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Les deux Au départ, toutes les conditions étaient réunies et la voie paraissait bien tracée pour qu’on mène une existence très conventionnelle. Mais je rêvais déjà de voyages lointains, pratiquais déjà la montagne tandis que Michel passait son temps dans les livres de géographie ou d’histoire avec lui aussi, une forte envie d’aller voir de plus près. On ne pensait cependant ni l’un ni l’autre arriver un jour à se libérer assez pour pouvoir penser à un périple de plusieurs mois, autant d’années qu’on le voudra. Alors, profitant des cinq semaines de congés annuels on part ponctuellement en Afrique (Botswana, Zimbabwe, Afrique du Sud , Niger), en Amérique du Sud (Pérou, Guyane) ou du Nord (Alaska), en Europe (Danemark, Finlande, Norvège, Suède, Sicile), ou en Asie (Pakistan). Mais cinq semaines par an, c’est si peu, surtout quand en plus des voyages, il faut faire de la montagne, du ski, voir les amis et la famille, bricoler, lire, écouter de la musique, peindre. Cinq semaines c’est trop peu. Alors je change de métier et Michel d’entreprise. Des décisions sont prises en commun débouchant sur un choix de vie, à part entière. Le but : arriver à vivre décemment tout en se libérant un maximum de temps pour voyager, la Liberté. Ce sera d’abord deux mois : Nouvelle Zélande puis Asie Centrale. Mais la fièvre du voyage est une maladie qui ne se guérit pas, elle empire de jour en jour et la seule manière de ne pas en crever c’est de l’alimenter mais elle a toujours de plus en plus faim, et plus elle engloutit, plus elle grandit, plus elle a faim. . . Nous n’avons pas été plus favorisés dans la vie que la plupart des gens de notre âge (voir moins pour Michel), il y a eu toutes les années passées dans les usines, il y a eu pas mal de travail, de motivation, de persévérance et pour arriver à évoquer un tel projet et pour que la chute ne soit pas trop dure lors du (des) retour(s), ce sont sept, huit années, passées à œuvrer afin de changer de statut professionnel et de mode de vie. Ca ne se fait pas du jour au lendemain et plus on le fait tard plus on a besoin « d’assurer » les arrières comme si . . ., comme si on avait passé l’âge de l’insouciance totale. « … C’est un parcours fait de virages, de mirages, j’ai pris d’l’âge, je nage vers d’autr’ rivages, d’une vie tracée, j’s’rai pas un otage, pour apprécier demain et mettre les habitudes en cage… » Grand Corps Malade. Album Midi 20. « …Ma route est sinueuse, j’veux être l’acteur de ses tournants, C’est mon moment d’liberté, j’laiss’rai pas passer mon tour, nan !... » Grand Corps Malade. Album Midi 20.
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