ils appellent pompeusement forêts, ce sont des rassemblements de bouleaux pas hauts, de sorbiers rabougris ou de saules très chétifs. Chez nous on appelle ça des bosquets, des buissons... mais en aucun cas une forêt !

Nous n'irons pas loin le premier jour car il se fait tard et dès que l'on sort de la trace bien tassée, on enfonce jusqu'aux cuisses pour les plus lourds. Ca va être facile de planter les sardines dans ces conditions !  

Nous avons skié une heure puis nous avons trouvé un endroit sympa pour poser notre campement...sur la piste damée. En dehors de celle-ci c'est mission impossible, sous le presque mètre de neige molle, il y a de la tourbière, du marais, du terrain pas du tout plat, des gros moutus comme on dit chez nous, et c'est très spongieux. Il faut oublier. Une fois les tentes montées et le thermomètre descendu sous les moins dix degrés, nous espérions manger ! J'ai bien dit nous espérions ! Mais le gros réchaud à essence double feu ne veut rien savoir et nous voilà à cuisiner sur le petit réchaud de secours, pour sept. Il aura fallut deux heures pour nous faire de la soupe et des pâtes, dans le froid de moins en moins chaud... Au moins sommes-nous rassasiés mais il est évident que nous ne pouvons prendre le risque de partir huit à dix jours sans un réchaud fiable et efficace. Ca commence fort. Pas de télé, pas de cinéma ni de discothèque, pas même un troquet pour trinquer, après une courte promenade digestive pour certains (afin de réchauffer les pieds avant de se coucher), nous disparaissons sous les tentes, dans les duvets, les draps sacs, le sursac même pour Elise. Nous ne laissons rien dépasser, je laisse juste un petit rond en face de la bouche pour pouvoir respirer. Je fais équipe avec Elodie, la gamine de l'équipe, qui a accepté gentiment de se coltiner la vieille et toutes ses maniaqueries ! (Je suis la doyenne du groupe). Le thermomètre cette nuit-là a passé la barre des moins vingt degrés et sous la tente on a relevé moins treize. C'est pas du chaud !  

 

"Ciboulette, à droite, à droite, Ciboulette, à droite un peu, Ciboulette, à droite, voilà, c'est bien, devant Ciboulette, devant ma belle, c'est bien" 

Avant de traverser l'endroit délicat où l'eau remonte entre deux couches de glace superposées, Ciboulette s'est bien déportée sur la droite, je ne suis pas peu fière de moi, mais les autres, devant, sont passés à gauche et au dernier moment Ciboulette a changé d'avis. Sur les skis, derrière elle, je n'ai eu le temps de m'adapter à ce brusque changement et me voici avec un ski sous la glace épaisse, dans l'eau, et l'autre au dessus. Je me vautre évidemment car ça bloque net et Ciboulette que rien n'arrête continue à tirer, d'autant plus que ça résiste et que les autres s'éloignent... Des situations comme celle-ci, où les chiens ne veulent pas nous écouter et suivent leur instinct en partant par exemple à la chasse derrière les rennes, ou coupent sur les plaques d'herbe sans penser que les skis sur la pelouse, ce n'est pas top, ou encore font demi-tour sans prévenir en renversant les pulkas ou aussi ne voient que par la Soph et emmêlent le matériel, les longes, les brancards, des situations comme ça disais-je,  je n'en souhaite à personne mais il y en a eu tous les jours. C'est ainsi que Manu a frôlé un rocher tête en avant, ou qu'Elodie nous a servi le thé à plat ventre sur le dos ou qu'elle encore, applique la politique de l'autruche en se cachant la tête dans la neige (pas dans le sable) tout en montant les pieds haut vers le firmament. Autant de rigolades...

Vostok, ah Vostok, à propos : c'est aussi, en plus de la fusée,  le nom du plus grand lac sous-glaciaire du monde, si si, il mesure 230 km de long et jusqu'à 85 km de large et est enfoui sous 4 km de glace. Cela se passe en Antarctique, loin de nous donc. Il a été découvert en 1996, grâce à des images satellite. A son aplomb se trouve la station de recherche géophysique russe qui a donné son nom au lac, installée dès 1957. Ce n'est pas des blagues, c'était même carrément la minute culturelle de cette article...

Donc Vostok, sans le faire exprès bien évidemment, parvient à foncer droit sur les piquets de balisage barrés d'une grosse croix rouge. C'est vrai que la probabilité dans ce paysage immense de rencontrer un obstacle si peu épais est tellement énorme .... Sébastien a bien du mérite avec son aveugle de chien ! Encore un qui ne voit que par la Soph, comme tous les autres d'ailleurs. Tout ça pour en conclure que diriger et gérer un chien qui n'est pas le sien n'est pas forcément aisé, mais ne nous plaignons pas, ils tirent les pulkas.

Arrivés à la station de Kebnekaise (mon récit est tout mélangé), nous découvrons dépités qu'ils ne vendent pas de réchaud à essence, Sébastien et Eric partent dare-dare à Kiruna s'en procurer deux, ils nous rejoindrons le lendemain. Pendant ce temps nous montons le camp, luttons contre la faim avec un réchaud récalcitrant et nous apprêtons à passer une nuit qui ne sera qu'un copié-collé de la précédente, très froide.

Une fois Seb et Eric revenus, le lendemain donc, nous poursuivons notre chemin. Les paysages montagneux ne ressemblent en rien aux différents massifs de notre hexagone et sont, à nos yeux au moins,  particuliers. Les vallées sont assez bien marquées, les sommets plus ou moins arrondis mais rarement pointus, pas de pics acérés ou d'aiguilles crevant les nuages absents. Les montagnes consistent en un rebondissement de croupes arrondies aux courbes harmonieuses qui donnent envie de s'y enfoncer plus avant. La couleur prédominante est le blanc, les dimensions sont grandes et trompeuses. Les reliefs sont doux et reposants.  C'est tout sauf austère, c'est très ouvert. Nous cheminons donc dans cet univers fabuleux sept jours durant. Nous évitons soigneusement les refuges à part pour remplir nos réserves d'eau et préférons le calme et la sensation de liberté que procure le fait de dormir sous la tente et de vivre au grand air. Des cabanes auraient cependant été les bienvenues mais elles sont toutes défendues telles des forteresses par des barres de fer et des cadenas imposants. Nous nous contenterons donc d'y trouver un abri contre le vent.

En général nos journées débutent tard le matin, une fois que les rayons bienfaisants du soleil  daignent nous dispenser un peu de chaleur et faire monter le thermomètre au dessus des moins dix degrés. Avant, il est difficile de sortir du douillet duvet. Nous déjeunons, plus ou moins copieusement, froid ou chaud suivant le fonctionnement des réchauds. Suivent alors le remballage et l'attelage des bestioles,  et quand nous partons il est souvent passé onze heures.  Nous roulons trois, quatre heures avec une bonne pause casse-croûte saucisse de Morteau et tomme du Haut-Jura, en cours de route, puis vers dix sept heures, et suivant les opportunités d'abri, nous stoppons et installons le camp suivant, refaisons de l'eau chaude. Manu est passé maître dans l'art de faire fonctionner ces machins que tout le monde aurait déjà envoyés loin (sauf Seb peut-être). Nous préparons à manger, montons les tentes, ne nous lavons jamais rassurez-vous, Sophie s'occupe de sa meute... Pas le temps de nous ennuyer, nous ferions mieux de brûler nos livres, ça nous ferait de la chaleur quelques minutes et en plus, nous allégerait ! 

A noter que durant ces septs jours, nous avons fait moyen d'oublier un des réchauds neufs derrière une cabane et quand Manu et Seb y retournent le lendemain, l'objet a disparu mais les traces de motoneige elles, sont restées. Ceux qui sont passés avec leurs engins savent très bien où nous nous trouvons, nous ne passons pas inaperçus dans cette immensité blanche ... A noter aussi qu'à force de manger tous dans la même auge et sans jamais rien laver, Manu a passé une minable journée et une difficile nuit à renvoyer le copeau par les deux bouts. Il y a plus confortable comme conditions pour souffrir d'une gastro. Nous avons donc fait bouillir tous nos petits récipients dans l'eau pendant vingt minutes pour exterminer les bébêtes. La gastro a tout de même bien failli contaminer le reste du groupe, en effet le lendemain, beaucoup d'entre nous étaient plus ou moins patraques, pas trop dans nos assiettes, un peu kinebouis (c'est ce qu'on dit chez mes parents). La journée suivante fut donc celle de repos ou relâche. Certains on l'a  vu, sont retournés chercher , en vain, le réchaud oublié, et d'autres, par binôme, alternativement,  sont restés au camp et ont gravi un petit sommet proche qui a permis d'embrasser du regard ce paysage de grand nord vallonné assez époustouflant. L'air est très limpide, la vue porte à des kilomètres.

Notons également les traces de gloutons à quelques centaines de mètres de nos tentes, ainsi que les centaines de rennes aperçus de plus ou moins près sur notre parcours. Ne pas oublier les problèmes récurrents de fermeture éclair sur ma tente, fermetures qui finissent par rendre l'âme et passer l'arme à gauche, les larmes sont pour nous, dans le courant d'air glacial de notre maison de toile qu'il faudra suturer en tous sens pour avoir une chance de rester en vie les nuits prochaines. Une heure de couture à main nue par moins huit degrés, ça vous dit quelque chose ? Par la suite il nous faudra ramper et nous contorsionner méchamment pour entrer ou nous extirper de notre frêle demeure. Au milieu de la nuit par moins vingt pour aller satisfaire une envie naturelle accentuée par le froid, vingt minutes l'aller retour, réveil de la voisine de chambrée bien évidemment, que du pur bonheur !

Mais c'est tout ça l'aventure ! On se rend surtout compte  que nous ne sommes pas forcément très au point et que nous avons de la chance de bénéficier d'excellentes conditions météorologiques : finalement assez peu de vent et pas de précipitation. 

Les Lapons se déplacent en moto neige, ne sont pas forcément très avenants (pas tous), font des trous dans la glace avec une énorme chignole pour atteindre l'eau et attraper le poisson, directement congelé, ils les découpent en rectangle pour qu'ils passent par le trou dans la glace et approvisionnent Findus... Ils passent une bonne partie de l'hiver sur des peaux de renne qu'ils mettent sur la motoneige, dans le traîneau, sur la glace, partout... et pour certaines d'entre nous, surtout les jeunes, passer une soirée à la chaleur d'un feu de bois crépitant dans une cabane isolée, avec la tempête de neige qui fait rage à l'extérieur, qui rend improbable une quelconque visite, avec un lapon aux yeux bleus sur sa peau de renne, tourne presque à l'obsession. Malheureusement, jour après jour, au fur et à mesure de nos péripéties et de nos rencontres décevantes, le mythe prend du plomb dans l'aile et finit par s'effondrer.

J'arrête là pour aujourd'hui, pas tout à la fois, il faut faire durer le plaisir,  suite dans quelques jours encore...

A noter que vous pouvez voir un autre récit de la même aventure ainsi que d'autres images sur le site suivant : http://lesbameursensuede.unblog.fr/

 

Le tour du massif du Kebnekaise, que nous avions prévu faire en une dizaine de jours, est bouclé en sept journées. Ce n'est pas parce que nous sommes très forts, non, mais parce que nous avons bénéficié de très bonnes conditions. Et puis, entre nous, faire 160 km avec des chiens pour tirer les pulkas et le vent dans le dos, sur un terrain pour ainsi dire plat, en 6 jours (car un jour en étoile), ce n'est quand même pas un exploit pour les moniteurs de ski ou accompagnateurs en montagne que nous sommes ! Mais peut-être eut-ce été différent avec 50 centimètres de poudreuse, une tempête de neige, le vent de face, ou du brouillard. Et avec tout en même temps, on n'ose même pas y penser, nous aurions fait la joie d'un glouton gourmand ou d'un ours affamé. 

J'ai passé une longue soirée à entendre les gosses s'amuser et tenter de faire tenir dans le ciel cette voile que nous n'avons d'autre part pas utilisée. Et la Sof qui explique à Seb : ben tu vois bien quand même, là, allez, trop tard, maintenant, ton bord d'attaque bordel, tire sur les avants, mais non pas comme ça !  Et Seb : si tu nous avais expliqué clairement on s'en sortirait mieux, t'expliques n'importe comment, si tu dis juste "ça va pas" comment veux-tu qu'on y comprenne quelque chose. Et la Sof : mais fais gaffe, tu vas te prendre les pieds dans les ficelles de la tente à la Nath ! Bon, Seb, il a passé presque trois heures à essayer de maintenir la voile en l'air et puis au bout d'un moment il a même chaussé les skis mais je crois que le vent est tombé, en même temps que la nuit d'ailleurs. Ci dessus, une certaine conception de la plage de sable blanc !

Nous voici donc de retour à Nikkaluokta, enfin presque ! Pour arriver au bord du lac nous avons eu droit à une jolie descente, enfin technique, tortueuse à souhait dans une neige pourrie jusqu'au fond et dans laquelle on "coule" littéralement, même avec des skis aux pieds. Les chiens vont leur train, bien assez vite dans ce terrain et paf, soudainement les voilà enfoncés dans la neige jusqu'au cou, ça les stoppe net, mais ce qui suit ne s'arrête pas, et il y a eu de jolies cabrioles.  Et j'en connais qui n'étaient pas mécontents d'arriver enfin en bas. Sébastien m'a conseillé de laisser Ciboulette à Eric, je prendrai Australe. Australe, c'est la feignante du groupe, c'est la pin-up, elle est toute blanche avec les yeux vairons mais elle ne fait pas grand chose et quand elle fait un peu, c'est rien qu'à sa tête. Bon, au moins elle ne tire pas et je la maîtrise sans souci. Sur la photo, c'est Cosmic. Je ne sais pas ce que les autres ont trouvé difficile dans cette descente !!! Eric était moins content, il a du s'agripper à Ciboulette, on l'entendait pousser des cris qu'on ne savait plus trop si c'était à cause de l'effort ou de la colère...  Bon tout le monde est arrivé en bas sain et sauf et c'est bien ça le principal.  Voilà la route ! Nous mangeons une rondelle et demi de saucisson chacun avec une miette de pain, nous traversons la route et attaquons les seize kilomètres de lac, s... sous la pluie.

La neige sur le lac est très molle et par endroit les chiens enfoncent, on n'avance pas bien vite. Sophie décide que deux d'entre nous irons chercher le camion, nous nous retrouvons dans une heure sur la route. J'y vais avec Elodie puisqu'il faut se dévouer. Rejoindre Nikkaluokta en stop est au moins aussi difficile qu'en ski par le lac, il passe moins d'une auto par heure et nous finissons par payer pour nous faire emmener par un habitant du coin.  Et une fois de plus nous serons ravies de l'hospitalité des gens, ils ont tout de même une singulière conception du service rendu et le prix demandé (avec un grand sourire) pour faire trente bornes est quelque peu déroutant. Il a bien gagné sa vie cet après midi ! Arrivées à Nikkaluokta, nous récupérons le camion, nous louons deux petits bungalows, y déchargeons le véhicule et je pars illico presto chercher les autres qui doivent déjà être en train d'attendre au bord de la route avec les chiens et le matériel. Ci contre, la débâcle plus au sud de la Suède, sur le chemin du retour.

Je n'ai vu personne d'abord, puis j'ai réussi à  repérer leur petite caravane, bien alignée sur le lac immense, cheminant lentement mais sûrement dans cette étendue rendue austère par le mauvais temps.

Et alors  je suis montée sur le  toit du camion,

J'ai levé les bras et j' ai agité mon pompon,

J'ai klaxonné fort et j'ai hurlé pire qu'à la mort

Mais jamais jamais ils ne m'ont vu et ça c'est fort !

zaï zaï zaï zaï, zaï zaï zaï zaï ... 

Bon, moi je rigolais moins, je chantais pas Joe Dassin, eux, ils avaient la tête dans le guidon, je suis descendue sur le lac, me suis trempée une fois de plus les pieds, je venais de me changer, mais rien n'y fit, et je les soupçonne même d'avoir voulu jouer les héros, à patauger  dans cette gouillasse, à dilapider notre dernière bouteille d'alcool fort pour que des motoneiges dament un chemin, (la première s'étant déversée dès le début du raid dans un sac de nourriture...). J'ai faillit rentrer à Nikkaluokta , prendre mes affaires et me tirer de là.  Mais comme il parait qu'il faut parfois savoir se maîtriser, à l'extérieur j'ai affiché du calme tandis que dedans ça bouillonnait méchamment, surtout quand on m'a dit que je n'avais pas téléphoné !!! (Je n'avais pas de réseau)

Ils arrivent, pour certains , un peu au bout du rouleau, assoiffés et affamés. Heureusement il ne reste qu'à aller à la douche, dans le lavabo, parce qu'autrement c'est payant, eh oui ! Même quand on loue un bungalow, il faut payer pour avoir une douche chaude. Soit. Au lavabo l'eau est chaude et nous disposons de seaux alors ... 

Le lendemain fut une journée de glandouille. Certains ont dormi, d'autres ont chaussé les skis, Sof et Elodie sont allées en traineau dégourdir les chiens. Nous nous sommes empiffrés de crudités insipides et de pâtisseries succulentes.  Le surlendemain fut occupé à gravir 900 m de dénivelée pour accéder à un sommet tout blanc tout rond qui nous a surtout régalé par sa descente en bonne neige. J'ai enfin pu m'essayer au télémark, bénéficiant des conseils de Sébastien, notre spécialiste du ski en talon libre (talon libre = esprit libre, c'est un dicton jurassien). Sans nos sacs à dos, c'est plus facile pour s'initier à cette technique, nouvelle pour moi. Elo et Sof ont refait le monde au bungalow, sous prétexte de garder les chiens. 

Puis il a fallut nous en aller. Nous avons tout chargé, les autres ont pris le bus, et nous nous sommes retrouvés à Kiruna pour aller camper une dernière nuit. Eric et Elise veulent dormir à la belle étoile, nous ne prenons que deux tentes, ce qui nous arrange bien car la fermeture extérieure de la mienne tient grâce à deux épingles à nourrice... pas top. Nous ne reprenons pas les pulkas mais chargeons tout sur le traineau. Soph, telle Blanche Neige, pour rejoindre son prince charmant ( Séb ?), s'envole tirée par les sept nains, eh pardon, les sept chiens tandis que nous skions sans entrave mais tout de même avec nos gros sacs sur le dos. Le lendemain, Syam, chienne de tête, s'en prend à un petit bichon tout mignon tout plein mais un peu traumatisé par les crocs qu'il a vu passer pas loin de son neurone affolé. Ca nous vaudra la visite de la police, le bichon n'a rien, Syam est restée sur sa faim, mais le proprio voudrait que Soph paie la visite de contrôle  chez le vétérinaire ainsi que le temps qu'il passe avec nous. Mais ça va pas la tête non ! Le véto, passe encore mais le temps passé... nous, on est sept à perdre notre temps ! Le policier, déplacé juste pour ça, et auquel je demande  fermement de s'exprimer en anglais devant nous avec son compatriote nous donnera finalement raison. Vive les Suèdois, je les a-do-re ! Faire une affaire diplomatique d'une petite frousse à son bichon (qui, répétons-le, n'a eu que la peur de sa vie !) J'aime ces gens strictes et ces pays fliqués, j'adore ne pas pouvoir faire le moindre pas en dehors du troupeau sans me faire rappeler à l'ordre. L'ordre et la sécurité ! J'aime payer l'eau chaude pour la douche quand je loue un bungalow, j'aime les radars tous les kilomètres sur les routes désertes, j'aime me faire virer de derrière la cabane où j'étais à l'abri du vent après avoir demandé l'autorisation de m'y installer... Du coup, j'aime manger un dessert que je ne paierai pas, j'aime laisser le chien poser une belle m... sur le trottoir, bref toutes ces choses qui ne me viendraient pas à l'idée s'ils étaient moins stupides avec leur ordre, leur sécurité, leur droiture, leur inhospitalité, leur absence de franchise. Et j'espère que nous n'avons eu droit qu'aux pires, qu'ils ne sont pas tous comme ça. Ce n'est pas au sourire de la caissière du magasin de souvenirs, ni à celui de celle à qui tu paies pour dormir qu'il faut se fier pour juger de le mentalité des gens... Je préfèrerais vivre en Inde ! Et de loin !

Revenons à nos moutons (non Syam, mange pas le mouton !) après ce coup de gueule (celui de Syam ou le mien ?). Nous savons que nos compères devrons prendre le train pour rentrer à cause du nuage que propulse le volcan en Islande. Et même si cette affaire nous coutera de l'argent à tous, je ne suis pas mécontente, au fond de moi, de voir la nature nous faire une démonstration de sa force, et ceci n'est qu'un hoquètement, un léger soubresaut. Voici l'Europe paralysée, et je me gausse. 

Soph et moi reprenons la route. Nous nous posons une journée complète aux environs de Asele, dans le chalet d'un copain à elle. Pour y accéder, nous passerons par tous nos états, nous voyant bien mal parties quand le camion fut embourbé jusqu'aux hanches. Nous étions prêtes à atteler les chiens pour qu'ils nous tirent de là quand le Père-Noël (vraiment ce type lui ressemblait) est passé dans son gros 4 x 4 ( qui a ronchonné après les 4 x 4 ?) et nous a sorties de cette situation délicate.  Le lendemain, belle journée, nous sortons le traineau et visitons les alentours puis allons assister à la dérive des continents sur la rivière derrière le chalet. En effet, les plaques de glace descendent avec le courant en un mouvement lent mais puissant. Elles se percutent telles les plaques tectoniques et nous voyons apparaitre, en vitesse accélérée, les principales chaines de montagne de la planète, subduction, fosse, épine dorsale, pendant ce temps, le volcan islandais crache toujours...

A Copenhague, après quelques demi-tours au milieu des avenues, feu rouge grillé et autres pirouettes pied de nez à l'ordre (pas à la sécurité), à cause du GPS débile, (c'est déjà à cause de lui qu'on s'est embourbées) nous abandonnons l'idée de trouver la petite sirène. Et bien nous en a pris car il se met à pleuvoir fort et de plus, mais nous ne le savions pas, la petite sirène a été, pour la première fois depuis 1913, déboulonnée de son rocher pour prendre l'avion. Elle est partie le 27 Mars, pour plus de huit mois en Chine, (elle a eu son visa elle, moi, je ne suis pas sûre de pouvoir avoir trois mois) à Shangaï, pour l'exposition universelle, contre l'avis des Danois (j'aurais tendance à ajouter "évidemment").

Les trois derniers jours de route furent un peu plus calmes qu'à l'aller, les filles sont moins survoltées. Et nous voici revenues dans le Jura où la neige a définitivement cédé la place à la verdure grise et à l'herbe rabougrie pas belle. C'est le printemps, et nous allons pouvoir nous consacrer à d'autres activités. Nos compagnons sont arrivés au terme de deux jours et demi et autant de nuits passés dans les transports et les gares, routières ou ferroviaires...

Fin de l'aventure lapone.

 

Bonjour,

Dernières nouvelles du front.

Ca y est, ça y est ! Le livre est en imprimé. Après une gestation bien assez longue et parfois pénible, quelques moments de découragements et d'autres d'euphorie, tout a été validé : textes, photos, couvertures avant et arrière etc. C'est un livre avec un contenu non négligeable puisqu'au total  336 pages dont 48 de photos couleur. Il contient le récit en lui-même avec toutes les anecdotes, les petits malheurs et les grands bonheurs, les interrogations, les doutes, l'état des âmes, l'état des routes, des extraits de cahier de notes, des citations, des fiches d'identité pays et des cartes avec notre itinéraire, des dessins et des encadrés sur des choses pratiques, humoristiques ou autres.

Une palette de 450 livres est arrivée devant notre porte. 450 livres qu'il a fallu acheter, dans lesquels nous avons investi et qu'il va falloir vendre, qui vont partir comme des petits pains, c'est ce que l'on espère ! 

 

POUR RECEVOIR UN OU DES LIVRES

Comme promis, nous prendrons tout ou partie des frais de port à notre charge.Le prix de base du livre est de 24 Euros.

Jusqu'à quatre exemplaires, vous ne paierez que la moitié des frais d'envoi.

Au dessus de quatre exemplaires, la livraison est gratuite.

Alors pensez que ce livre peut peut-être faire plaisir à quelqu'un, faire l'objet d'un cadeau.

 

TARIFS :

Pour 1 exemplaire : 26  Euros

Pour 2 exemplaires : 51 Euros

Pour 3 exemplaires : 75 Euros

Pour 4 exemplaires : 99 Euros

Pour 5 exemplaires : 120 Euros

Pour une commande supérieure à 5 exemplaires, veuillez nous contacter à Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

COMMENT FAIRE

Vous envoyez par courrier un chèque, précisez le nombre d'exemplaires et si vous voulez qu'il(s) soi(en)t dédicacé(s)  et vos coordonnées  postales à :

Michel COURTET

10, Rue des Lilas

25560 La Rivière Drugeon

 

Dans la foulée nous faisons partir le colis

 

DIAPORAMAS ET DEDICACES

Tout est indiqué dans la rubrique "Nous suivre", "Manifestations" de ce site.

 

Voilà, le principal est dit. Vous pouvez réserver dès maintenant, les livres seront expédiés à partir du 10 Juin.

Bonne lecture !

 

QUARANTE BALAIS

Bonjour,

Je viens de passer les 40 balais, j'en avais marre d'être trentenaire, ça faisait dix ans que ça durait, faut pas pousser. Y'arrive un moment où il faut passer à autre chose. Du coup je suis allée en ville, j'ai acheté une veste un peu plus terne, un parapluie moins coloré, des chaussures à peine moins plates et je me suis rendue chez le coiffeur pour qu'il me mette des bigoudis sous le casque, enfin, sur le casque, oh, je ne sais plus. Bon, vous avez compris ! J'ai passé sans trop de difficulté le cap de la moitié de l 'espérance de vie, c'est pas bon pour le moral ça, me dire que j'en ai fait la moitié alors que je viens de commencer. Même si l'espérance de vie ne cesse de vieillir, enfin, de grandir, avec la vie que je mène j'ai bien peur de ne jamais l'atteindre, il vaudrait mieux pour moi, peut-être que je reste plus calme, que j'arrête de visiter des pays dangereux à la force des muscles, que j'arrête de me fatiguer.  L'idéal serait que j'atteigne ma propre espérance de vie. 

 

Bon, toujours est-il que je viens de passer les quarante balais, les uns après les autres, le ménage n'a jamais été mon fort, par contre les bas laids, j'y vais tout droit, pas besoin de crier "A bas les pattes", je n'ai plus grand chose pour emballer.

 

Les quarante balais, ce sont des choses qui arrivent... plus vite qu'on croit, emballez, c'est pesé.

 

Il y a tout juste dix ans, je m'inscrivais aux épreuves physiques en vue d'accéder à la formation d'accompagnatrice en montagne, j'avais de la mémoire à l'époque, je pouvais passer des examens, quand on vieillit on continue à passer des examens, ce ne sont plus les mêmes, c'est tout. Bon, à l'époque, il y a dix ans, je changeais de boite aussi, je veux dire d'entreprise, j'étais fortement dégoutée et déçue par le monde du travail et la décennie qui avait précédé n'avait pas forcément été exaltante, mais il faut croire qu'il y avait des choses qui mijotaient au fond du bulbe en ébullition.

Et depuis, je n'ai pas vu le temps passer. J'exerce ce métier d'accompagnatrice qui me plait, je voyage à mon gré, je fais partager mes expériences, mes voyages, mes rencontres à travers des diaporamas, j'écris un livre, je m'éclate, j'y passe du temps pour ne pas gagner grand chose, j'ai bien assez pour vivre alors je me fais plaisir. Là où la plupart de mes concitoyens cherchent une stabilité professionnelle autant que familiale et géographique, je tâte et je pioche un peu partout avec passion, et pourvu que ça dure, je tire mon épingle du jeu...

 

En trois ans et demi, j'ai l'agréable sensation d'avoir vécu dix ans. A ce rythme là, je devrais atteindre un grand âge mental et beaucoup de sagesse avant que le corps ne se ratatine complètement. Non pas que je pense vieillir plus vite dans ma tête que physiquement, mais parce que les différentes expériences accumulées me donnent l'impression d'avoir vécu plusieurs vies. Je jongle entre plusieurs occupations, moi qui aspirais à tant de temps libre, je n'ai jamais autant travaillé et je ne vois pas le temps passer.

Menteuse !

Ces dix ans me paraissent un siècle et les cinq dernières années une éternité parce que tant de choses sont venues se bousculer, s'effectuer. Le temps long et court à la fois, au moins je ne pense pas l'avoir perdu. En même temps, le passé me semble lointain, tout mon temps y est passé, mon temps est si plein que de passe-temps je n'ai pas besoin, il est assez grand pour passer tout seul. Ma vie est depuis peu si remplie, depuis une décennie jamais un jour d'ennui, le jour peut déborder sur la nuit, mais ne pas pour autant, avoir le temps de contenter mes envies. Tant que je ne m'use, tant que je m'amuse, il est important que tout fuse, et d'avance qu'on m'en excuse.

 

Passons aux choses sérieuses, quarante piges c'est pas une paille, c'est même carrément un bail, c'est juste la vie qui défile, je ne vais pas me plaindre de la mienne, elle est de plus en plus pleine. Pourtant force est de constater que je n'aurai pas le temps de tout faire, alors tant pis pour les chaussures moins plates, le parapluie moins coloré et la veste plus terne, et puis les bigoudis, on verra pour la prochaine décennie...

 

Ca n'est peut-être pas trop raisonnable d'écrire des trucs comme ça dans un site aussi sérieux, à l'heure où l'on commence à côtoyer des grandes pointures du voyage à vélo comme Claude Marthaler, Yakman, entre autres, à l'heure où l'on commence à vendre un livre et animer des soirées... Yeh !

 

Bon, toujours est-il que nos diaporamas pour l'instant se déroulent plutôt bien, qu'on se fait plaiz à chaque fois, qu'on a pris un immense plaisir aussi à discuter avec un tas de voyageurs à vélo au festival Eurovélogex ce week-end et que ça fait carrément bizarre de se retrouver à la place, micro en main, de ceux qui, il y a quelques années en arrière nous faisaient rêver jusqu'à nous étourdir en nous montrant des images de pays lointains et immenses en blablatant sur des rencontres extraordinaires et des gens qui te font exploser le coeur de bonheur : des choses qui nous paraissaient inaccessibles. Quand on termine la présentation de notre périple, que les gens applaudissent, qu'ils nous posent mille questions et qu'ils achètent notre livre, on ne peut pas rester indifférents, ce sont à chaque fois des grands moments d'émotion même si c'est à toute petite échelle.

 

Tout ça ne nous empêche cependant pas de baver comme des dégénérés devant le diaporama de Claude Marthaler, voyageur extraordinaire de simplicité, qui fait naître toujours en nous autant de rêves...

Et je pars pour deux fois dix jours sur le tour du Mont Blanc, où je sais que je prendrai mon pied... à pied à moins que je ne prenne mon temps... à temps, ou mon pied... à temps, ou mon temps... à pied !  

Chao

 

Dernières nouvelles de demain.

Bonjour,

Vous me pardonnerez les nombreuses semaines s'écoulant entre deux mises à jour mais notre vie est peut-être moins exaltante lors de nos périodes sédentaires que quand nous longeons la frontière afghane ou que nous franchissons des cols dans le ciel.  Quoi de neuf  ? Michel a le bras dans le plâtre depuis 20 jours et pour encore au moins autant. La cause ? On faisait un footing, j'avais quatre mètres d'avance, il a voulu accélérer dans la descente pour me rattraper et s'est vautré, eh pardon, s'est jeté à mes pieds, c'est pas beau ça après dix huit ans de mariage ! Hein ? C'était le premier jour de ses congés, vive les vacances ! Pendant qu'il convalesce activement, je travaille... 

Nous allons entamer d'ici deux semaines la seconde période chargée de diaporamas avec en Septembre le 3 à Saint Claude et le 24 à Montperreux. Nous serons aussi aux "Mots Doubs" à Besançon les 25 et 26. En Octobre, trois dates, le 1 aux Rousses, le 8 à Morteau , le 9 à Mouthe et le 15 à Champagnole. 

Concernant le bouquin, les premiers retours sont bons, certains en redemandent et d'autres attendent la suite ! Oooohhh, doucement, on va partir pédaler un peu entre temps. Le manuscrit de la seconde partie est prêt je dois l'avouer mais je cherche un autre éditeur. Je rencontre demain après-midi une personne de chez Phébus.

Et puis nous sommes de nouveau et sérieusement dans les préparatifs pour le prochain périple, et ce sont une fois de plus les tracasseries administratives qui nous préoccupent. Il nous faut des visas partout et cette fois-ci nous ne pourrons pas tout avoir avant de prendre la route. Les visas russes et chinois sont un casse tête, pour les autres ça va jouer. Depuis quelques temps et politique sarkozienne oblige, les Français ne peuvent pour ainsi dire plus obtenir de visa chinois de trois mois si la demande n'est pas faite en France... Super, Honk Kong, Bangkok, rien n'y fait, apparemment Ventiane au Laos reste le seul espoir, certains l'ont eu. Pour nous c'est trop aléatoire, alors nous regardons pour prendre à l'avance un visa six mois, multiples entrées, avec chaque séjour ne dépassant pas 90 jours. Ca nous conviendrait mais nous sommes dans l'incapacité de fournir les pièces demandées au dossier comme par exemple les billets d'avion aller et retour ... On va se débrouiller et ça va faire, j'ai très bon espoir. Pour le visa russe, soit ils le font voler, c'est en projet, avant qu'on en ait besoin, ce serait top, sinon, il faudra le demander une fois à Oulan Bator et une seconde fois à Shenyang en Chine, que du bonheur en perspective. Il nous faudra aussi un second visa chinois à demander à Oulan Bator en Mongolie.

Notre périple devrait se décomposer comme suit. Ca parait très précis mais nous avons toujours ces contraintes d'une part des visas mais aussi du nombre de kilomètres et des saisons, ça réduit les possibilités. Enfin, tout est relatif...

 Départ prévu le 15 Novembre, vol pour Bangkok et dans la foulée pour Yangon en Birmanie

Birmanie, six semaines. Thailande : 10 jours. Cambodge : 3 semaines. Vietnam : 1 mois. Laos : 1 mois. Chine : 3 mois. Mongolie : 2 mois. Russie : 1 mois. Chine à nouveau : 1 mois. Russie à nouveau : 1 mois pour le retour en train. Retour prévu fin Novembre 2011. Prévu ...

Assurance agrée pour l'obtention du visa russe : c'est en ordre, billets d'avion : c'est fait. Visas : ça avance à pas de géant dans les renseignements, restera à faire. Vaccins : il faut vérifier. Mécanique et matériel : quelques ajustements, achats à faire. Finalement nous sommes presque prêts !

A une prochaine.

 

Jour J - 50 environ.

J'ai relu avec une lenteur volontaire et une délectation infinie "L'usage du monde" de Nicolas Bouvier. Partant de France dans les années cinquante avec Thierry Vernet, dessinateur, la narration exquise prend fin à la passe de Khyber, frontière montagnarde entre l'Afghanistan et le Pakistan. Les anecdotes, les déboires, les difficultés rencontrées, les joies, les états d'âme ou des routes n'y sont pas seulement racontés, ils sont écrits. Les mots coulent, se mêlent et se lient, s'enrichissant de comparaisons ou de métaphores inattendues, humoristiques, d'une telle précision qu'on en reste les bras ballants et la bouche grande ouverte. Je me suis limitée à une dizaine de pages à la fois, pas plus, pour faire durer le plaisir, et la fin est tout de même arrivée bien trop vite.  Ah ! Que j'aimerais savoir écrire comme ce type ! Serais-je jalouse ? Je sais, c'est un livre culte. J'en ai lu des récits de voyage, mais il faut bien avouer que bien peu m'ont procuré autant de plaisir. Ca tape droit au but et c'est pourtant si poétique. Je le relirai encore, dans quelques années...

A part ça, Michel est déplâtré depuis quelques jours, il a repris petit à petit sa force en maniant bêche et binette afin d'extraire patates, carottes et betteraves de notre potager, avant de retourner au boulot il y a quelques jours, histoire d'avoir assez de temps pour annoncer son imminente démission. Les tomates russes sont en fleur, d'ici quelques mois nous pourrons espérer nous en délecter... A la fin de la semaine je clôturerai, je pense, ma saison d'été en accompagnement. Ce fut un bon millésime.

Cependant, nous courrons toujours en tous sens, cinq diaporamas dans les quatre semaines qui viennent, et à chaque fois, article dans la presse, contacter les radios, les offices de tourisme et autres acteurs locaux, faire et poser les affiches et les flyers, faire au mieux circuler l'info, c'est fastidieux et visiblement, nous ne sommes ni l'un ni l'autre faits pour ce genre de travail, alors on fait chacun notre part. Par contre, une fois dans la salle, c'est du bonheur, le jeu en vaut la chandelle. Une cinquantaine de personnes étaient présentes à Saint-Claude et nous avons passé une bonne soirée. Là est bien l'essentiel.

Les passeports sont revenus du consulat du Myanmar (Birmanie) de Paris avec un autocollant quelconque mais néanmoins important. Nous n'avons pas de vaccin à refaire et rien de spécial à prendre en cours de voyage, il nous faudra juste nous méfier, comme d'habitude, des méchants moustiques et des tiques sournoises, insectes suceurs et vecteurs de maladies malignes et que l'on fera tout pour éviter d'attraper. Les préparatifs avancent, les pneus et les chambres à air nous ont été livrés aujourd'hui. 

Et entre les diaporamas, je me repose, ce qui ne m'était pas arrivé depuis au moins Novembre 2007, et se reposer parfois, ça fait un bien fou, et j'éviterai ainsi, peut-être, la laborieuse mise dans le bain qui m'avait pris dix jours l'an dernier, une fois sur les pistes birmanes.

A bientôt.

 

Virée automnale dans le Mercantour

 

Vous avez vu la tête de cette brebis ? La bosse qu'elle a sur le museau ne serait pas pire si elle s'était coincée dans une porte ! Nous, au premier abord, on les a trouvées pas belles. Bon, on ne savait pas qu'on avait affaire à une des plus vieilles races de brebis, qu'elles nous viennent tout droit du néolithique, qu'elles ont survolé les siècles sans jamais s'éteindre même si elles sont aujourd'hui assez peu nombreuses à brouter l'herbe tendre des alpages terrestres. Ce sont des "brigasques". Et on peut en voir dans le Mercantour, au pied du vallon de Valmasque.

Comme on avait quelques jours disponibles, avec la Soph, nous sommes parties faire de la randonnée. Au début on avait prévu d'aller vers Chamonix mais la météo nous a encouragées à descendre un peu plus bas, on a regardé Briançon, puis Digne, Barcelonnette et finalement Nice. Force est de constater que deux jours avant de partir, seul l'extrême sud s'annonce assez ensoleillé pour satisfaire nos envies de douceur et de lumière. Alors on a tout chargé dans l'auto, un peu à l'arrache et on a pris la route. 

Le but pour la première nuit était d'aller dormir à la belle étoile au col du Mont Cenis pour le voir le lendemain matin parce qu'on a quelques souvenirs communs à cet endroit, mais au dessus de Lanslebourg nous avons chopé du brouillard. Un brouillard si dense que la voiture luttait pour avancer, un brouillard si épais qu'on n'a jamais vu la pancarte qui marque le haut du col, ni la petite chapelle un peu plus loin, et encore moins le lac ou le barrage. Premier repas pris dans des contorsions impossibles pour aller chercher dans la glacière au fond du coffre nos victuailles sans sortir du véhicule. On décide de rouler... On passe en Italie, c'est plat, c'est droit, il fait nuit, on tartine pas mal et à minuit on est au tunnel de Tende dans lequel on s'engouffre après seulement dix minutes d'attente. Le voyant de la jauge à essence fait des clins d'oeil mais à Tende, point de pompe, nous continuons vers Castérino où nous nous enveloppons dans nos duvets sur la bâche, on ne sait trop où. Au début le ciel est étoilé... Mais à quatre heures il flotte et nous déménageons. Puis à cinq heures, les grosses cloches des 600 vaches qui transhument nous pètent les tympans pendant une heure. Au petit matin, quand le jour se lève enfin, nous sommes très reposées....  Sophie va voir ces p... de bestioles qui nous ont empêché de dormir et rencontre une connaissance à elle : Paul. Nous avons dormi à deux cents mètres de son gîte, enfin, dormi est un grand mot, joli coup !

Premier boulot : acheter les cartes du coin et trouver de l'essence. En début d'après midi nous décidons de monter au lac d'Agnel. Le ciel est menaçant mais on n'est pas des fiottes alors on y va quand même. On a pris d'abord la pluie, puis la grêle. La Soph avec sa patte malade décide de faire demi-tour, craignant la descente. Je poursuis jusqu'au lac, luttant dans les bourrasques, pas grand monde pour m'accueillir en haut à part les grêlons, les éléments déchainés, la beauté sauvage de l'endroit malmené par les caprices météorologiques. C'est beau et j'aime, je tiens mon poncho à deux mains pour ne pas qu'il claque dans le vent et je resserre le cordon de la capuche, admire quelques trop brefs instants les vagues du lac qui passent par dessus la digue avant de me lancer dans la descente, au milieu des chamois. Nous dormons au gite après une bien belle soirée. 

Mardi : tourisme. On est descendu à la mer, à Menton, en faisant des détours par de jolis villages perchés, Saorge entre autres, puis par Sospel, le col de Castillon et le viaduc de Caramel. Et on a fait les pétasses sur la plage à Menton, avec notre saucisson et notre bière. Cinq cents mètres, une demi heure de repos, cinq cents mètres, une demi heure de repos, cinq cents mètres, on s'affale dans les fauteuils d'une terrasse, cinq cents mètres, arrêt limoncello, spécialité alcoolisée du coin. On achète mais ne consommons pas et on monte planter la tente à la chapelle de Maurion. Journée éprouvante ! Ca fait du bien parfois de ne pas faire grand chose même si nous avons appris beaucoup aujourd'hui.

Mercredi : on encape le sentier qui monte aux Merveilles par le vallon d'enfer, joli à pleurer. On débouche vers les tourbières et les lacs sous un soleil qui nous pète les pupilles. C'est très, très beau. L'appareil photo tombe en panne de piles... La baisse de Valmasque est vite avalée et le sentier pavé qui longe les lacs du Basto, le lac noir et le lac vert torture la cheville défaillante de la courageuse jurassienne qui traîne de plus en plus la patte. Je descends en courant et vais chercher l'auto. Quand Madame arrive, le véhicule est avancé, on se réfugie au gîte pour décoller tôt le lendemain matin. Raclette au menu, un truc du coin, quoi !

Jeudi, le val sans nom à proximité du refuge de Valmasque est une pure merveille, bien plus que la vraie vallée des merveilles dont les quelques gravures aperçues nous ont laissé sur notre faim. Nous sommes trois pour cette balade : une qui traîne une gastro, une autre qui traîne la patte et moi, qui traîne les deux autres...  On a profité à fond de cette belle journée, la tourbière est splendide, les couleurs automnales sont un vrai régal, les mélèzes sont flamboyants, les longues herbes sont blondes, la tourbière est rousse, le ruisseau qui s'y coule en méandres lascifs est noir. Rien d'autre que le doux chuintement de l'eau pour troubler le silence intense. Nous sommes en vacances.

Mais il faut reprendre la route. Le seul endroit dans le brouillard de tout notre trajet sera de nouveau le col du Mont Cenis, qui décidément ne veut pas se dévoiler. Nous dormons à la belle un peu plus bas, à quelques centaines de mètres de chez Simone, que nous ne connaissons pas assez pour nous imposer. Sur le retour, après avoir posé la Soph à Albertville, je lutte contre le sommeil. Quelques heures plus tard, c'est le flash du radar automatique qui la tirera de ses rêveries. C'est à n'y rien comprendre, c'est moi qui grille les feux rouges, qui passe les lignes blanches, qui prends les sens interdits sans hésitation aucune et c'est elle qui se fait tauper, elle m'a dit : c'est dégueulasse !

Cinq jours pour descendre dans le Mercantour depuis le Jura ça fait un peu court mais on a bien profité de ce petit coin d'Italie en France, et finalement, il a fait beau aussi dans les Alpes du nord ! Ca fait du bien quelques jours de vacances avant de partir en voyage. Sans blague !

 

Où en est-on à jour J-15 ?

Bonjour,

Petite mise à jour histoire de vous tenir au courant de l'avancement des travaux. Nous avons terminé la série de diaporamas, tous se sont bien passés, avec une fréquentation plus ou moins importante. En ce qui concerne les bouquins, si vous en voulez pour offrir à Noël, il faut vous dépêcher, il nous en reste deux dizaines à la maison seulement et deux dizaines en dépôt vente. Sur Pontarlier, il en reste aussi quelques uns à Hyper U, un à la librairie Rousseau, quelques uns chez Cycles Favrot et Racle, à la Biocoop et c'est tout. L'éditeur ne souhaitant pas réimprimer, une fois ces exemplaires écoulés, vous n'en trouverez plus. J'ai fait la demande pour récupérer mes droits mais n'ai pas l'intention de réimprimer pour le moment et pour cause, le départ est trop proche... Nous en profitons pour remercier tous nos lecteurs...

Pour la seconde partie, qui concerne le voyage de 2009, entre le Kazakhstan et l'Inde, un autre éditeur que je ne citerai pas pour le moment est intéressé. Suite au prochain épisode.

La liste de "reste à faire", comme à chaque fois, ne cesse de s'allonger, puis de se raccourcir, pour se rallonger à nouveau. Assurances voitures, visas birmans, visas chinois, vélos, dentiste, toubib, pharmacie, argent, traveller's chèques, carte bancaire, scan de tous les papiers importants, point sur le matériel informatique, appareil photos, carte mémoire, piles et chargeurs, documentation et cartes, itinéraire global : tout est en ordre.  Il reste la résiliation internet, le téléphone, les impôts (gros morceau), le transfert de courrier, la musique, le coiffeur, compléter la trousse de réparation, faire le point sur les vêtements, faire un essai de paquetage. J'attends une réponse pour le visa russe, pour lequel il faudra que l'on renvoie nos passeports en France depuis la Mongolie, aller et retour, croisons les doigts, c'est la seule solution pour avoir trois mois. Un tas de paperasses à mettre en ordre avant notre départ, retourner le jardin, emmener les ruches, confirmer les vol.

Nous serons, pour ce périple, en relation avec une école primaire de Lavans les Dole, avec aussi France Bleue Besançon et peut-être l'ESt Républicain. 

Sophie, Lulu et sa soeur devraient nous rejoindre au mois d'Août en Mongolie, pour pédaler avec nous un moment dans ce pays... Cool. 

Et dans la tête ? Ben dans la tête, ça commence à faire bizarre quand on sait qu'on voit les gens pour la dernière fois avant un bon moment. IL y a la précipitation, les gens qu'on veut encore voir avant de partir et le nombre de jours disponibles qui fond comme neige au soleil. La liste du matériel est faite. Il y a moins d'appréhension que les autres années, on commence à avoir l'expérience, on ne cherche plus comment faire pour régler toutes les paperasses, on va plus vite. Par contre ce qui reste identique, c'est le sentiment qui nous étreint la poitrine à l'idée de nous jeter dans l'inconnu, la crainte du paludisme, pour lequel on va finalement prendre une protection, la crainte de la chaleur des premiers mois et du froid mordant ensuite, l'appréhension du problème mécanique grave, nous partons cette fois ci pour plus de 20 000 kilomètres, beaucoup sur pistes, avec des vélos qui ont déjà vécu la moindre. Bref, nous ne sommes pas blasés et la pression est très inégale suivant les jours ou les heures. Michel travaille encore une semaine. 

Ces deux prochaines semaines vont filer à la vitesse de la lumière, c'est comme si demain nous partions...

A bientôt.

 

Départ,

Mettre les écouteurs sur les oreilles et assez fort la musique, pas n'importe laquelle, fermer les yeux, et tâcher de se détacher, de ne plus penser à rien. S'éloigner du monde qui nous entoure, laisser partir doucement. Certains ont besoin pour ça d'alcool, de came, de stup. Respirer profondément.

Oublier les contrats d'édition signés ce matin même, oublier le temps pourri, oublier tout ce qui a affolé les neurones depuis de longs mois. Tout est prêt, alors maintenant, il faut songer à ailleurs.

Pas simple, pas plus facile de départ en départ. Si certaines choses sont listées, rodées, puis barrées, d'autres ne peuvent se réduire à quelques mots jetés en vrac sur un cahier. Le sentiment qui nous habite est toujours aussi inhabituel, fait de hauts et de bas, de déprime éphémère et d'euphorie. On a du mal à se dire que... du mal à croire que... C'est comme ça, ça fait partie du voyage, nous sommes contents de repartir. 

Alors mettre le casque sur les oreilles et envoyer les décibels, fermer les yeux et laisser planer...

A bientôt sur le vélo.