Notre vallée ! Bonjour, aujourd'hui ça va être hyper sérieux mais je ne peux pas résister à l'envie de vous parler un peu d'un petit coin bien particulier du Haut Doubs. Ca me tient vraiment à coeur. La vallée du Drugeon est la seconde plus grande zone de France de marais d'altitude sur la route des oiseaux migrateurs. Cet espace abrite de nombreux habitats et espèces d'intérêt européen, eh oui ! Le site est inscrit au niveau Européen dans le réseau Natura 2000 et au niveau international dans le réseau RAMSAR (ville d'Iran où a été signée la convention, nous y passerons !). RAMSAR est l'équivalent de L'unesco mais en ce qui concerne les zones humides, 27 sites sont classés en France dont la baie du Mont Saint Michel et la Camargue . . . Notre zone, d'environ 3500 hectares est caractérisée par la présence d'importantes surfaces de marais, de tourbières, de prairies humides, de pâturages et de forêts, articulées autour de la rivière qui a donné son nom à la vallée.
Dans les années 60, le monde agricole, en accord avec les collectivités locales, désireux de "récupérer" du terrain cultivable, décide d'assécher une grande partie (2000 hectares) de cette zone, tout simplement en canalisant le Drugeon afin qu'il ne s'étale plus et en creusant des drains dans les tourbières et les marais. Les travaux sont effectués. Le linéaire du cours d'eau passe de 40 à 31 km. Quarante ans plus tard, les préoccupations d'ordre "écologique" prennent de l'importance, de plus, on se rend compte que seulement 200 hectares sur les 2000 escomptés sont réellement cultivables, le reste est en friches et n'offre aucune qualité agricole en ayant toutefois perdu toutes les qualités faunistiques et floristiques. Le lit du Drugeon, de plus en plus profond parce qu'érodé, vient affleurer les calcaires sous jacents à plusieurs endroits et s'en va en souterrain. il s'ensuit un débit très irrégulier : soit le lit est à sec, soit il y a des inondations dans les villages en aval où l'eau déboule à toute vitesse lors des crues.
Constatant avec dépit toutes ces anomalies et tous ces dysfonctionnements, conscients que la vallée est en train de perdre toute sa valeur naturelle, les collectivités locales, en accord avec le monde agricole, décident, à partir de 2000 et pendant qu'il est encore temps, de réhabiliter le cours d'eau et de remettre dans l'état d'origine ce superbe coin sauvage, cette vaste zone de tourbières et de marais. Tourbières et marais sont des milieux pas très engageants, voire repoussants, à première vue, et pourtant, ils sont tellement attirants, mystérieux, tellement riches, il faut apprendre à les découvrir, on y trouve des secrets, des trésors. Ce sont des milieux d'une importance capitale pour les réserves d'eau douce de notre planète. J'ai écrit ça avec la Moldau, le Requiem et un Adagio d'Albinoni dans les oreilles (moi qui n'écoute jamais de musique classique !) et c'était carrément beau parce que quand j'écris le mot marais, j'y suis transportée aussi sec (enfin, manière de dire !). Ah comme j'aimerais vous y emmener, vous faire partager quelques instants !
Ca vous dit quelques belles photos prises dans les marais et les tourbières ? Voir la galerie photos, point de départ. Pelleteuses et bulldozers sont entrés dans les marais et dans la vallée. Le lit originel a été redessiné, peu profond, la rivière a remodelé son propre tracé. Le niveau de la nappe phréatique est remonté de cinquante centimètres, réserve d'eau supplémentaire. L'ancien lit canalisé a été rebouché. Quand la rivière est en crue, elle s'étale dans les marais. En période d'étiage les marais redonnent l'eau à la rivière dont le débit s'en trouve beaucoup plus régulier. Fini le lit à sec, terminées les innondations dans certains villages. Dans les marais les drains ont été remblayés. Les arbres qui avaient envahi et fermé le marais ont été broyés sur place. Ces terrains sont désormais entretenus par des chevaux de race Haflinger et des vaches Highlands Cattle, très rustiques, qui se plaisent particulièrement dans ces terrains ingrats et difficiles, qui se nourrissent d'herbes rêches, de pousses d'arbres, tout sauf de la belle herbe tendre et grasse. Ces animaux nettoient, entretiennent le marais en excerçant une faible pression de paturâge, mieux qe ne le feraient n'importe quels engins sophistiqués, le tout en silence, en harmonie. Elevage très extensif ... Les drains des tourbières ont eux aussi été rebouchés. Malgré mes fréquentes visites, je n'ai pas encore réussi à explorer toute cette zone mystérieuse de tourbières. A certains endroits elle est encore bien vivante, à d'autres elle est déjà bombée. Une zone est ouverte au public, avec aménagement de cheminement en caille-bottis et panneaux explicatifs, accessible aux personnes handicapées. Je passerai sur toutes les opérations mises en place et menées à bien en accord avec les agriculteurs, plan d'épandage, fauches tardives etc ... Certaines espèces animales n'avaient pas été vues depuis plusieurs décénnies. Elles repeuplent les milieux. Certaines fleurs sont d'intérêt européen. La vallée est devenue un exemple de réhabilitation de renomée internationale et de nombreux scientifiques viennent la visiter. Dans les herbes haut es, dans les gouilles, dans les méandres tranquilles, au milieu des sphaignes, des joncs, des mousses et des myrtilles, des carex ou des laîches, des bouleaux ou des pins à crochets, se cachent une multitude de trésors, une richesse inestimable, des vies par millions. Tant d'écosystèmes sur finalement une petite surface ! L'homme est capable, s'il s'en donne les moyens, d'accomplir de belles choses, loin des préoccupations de consommation et de paraître. Si certains d'entre vous sont intèressés pour plus d'infos, n'hésitez pas à nous contacter, nous nous ferons un plaisir de vous répondre. Je profite de cette mise à jour pour signaler, dans la galerie photos, "point de départ", l'ajout de belles images du Haut Doubs en direct. Si avec tout ça vous n'avez pas envie de venir ... Chao chao
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