Frontière et delta du Mékong Passage de la frontière, pas d'entourloupe côté cambodgien. Côté vietnamien, le type qui nous fait remplir les questionnaires de santé et nous prend notre température corporelle tente, en vain, de nous soutirer un dollar chacun. Ben non. Il n'a pas insisté, nous non plus. Un peu plus loin, le type qui tamponne le passeport nous propose de changer de l'argent, je demande le taux, qu'il m'annonce si bas que j'ai failli m'esclaffer. Il y a une banque trois cents mètres plus loin. Avant chaque opération bancaire de change, je vérifie le taux sur internet. Dernier contrôle, tout va bien, nous sommes au Vietnam. L'achat des premières bouteilles d'eau donne là aussi matière à froncer les sourcils, nous n'avons pas lâché, elle nous a rendu de l'argent. Pour une première impression, c'est pas top ! Heureusement, tout a basculé ensuite, là où nous nous sommes restaurés le midi et à l'hôtel le soir, et comme ce type qui nous offre chacun une canette alu de bière sans descendre de sa moto, ni nous de nos vélos ! Va falloir faire le tri entre les bons et les méchants en tentant de ne pas se tromper !
Le delta du Mékong est la zone la plus densément peuplée de ce pays ( 18 millions d'habitants) qui compte plus de 80 millions d'habitants sur un territoire tout juste grand comme l'Italie. Autrement dit, le delta du Mékong, c'est des habitations sans discontinuité le long des axes principaux, et des grosses villes dans lesquelles rien n'est indiqué, c'est une circulation infernale surtout faite de motos qui klaxonnent en permanence, ce sont des routes trop étroites et trop bosselées. Et entre tout ça, des canaux où les bateaux circulent sans cesse, klaxonnent tout autant, petits ou gros, motorisés ou non, et des cultures. Pas un mètre carré de terrain disponible. C'est chargé. Et puis tout va vite, les gens sont pressés, ils ont des casques sur leur moto qui les fait ressembler comme deux gouttes d'eau à des Playmobils. Ils ne montrent pas d'intérêt particulier pour nos montures, c'est peut-être mieux comme ça, puisqu'ils sont si nombreux ! Alors dans cette circulation démente et débridée, nous devons rester vigilants en permanence, pas de place à la rêverie si nous ne voulons pas leur donner l'occasion de tracer nos silhouettes à la craie sur le macadam, comme il y en a tant ! Les routes sont noires de vélos et motos, heureusement qu'ils ne sont pas en auto ! Au bout de deux jours, c'en était déjà trop de ce tintamarre, de toute cette basse-cour aussi qui se met à couiner ou à piailler, à crier, à glousser sur notre passage, nous avons fui par les routes qui ne sont pas marquées sur les cartes pour nous mettre un peu au vert. Et le delta du Mékong s'est montré sous un autre angle, avec des mosaïques de vert à pleurer, des plantations de bananes, de noix de coco, d'ananas, et bien sûr, de riz. De chaque côté de la petite route surélevée d'un mètre ou deux, l'eau est à fleur de peau, et fait pousser tout ce qui est semé. Ils font, ici, trois récoltes de riz chaque année ! Et puis ils portent tous des chapeaux pointus, partout, bien coniques, sur les vélos, sur les bateaux, dans les marchés flottants ou non, dans les rizières, avec un gros noeud sous le cou pour ne pas qu'ils s'envolent parce qu'il y a des jours très ventés.
Pas de souci pour nous loger, il y a des pensions tous les kilomètres, sortes de mini-hôtels chez les habitants et depuis notre arrivée dans ce pays, chaque jour nous avons eu une invitation, un cycliste américain d'origine vietnamienne, en vacances ici, nous a offert à boire et à manger avant de nous accompagner sur la route difficile à trouver qui mène au bateau pour traverser un des quatre bras du Mékong. Alors même si une partie de la population a une attitude envers nous qui agace la moindre,(moqueurs, irrespectueux, bruyants, impolis, bourrins), d'autres sont vraiment extras. Un par un, par de grands ponts ou en bateau, nous avons traversé tous les bras du Mékong, et chacun d'eux est impressionnant, le Mékong charrie tant de limons que la terre gagne 80 mètres par an sur la mer, le delta couvre une surface de 55 000 km² soit trois fois et demie la Franche-Comté. La vie y est restée assez traditionnelle malgré l'effervescence et la densité humaine, les marchés sont toujours aussi colorés, les tenues vestimentaires inchangées, et quelques marchés flottants offrent un spectacle authentique, il faut juste se lever très tôt, à 9 h tout est remballé ! Entre ces bras principaux, tout est moitié terre et moitié eau, les habitants circulent aussi bien en bateau sur les canaux qu'en moto sous les chapeaux. Cherchant à faire une entrée dans Ho Chi Minh Ville, encore appelée ici Saïgon (et c'est plus joli et plus exotique) par autre chose que la N1 surchargée, nous sommes arrivés par le sud sans se faire trop gazer, puis avons trouvé sans trop de difficulté le centre névralgique où se pose r. C'est moins bruyant, moins surchargé que nous ne nous y attendions, bonne surprise. A l'heure qu'il est, on peut déjà vous dire qu'on a eu nos visas pour le Laos, en 30 minutes, directement au consulat. Prochain post après la visite de Saïgon, dont nous ne repartirons que vers le 17 car nous y attendons un colis de France, avec dedans un réchaud tout neuf, puisque le notre faisait l'objet d'un rappel constructeur !
A la prochaine. Un autre Vietnam.
Salut à tous,
Pas besoin de tour-opérateur quand on a un vélo pour se déplacer. Nous avons visité les villages traditionnels des ethnies minoritaires qui bordent la route, avec à chaque fois, la maison communautaire à l'architecture si élancée, si inhabituelle aussi. Pas vu l'intérieur, ces maisons ne sont ouvertes que pour les cérémonies. Nous avons eu le sentiment d'être projetés quelque part loin de tout le reste, loin du bruit et de la circulation, loin de notre siècle, loin de la société de consommation, c'était bien, reposant. Et cette petite route, blanche sur la carte, dont nous craignions l'état du revêtement (il était en fait excellent la plupart du temps) nous a bien cassé les pattes : des montagnes russes qui se succèdent à un rythme éfréné mais loin du nord de la Thaïlande, tout se passe aisément sur le vélo, tout de même ! Et là où chaque point était une ville de cent mille habitants il y a deux jours en arrière, pour le même point, nous cherchons quelques maisons disséminées dans la nature. Nous roulons tranquilles, quelques motos seulement, avec des autochtones en tenue de travail et des chargements de bois, d'outils, de matériaux, de bétail. Tout est boisé, à part le fond de minuscules vallées où se nichent des cultures inondées. C'est joli et c'est varié, derrière chaque virage un nouveau paysage. C'est trop court ! Nous arrivons en deux jours dans une large vallée très verte, puis rapidement sur la nationale 1 qui borde le litoral,.... à quinze kilomètres du littoral !
Nous avons alors poursuivi notre route vers le nord, faisant une halte à Hoi An, où on voit encore les vestiges de l'époque coloniale, avec des maisons à colonnades, des lampions chinois, un pont japonais, des marchés toujours colorés, et des bateliers qui nous font les yeux doux pour la balade au coucher du soleil sur la rivière, vietnamiens ! Nous prenons le temps de déguster les spécialités culinaires, à base de pâtes... de riz bien sûr !
Puis comme nous nous rapprochons du littoral pour de bon, le temps d'une journée nous alternons plages et passages de cols, pas très hauts, mais assez pour nous offrir de vraies jolies vues sur le rivage en contrebas. Un tunnel passe sous le principal col, à part les bus touristiques, les transporteurs de matières dangereuses ou de bestiaux et les deux roues, nous sommes seuls ! On termine la journée sur une plage déserte de la mer de Chine, vers un village de pêcheurs où on dirait qu'ils ont mis les bateaux, particulièrement esthétiques, juste pour qu'on les prenne en photo dans la brume du bord de mer. L'eau n'est pas très chaude, remuée par des courants assez violents, ce n'est pas la bonne saison pour se baigner mais ça nous va très bien pour nous détendre les guiboles. Un peu de fatigue musculaire se fait sentir après toutes ces étapes enchainées assez longues et l'eau salée nous délasse la moindre.
Encore une journée et nous sommes à Hué. Alors quand nous arrivons comme ça dans des lieux qui sont bondés de touristes, nous mangeons quelques kilomètres avant la ville, la même chose pour deux à trois fois moins cher, dans des petites gargottes bien sympathiques où ils nous versent des seilles de thé léger, à volonté, avec le repas, comme le veut la tradition mais qu'on ne retrouve jamais dans les quartiers où descendent les Occidentaux. Après avoir trouvé un hébergement en ville, Michel part à la recherche d'un soudeur alu pour reboucher une nouvelle fente sur le cadre du vélo, il revient peu de temps après, le travail est fait. Cool. Au supermarché tout proche nous faisons le plein de pâte à tartiner au chocolat noir et de confiture pour les petit-déjeuners des jours à venir et même plus, c'est qu'on n'en trouve pas partout, et nous sommes difficiles à rassasier. Nous avons pris l'habitude, quand nous faisons halte « sur la route », de nous faire à manger le soir et le matin, on fait nos courses sur les marchés rencontrés en cours de journée. Il est toujours aussi aisé de se loger, presque dans tous les villages il y a une ou plusieurs « pensions », ce sont des « mini-hotels » au confort variable mais toujours corrects. Nous n'avons pas encore utilisé la tente au Vietnam, une chambre coûte 5 dollars à la campagne et à partir de 7 dollars dans les centres touristiques. En arrivant à Hué, nous fêtons les 6000 km qu'affiche le compteur. Ca défile, nous avons rudement véloté dans ce pays. Les kilomètres ne sont pas les seuls à défiler, les jours aussi, nous ne voyons pas le temps passer, plus de cent jours déjà que nous sommes partis, et comme d'habitude, c'est si loin et si proche à la fois.
Hué est une ancienne cité impériale, traversée par la « rivière des parfums », nous visitons sous un ciel très bas, dans le crachin, les temples, appartements et dépendances des empereurs de la dynastie Nguyen. Du kitsch, des couleurs, tout ceci n'est pas très vieux, moins de deux siècles. Ca nous occupe un moment, journée de repos...
Nous ne monterons pas plus au nord dans ce pays, allons même redescendre un peu pour passer la frontière laotienne dans quelques jours, et les prochaines nouvelles viendront de ce nouveau pays, qui promet d'être enchanteur. Que du beau à venir ! Et du chaud aussi !
A bientôt. Sortie du Vietnam,
Nous quittons Hué sous la pluie, ne faisons donc pas de détour et filons tout droit vers Danang, repassons le col avec la jolie vue sur le littoral : les mégères au sommet me harcèlent de nouveau et je me retiens de leur montrer que j'ai encore de l'énergie. La météo s'arrange et nous arrivons sains et secs. Nuit suivante et nouvelle entourloupe toute vietnamienne : le prix de la chambre devient un prix par personne durant la nuit, très arrosée d'ailleurs, nous ne payons pas le surplus et partons de bonne humeur, tout contents que pour une fois, ils n'aient pas exigé qu'on leur laisse nos passeports pour la nuit !
Nous nous retrouvons assez vite sur la nationale 14, qui reprend le tracé de l'ancienne piste Ho Chi Minh, qui servait pendant la guerre à l'approvisionnement du Sud du Vietnam par le nord. Cette route serpente dans la jungle dans des terrains difficiles, les bosses s'enchainent, de plus en plus rapprochées. Comme on a de plus en plus tendance à fuir les habitants de ce pays, nous campons ! Nous profitons ainsi des bruits de la forêt en plus de celui des camions qui passent jusqu'à tard dans la soirée !
Le lendemain, en guise d'apéritif nous avons eu quelques montagnes russes, puis en entrée, plusieurs rampes, en plat du jour : un rude col qui nous a fait quitter la jungle humide et luxuriante pour un versant aride et dénudé, et en déssert, de nouveaux quelques belles rampes sous le cagnard, qui nous ont achevé les guiboles. Nous avons quitté la table sans attendre le café ni le digestif, c'en était assez !
La sortie du pays par une toute petite porte se déroule sans tentative de corruption, sans sourire non plus, on ne peut pas tout avoir. D'ailleurs juste avant la barrière, un type est venu slalomer avec sa moto entre nous deux, histoire de ne pas nous faire regretter sa patrie. Pendant qu'on présentait nos passeports, il a manqué foutre un vélo par terre, heureusement la barrière s'est fermée entre lui et nous ! On quitte ce pays un peu comme on quitte une pâture quand on a un taureau aux trousses, on se retourne juste après le passage canadien, et on regarde en disant : ouf !
Et c'est là qu'on se rend compte que plus que les paysages ou les monuments, les relations que l'on a avec les populations sont primordiales. Il ne faut certes pas faire une généralité mais le sentiment qui prime après un mois dans ce pays n'est pas des meilleurs. On était prévenu, on confirme... Vietnam par migrationsenbent
|