Bangkok

Bonjour,

 

Nous voici donc en Thaïlande, pour un mois. Par le hublot de l'avion, quand nous avons perdu de l'altitude, nous avons aperçu la périphérie de Bangkok, mégapole tentaculaire impressionnante, entourée de routes express à 6 voies, de "spaghettis jpnctions" qui tournicotent, s'emmêlent, se chevauchent, où les indications sont en thaï bien sur et où les automobilistes lancés à toute allure ne s'arrêteront pas pour nous donner la direction à suivre. Bref, vu du ciel, on a été un peu impressionnés, on s'est soudainement dit que pour une fois, on n'allait pas tenter cette ville à vélo. On a bien traversé et visité Téhéran, Istambul, Delhi même, entre autres, mais là, on pense aussi que ces autoroutes nous serons interdites. On avait tout faux nous l'apprendrons plus tard. Une trentaine de kilomètres séparent l'aéroport international flambant neuf du centre. Nous trouvons un bus qui veuille bien nous prendre avec tous nos bagages et vélos, direction la gare ferroviaire centrale. Pendant le trajet, le trafic est d'abord assez fluide, l'air respirable puis, au fil des kilomètres, ça se charge, devient dense, on commence à distinguer des buildings qui grattent le ciel à travers le nuage de pollution, et ce qu'on inhale devient plus lourd, et nous sommes dans un bus, climatisé ... Puis nous nous sommes retrouvés bloqués dans la circulation. Bangkok accueille 10 % de la population du pays mais 90% des immatriculations. Pas de trains de banlieue, tout le monde est en bagnole, ça crache noir, sévère. Sous nous : le macadam, à droite, à gauche, devant, derrière : du béton, des bagnoles, de la fumée, de la vie qui grouille, au dessus : du béton. A la verticale au dessus de la route, il y a les piliers du skytrain, béton brut à tous les étages.

On n'a pas eu envie de se replonger dans la vie trèpidante d'une cité énorme, pas eu envie de retourner dans les marchés colorés certes mais trop bousculés, trop bondés, dans le bruit qui va avec, pas eu envie de la foule d'odeurs de fritures, de gaz, de tout, pas eu envie, c'est tout. Alors on a fait l'impasse sur Bangkok. De la gare ferroviaire centrale, où nous avons remonté nos vélos sur la moquette du hall, nous avons pris un train lent, très lent, jusque dans le nord du pays, ça nous a occupé seize heures encore, c'était un spécial express. Nous sommes à Chiang Mai et nous pédalerons depuis ici, en caressant désormais le  doux espoir de ne plus faire de pointillés sur la carte, en ayant la ferme volonté et toute la motivation pour rejoindre Vladivostok sans jamais remettre le vélo dans un véhicule...

A Chiang Mai, j'ai commencé par me rendre à l'hosto, pour voir un toubib à cause de ces soucis intestinaux qui durent depuis un mois et qui finissent par être usants. Il m'a filé des antibios pour huit jours aprés m'avoir auscultée, voulait faire une analyse de selles, mais rien pu faire ! Nous trainons dans cette ville aux 300 temples une journée avant de prendre la route direction Nord-Ouest. 

La Thaïlande est un choc après la Birmanie, soudain on y voit du macadam, des Européens en pagaille, tout parait facile, on mange mieux, on peut se faire soigner, on a trouvé un vieux guide du routard en français d'occase et revendu notre Lonely de la Birmanie, ça parle anglais et nous avons retrouvé une grosse dose de liberté. La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle, c'est à dire que c'est le gouvernement qui dirige, le roi  n'a qu'un role d'autorité sur le domaine écclésiastique et une grosse influence sur l'opinion populaire, il est considéré par son peuple comme un demi-Dieu. L'armée a cependant le pouvoir sur l'Intérieur et veille à ce qu'aucun parti ne puisse remettre en cause le roi, l'armée et l'administration. C'est donc une démocratie en garde-à-vue.C'était la minute culturelle, éprouvante !

C'est pas le tout, on a des temples à visiter, à bientôt.

 

Petites grimpettes

Bonjour,

A Chiang Mai, ville importante au nord de la Thaïlande, ce ne sont pas moins de 300 temples présents à l'intérieur des douves qui ceinturent la « vieille ville » dont il ne reste pas bien des fortifications d'origine. Et presqu'autant de dispensaires, appelés ici « cliniques ».  Nous passerons trois jours ici, à nous reposer, et surtout à faire les examens médicaux nécessaires suite à mes problèmes intestinaux qui perdurent. Comme nous tombons sur un week-end, nous assistons au traditionnel « sunday market ». Des milliers de stands s'installent pour quelques heures dans toutes les artères de la vieille ville, la circulation est coupée, il faut vendre pour certains, et acheter pour d'autres. Cette frénésie consommatrice, qui va de la bouffe aux derniers gadgets, reflète bien le boom économique de ce pays, à Bangkok aussi, c'était éloquent, même si on y est passé en coup de vent, McDo, grosses pubs partout, enseignes lumineuses clignotantes démesurées...

En Thaïlande, ce qui change, c'est que les gens sont toujours petits mais plutôt ronds, plus clairs de peaux, le visage moins plat. La couleur de la robe des moines n'est plus le pourpre mais l'orange pétant, ils n'ont pas le crâne rasé, les temples sont dotés d'innombrables tigres, serpents et autres chimères pour les garder, et la structure est composée de plusieurs toits en décalé, avec à chaque extrémité, des dragons ou autres figures absolument effrayants ! Et puis ce qui change aussi, c'est l'état de ce qui roule sur le macadam, beaucoup de flambant neuf japonais, qui a au moins l'avantage de ne pas trop nous asphyxier.

Nous avons repris la route, avec des antibios plein les sacoches, une route difficile, la plus difficile de tout le pays, terrain alpin tropical ! C'est quoi ça  ? Ben c'est un profil altimétrique digne des Alpes avec toutefois des rampes infernales où nous mettons pied à terre et poussons en perdant des litres d'eau, avec autour de nous une végétation qui ne ressemble en rien à nos sapins, épicéas ou même mélèzes. Ici, ce sont palmiers, tecks ( ce qu'il en reste), « raintree » et autres trucs à grosses feuilles. D'ailleurs le feuillage est très épais, impénétrable, et descend en rideaux ininterrompus jusqu'au terrain, formant comme un mur de chaque côté de la route, avec probablement plein  de  sales bestioles qui nous regardent en rêvant de se jeter sur nous, de nous mordre ou nous piquer. Presque la jungle. Le tout est d'un vert assez homogène, foncé, et depuis la route en crête que nous suivons, nous avons de superbes points de vue (oui je sais, encore !), sur d'autres crêtes, à l'infini...

A Paï, où nous débarquons claqués après deux jours de montagne épuisants, tout est voué à la cause touristique, il n'y a rien à voir. Bon, nous c'est sur notre route mais on se demande pourquoi ça attire tant de monde. Nous sommes tout près de la Birmanie et du triangle d'or, une paire de chevelus a du s'y installer il y a quelques décennies et l'endroit est devenu à la mode, y en faut pas plus. Il y a bien la rivière qui passe, avec des serpents dedans, si si, c'est ce qu'on a vu depuis le pont, et des tentes prémontées pour les campeurs juste au bord de l'eau ! On  a pris l'option bungalow car on a déjà campé la nuit dernière, ça fait fun de camper ici, c'est cool, sauf que c'est aussi cher qu'un vrai lit avec une vraie douche, mais bon les touristes y savent pas ! On ne peut pas leur en vouloir, ils sont tout frais débarqués, arrivés en jumbo jet de l'Europe pour les vacances de Noël, c'est le rush, on se croierait sur la côte sauf qu'il y a pas la mer ! Ici, tu peux louer une moto pour 100 dollars le mois et sous les casques, presqu'autant de blonds que de locaux !

Cette route de Chiang Mai à Mae Hong Son est un truc de dingues, je pèse mes mots, soit on pousse le vélo dans les rampes sur le bitume pourtant velours, soit on est debout sur les freins pour retenir le chargement dans les descentes à pic. Dans les montées, quand on se retourne on a le vertige, sans dec', nos moyennes sur ces quatre jours d'affilée plafonnent à 10, ça fait pas beaucoup, et en dessous de 2,5 km/h en instantané, le compteur ne cherche plus à comprendre, il affiche zéro, pas bon pour le moral. On l'a arraché cette route, décamètre après décamètre, heureusement que je vais mieux, on n'enfilait même plus les chaussures de vélo, mais on en est venus à bout, sans se plaindre, avec beaucoup de patience, trois jours et demi, 240 bornes. On a vu des paysages superbes, très tourmentés, déchiquetés, des enchevêtrements de vallées profondes, des goufres insondables d'où émergent des crêtes avec des pics rocheux qui dépassent, le tout toujours recouvert de cette épaisse  végétation. Pas beaucoup de villages, c'est calme. Et le peu de gens qu'on voit ont tous un coupe-coupe coincé dans la ceinture, tu m'étonnes, sans ça, t'as plus qu'à rester sur le macadam !

Les autochtones, eux, nous font plein de pouces en l'air sur la route, discrêtement, sûre que y'en a qu'on ne voit même pas, mais ils sont cools, je me demande s'ils nous prennent pas pour des handicapés...  Ceci dit, quand on est plantés dans les bosses où on fait des kilomètres à pousser le vélo, en baskets, où qu'on répare une crevaison, y'en a plus un qui nousvoit, et pas un seul qui nous a proposé son aide. Pourtant, ils roulent tous en énorme pick-up. Mais bon, au moins ils ne nous poussent pas au talus, même quand on pousse du mauvais côté pour cause de virage beaucoup trop  raide à la corde, même à pied !

Et puis ici, les prix sont affichés, difficile de marchander,  ça dépend quoi. C'est un peu l'Europe en Asie, profitons, ça ne durera pas toujours. Plus on s'enfonce dans les montagnes, moins c'est cher, ou alors plus c'est honnête...

Nous sommes donc à quelques encablures de la frontière birmane, là où il y a plein de trafic de substances illicites, il faut surveiller ses sacoches, et à seulement deux cent cinquante bornes de là où nous avions arrêté de pédaler en Birmanie. Nous passerons le réveillon ici, mais rien de spécial, ici c'est boudhiste donc de Noël il n'y a point. Puis nous allons tirer vers le sud, on nous a promis une route plus facile.


A bientot et bonnes fetes de fin d annee a vous.

 

Ethique, ethnique et patacrac

On est passé par les montagnes et la frontière birmane parce qu'on voulait de l'authentique loin des plages touristiques du sud. Et puis c'est ici que vivent toutes ces tribus, réfugiés venus de Birmanie, avec des coutumes ancestrales et tout et tout... et il paraît même qu'ils cultivent et qu'ils trafiquent avec le pavot à opium, si si. Et bien en fait, tous ces gens ils existent bien, ce n'est pas juste une légende mais ils habitent dans des villages reculés qu'on atteint à partir d'une sente qui part de la route principale, et qui s'enfonce dans la jungle. Et dans les bourgades, rares, qu'on a traversé, pas de femme-girafe sur les marchés ! Ah ! Double sens ! Oui, parce que pour un peu elles sont à vendre. On a vu ce qu'on a vu le long de la route mais au moins nous n'avons pas encouragé ces désastreuses pratiques de voyeurisme à aller photographier les gens en train de se laver ou de donner le sein au petit dernier, encouragé non plus ces pratiques ancestrales que subissent ces femmes, je dis bien subissent, envers et contre tout respect des droits de l'homme. Alors vous pensez bien que pour ces réfugiés, qui n'ont pas le droit de possèder du terrain pour le cultiver, si le fait de mettre des anneaux, à perpétuité, au cou de leurs filles, puis femmes, peut faire vivre la famille parce que les touristes occidentaux sont friands de ces images, ils ne vont pas s'en priver. Il faut arrêter ! On n'est pas au zoo ! Et quand on voit le nombre d'agences qui proposent leurs services, ça fait peur...

S'aventurer à aller seul dans les villages peut attirer des ennuis, la frontière et le trafic sont étroitement surveillés (nous n'avons jamais sorti les passeports), les points de contrôle fréquents, le gouvernement cherche à éradiquer la drogue et ce qui tourne autour. Se faire piquer avec un seul gramme de came ou s'acoquiner avec des dealers potentiels mène droit à la geôle, à perpétuité, ça ne rigole plus. Nous ne sommes amateurs ni de came ni de geôle donc, nous restons sur la petite route de montagne, on a déjà bien assez à faire comme ça.


Mais sur nos petits vélos, à notre petit rythme et avec nos yeux grands ouverts, on en a vu nous doubler tous les jours sur leurs pétrolettes, des mecs, et on les imaginait bien avec cette tronche et cette dégaine, coupe coupe passé à la ceinture, le bandeau sur le front, très bazanés, un peu méfiants d'abord puis tu souris alors ils deviennent souriants et encourageants mais ça s'arrête là. On ne risque pas grand chose, sinon, d'ailleurs, on ne serait pas là. Voilà.


Nous avons évolué tout le long depuis Chiang Mai, c'est à dire sur plus de 600 bornes au milieu de paysages assez austères pour finir, cette forêt dense qui ne laisse pas voir plus loin que le rideau de végétation qui borde la route, les bruits dans les arbres qui nous font sursauter, les serpents qui traversent la route, morts ou vivants, l'isolement, les minuscules villages où tu ne trouves rien à te mettre sous la dent qui te fasse envie, et ces bosses à une fréquence de dingue, qu'il faut souvent passer à pied. On est tranquille, pas de camion ! Assez fou, dur, très dur, il faut avoir du mental, sans vouloir nous vanter. La jungle birmane accessible par la route, c'est un peu ça, seule la rivière nous sépare. C'est fou comme c'est tourmenté, tu joues du dérailleur tous les cents mètres, tu relances, puis tu relances plus parce que tu peux plus, tu ne fais jamais plus de deux kilomètres sans descendre du vélo et pousser, et il n'y a pas d'échappatoire, t'as pris cette route qu'on t'avait annoncée comme étant moins difficile que l'autre, tu étranglerais volontiers ceux qui t'ont dit ça, et les supers ingénieurs qui l'ont tracée aussi, c'est pas possible, mais t'es là, et tu la sortiras cette route, tu ne craqueras pas, tu dors sous des toits en bambous à proximité de la route, tu transpires, tu bouffes dégueu, mais tu vas y arriver … et tu souris encore à ceux qui te font signe.


Puis un matin, on découvre que le cadre du vélo de Michel est en train de partir en loques, il y a des fissures partout, des fentes, et même des cassures sur la pièce qui relie le tube principal à la fourche arrière, eh ben ça fout bien les boules, on se voit presque rentrer à Bangkok et reprendre l'avion. Mais, il paraît qu'il y a un soudeur aluminium à 32 km, alors on y va, et au moment où on leur met le vélo entre les pattes, et qu'il attaque à la flamme, on se dit « c'est quitte ou double ». Tu veux même pas regarder. Ils ont pris soin de protèger ce qui craignait la chaleur, ils ont démonté, ils ont aspergé des chiffons, ils n'ont pas trop chauffé pour ne pas que ça se déforme trop. Souder c'est une chose, souder l'alu c'en est une autre, et souder du tube fin en alu, c'est très délicat, ce serait bien qu'on puisse remettre les autres pièces en place, que tout n'ait pas bougé, ouh la la. Ils ont fait du bon boulot, à priori, (on va voir le temps que ça va tenir), jusqu'à la retouche à la peinture, pour une bouchée de pain évidemment. On croise les doigts, ceci dit, le vélo en question n'a jamais été aussi bien « aligné » que maintenant, à croire qu'y'avait comme un défaut, des contraintes. La veille, on a pris des pentes à 80 km/h, on n'ose pas imaginer...


Voilà, on a fini par sortir de la zone montagneuse infame, mes soucis intestinaux réapparaissent, va falloir se reposer sérieusement, on a laissé des plumes depuis six semaines, Michel pas encore trop mais j'ai vraiment décollé, et trop vite, au niveau poids, ce début en fanfare en birmanie a laissé des traces, pas vraiment remise la gamine. On a tiré sur les organismes, ne nous attendent pour un bon moment que des étapes de plat, alors on devrait se refaire un peu. Au marché à Tak, il y avait un éléphanteau tout noir qui se roulait par terre, et qui ensuite cherchait quelque chose à se mettre sous la trompe... C'est comme dans certains bars, sous la table, ce ne sont pas des filles, mais des aquariums et pendant que le type sirote une bière, il se fait sucer les arpions par les poissons qui le débarrassent de ses peaux mortes !


Nouvel an, nouvel an, et Noël, vous avez passé un bon Noël ? Eh ben nous c'était moyen, à l'heure où vous vous goinfriez de toasts, de saumon fumé, de dinde, d'escargots, de bûche, ah, la bûche, le tout arrosé de champagne, nous on cherchait en vain une boite de thon et des vraies pâtes, parce qu'ici, ils ne cultivent pas de blé mais que du riz et les pâtes, ce sont donc des pâtes de riz, on n'en sort pas !


Et notre réveillon, on le passe finalement à Sukhotai, il y a un peu d'occidentaux, il y a plein de vieux temples à voir, qu'on ira voir demain.


A la prochaine ! Et à la votre ! Meilleurs voeux à tous ! Et patati et patata !

 

Janvier à l'hôpital, Mars au Sénégal !

 

Sukhothai, on en était là quand on s'est quitté, c'était nouvel An. Ancienne capitale, nous avons visité ce qu'il reste des temples, endroit très touristique. Rien à voir avec les temples dans la campagne sauvage de Bagan, ici, nous arpentons le terrain sur du gazon où pas un brin ne dépasse, sous des arbres vieux comme le monde qui nous protégent des ardents rayons du soleil. Bassins que les fleurs de lotus tapissent, vieilles pierres et briques, bancs, buvettes et marchands de glace...

 

Mais la route nous attend et nous encapons plein sud pour atteindre rapidement Ayuttahya, autre ancienne capitale du Siam, qui elle aussi regorge de temples plus ou moins en ruines. Ils sont ici disséminés au travers de la ville, qui est entièrement ceinturée par un canal, plus ou moins naturel. Les éléphants attendent patiemment le touriste afin de lui faire faire quelques centaines de mètres sur son dos, eh, c'est son gagne-bananes à ce pachyderme docile, à la mémoire aussi grande que petit est son oeil !

 

C'est une autre Thailande qui s'offre à nous depuis que nous sommes sortis des montagnes : nous sommes en Europe, les coiffures et tenues vestimentaires rivalisent d'originalité, la musique à pleins tuyaux sort de partout, le jour comme la nuit, la fête, la consommation, les petites routes jaunes qui sont en fait des voies express, pour nous aussi, on file sur la voie d'arrêt d'urgence, réservée aux deux roues. De chaque coté, juste après les pylones des inombrables fils électriques, il y a des cultures, des rizières, pas en terrasses puisque c'est totalement plat, et pas grand monde dedans à part les échassiers en tous genres. On file bon train, 100 km au moins par jour, avant que ça ne cogne trop dur, 35 degrés à l'ombre.

 

Et nous continuons notre route en tirant cette fois-ci à l'Est pour éviter Bangkok et de poursuivre plein sud vers les plages. Mais notre élan est brisé par un matin pas comme les autres, où à cause de mes soucis récurrents de santé, je ne me sens pas la force de partir. Pourtant les deux jours précédents m'avaient donné grand espoir de rémission, que nenni ! On laisse tout à l'hôtel et on se fait emmener à l'hosto de la bourgade en bagnole car faire un kilomètre à pied dans la fraicheur matinale me paraît une épreuve insurmontable. Urgences, civière. Pendant que Michel s'escrime à joindre l'assistance pour la prise en charge des frais, je me vois piquée et mesurée, testée de partout, prise de sang, tension, poul, urine, selles, et direct sous perfusion, réhydratation. Ils me gardent en observation, m'expliquant un peu plus tard que la prise de sang a révélé une infection et des parasites ou bactéries qu'il va falloir tuer. Il aura fallu arriver à passé quarante balais et être en Thailande pour me voir branchée de tuyaux. La salle d'observation contient une quarantaine de lits, séparée en quatre sous-ensembles, ça défile, c'est bruyant, les chiottes à la turque ne sont pas très pratiques quand tu dois y aller avec ton flacon de perfusion au bout du bras levé et t'accroupir, et moi, je suis valide ! Quand il n'y a plus de lit disponible, ils mettent les malades dans les allées, les infirmières ne peuvent plus passer avec les charriots. Pour la nuit les visiteurs ne s'en vont pas, certains dorment avec leur malade, se serrant dans le petit lit, et d'autres s'allongent par terre, ils mangent ici, des marchands ambulants viennent vendre leur camelote. Je comprends tout de suite mieux pourquoi les assurances ne travaillent qu'avec des hopitaux privés... Il va falloir avancer les frais de mon hospitalisation car l'établissement est public, avec un « p », comme populaire, comme pourri aussi... Les riches se font soigner ailleurs, c'est partout pareil. Nous ne serons remboursés qu'un mois après réception du dossier à Paris... Pas très cool. Pour bien faire il aurait fallu déclencher l'assistance depuis l'hotel, ils seraient venus me chercher en ambulance pour aller dans un établissement privé, on croit toujours faire au mieux, par souci d'économie, par bon sens, mais c'est tout faux. Il est impossible de dormir, même avec des boules Quiès, l'ancienne en face est un légume la journée mais se met à gueuler la nuit, c'est pénible, et à coté, la personne vomit à cinquante centimètres de ma tête, à peine plus loin, il y en a une qui chique son bétel. Une giardiase qui traine depuis un moment, je suis affaiblie, pourquoi le toubib de Chiang Mai ne m'a pas donné le bon antibio alors que je lui ai dit que ça pouvait être ce parasite ? Je suis sortie, avec un traitement à suivre, et trois jours de moins à passer sous les cocotiers en bord de mer ! Et quand t'es dans ce dortoir de 40, avec tous les bruits que peuvent émettre les malades, tous orifices confondus, t'imagines les miasmes brassés par les pauvres ventilos, et tu te demandes ce que ça doit être dans les hôpitaux birmans, laos, ou cambodgiens... Et quand de tous ces malades, y'en a pas un qui parle le même étranger que toi, ben y'a quelques moments de profonde solitude ! Ceci dit, il y a plus malheureux et plus grave, ne nous plaignons pas toujours ! Expérience inoubliable. En tout cas, les gens sont d'une gentillesse et d'une douceur exquises dans ce pays, je l'ai vu dans leur attitude avec leur malade mais aussi avec les autres, entraide, massage, pas de fausse pudeur....

 

Et pour l'info, les trois jours et deux nuits d'hosto, avec les médicaments, les analyses, bref tout, ont couté la folle somme de 68 euros, si ça peut faire réfléchir sur le montant des salaires du personnel hospitalier dans ce pays...

 

Une nuit de plus dans cette ville à l'hôtel et nous reprendrons la route pour passer la frontière cambodgienne dans trois jours.

 

A bientôt.