De Culoz à Saint Egrèves, fin du Jura et Ouest Chartreuse.

 

J'en étais restée à Culoz, souvent considérée comme l'extrémité sud du massif jurassien. Hors, les monts qui se dressent devant moi par delà la plaine sont bien issus de la même dynamique géologique. Après avoir traversé les marais de Lavours dans lesquels j'aurais bien aimé pouvoir photographier la petite nymphe au corps de feu (mais elle bougeait tout le temps) et m'être esquinté les pieds sur une étape plate de macadam par 29 degrés à l'ombre, je suis récupérée et bichonnée par Christine et Bernard. Mes pieds sont bien gonflés et Christine est kiné, elle me remet sur pied c'est le cas de le dire, à force de drainage lymphatique et autres tortures, ahah ! Je passe une journée pluvieuse à me faire dorloter, et ma foi, outre le plaisir que j'ai eu à revoir ces amis, ce repos a fait du bien, surtout avec ce qu'il est tombé. Ils me posent là où ils m'ont trouvée et me voici repartie. La Dent du Chat domine le lac du Bourget. Il y a foule, c'est invivable, embouteillages dans les échelles et passages câblés, drônes et chiwouawoua, tout y est ! L'Epine et le Mont Grêle sont plus calmes et ce n'est qu'une fois descendue à Saint Thibault de Couz que je peux me considérer comme étant sortie du Jura. Quand même, quel beau et grand massif ! Mais non, je ne suis pas chauvine. 

 

Bien, la Chartreuse. J'ai prévu d'y passer deux fois, la première en descendant, la seconde en remontant vers les Bauges depuis le Vercors. Donc, à la descente, je reste sur la partie Ouest du massif. Je commence par gravir le Mont Outhéran d'où la vue sur le massif entier donne une idée de ce qui m'attend pour les prochains jours. Les sommets sont bien distincts et séparés les uns des autres, avec des vallées bien profondes où il faudra descendre à chaque fois. Les villages sont lovés au fond de ces vallées, pas bien gros et accessibles on se demande comment. Bien, la descente du mont Outhéran nécessite un peu de désescalade, avec le sac de 18 kg et les bâtons à la main, je ne fais pas la maligne. Le lendemain, idem pour descendre de la roche Veynard vers Saint Pierre d'entremont. Bon, c'est plus escarpé que dans le Jura. À noter une nuit entre un Petit et un Grand Som, et une autre juste sous le Charmant Som. Entre temps j'ai traversé les Guiers, mort et vif, et suis passée à la Grande Chartreuse, cherchant en vain à entrer dans l'enceinte pour découvrir le secret de fabrication d'un certain breuvage dont la réputation n'est plus à faire. 

À noter aussi un bout en stop de 3 km sur macadam pour choper in extremis l'épicerie avant la fermeture de mi journée qui dure 3 heures… à Saint Pierre de Chartreuse. À l'alpage du Charmant Som, je retombe dans ce que j'aime, la foule. Et pour satisfaire cette foule une vache seule, oui seule, un magnifique spécimen a été monté là. Elle se tient immobile sur ses 4 pattes dans son minuscule enclos, les yeux tournés vers la chaîne enneigée de Belledone, dans le seul but de se faire prendre en photo. Rrrooo, c'est beau, mais qu'est ce que c'est débile. J'avais eu l'intention de camper dans les parages, j'ai pris de l'eau à la source et j'ai foutu le camp plus loin. Et puis en Chartreuse j'ai croisé des moines, et ce n'était pas des Chartreux, parce qu'autant d'abbayes, autant d'ordres. Et ceux-ci étaient des frères de Bethléem mais il y a apussi des soeurs, 25, et 15 moines. Grosse communauté juste en dessous du belvédère de None qui donne sur le Bugey. J'ai terminé cette première partie de Chartreuse par l'ascension de la Grande Sure, ils ont de ces noms ici ! Et à côté il y a les Bannettes, j'ai dormi entre les 2, un bivouac à 1800 m avec des moufflons pour voisins et un beau coucher de soleil sur les Grandes Alpes.

 

J'ai pris mon rythme de croisière. Je me limite à 20-25 km par jour, entre 1200 et 1700 m de positif. Avec mon chargement c'est pas mal, mais je suis à l'aise, ça me laisse beaucoup de temps à côté pour ne pas faire grand chose. Prendre les fleurs en photo, lire, entre autres. Les vaches ici non plus ne sont pas encore montées aux alpages, pas de confrontation avec les patous. Comme dans le Jura j'ai dû être particulièrement vigilante pour l'eau. Massif calcaire, sécheresse, les sources sont rares et parfois taries. En prévoyant un peu j'ai toujours pu faire mais j'ai aussi et surtout toujours de quoi grignoter sans avoir besoin d'eau et de cuire. Ceci dit, j'alterne purée bouillon cube légumes déshydratés avec polenta concentré de tomates. J'ai découvert un massif petit mais très joli, densément boisé sous les sommets, et qui offre plein de fromages à goûter. J'ai été étonnée par l'affluence humaine sur les sommets, même en semaine…

 

Cette partie Ouest de Chartreuse fut belle et la météo plus que complaisante, pas vu un nuage, températures parfaites, petit vent frais tous les jours. J'ai bien le temps d'avoir trop chaud. 

 

En ce samedi 30 mai, je vais descendre bien bas pour passer l'Isère et remonter en face et visiter le Vercors...

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Les sentiers du sud du Jura.

 

Comme annoncé il y a environ un mois me voici donc lancée sur les sentiers des massifs montagneux français . Lancée à faible vitesse , certes , car chargée de mon toujours trop lourd sac à dos , je pourrais craindre de me faire dépasser par les tortues .

 

Samedi 16 mai 2020 , six mois exactement après être rentrée de mon long voyage de 7 mois en Europe à vélo, je ferme le gaz , le jus , l'eau et la porte. J'ai l'habitude des départs . Je reste en france , je ne serai jamais très loin mais dans ma tête c'est bien un grand et long voyage que j'entame. Deux vaillants septuagénaires m'accompagnent les deux premiers jours, mes parents. Il y a des ajustements encore à faire , dans le choix des souliers (ce sera chose faite le premier jour) et dans les réglages du sac (première semaine). La météo est annoncée belle . 

 

Deux heures après être partie , je suis sur les crêtes , sur le premier pli du Jura , celui qui domine directement le Léman . Cette crête je l'ai suivie du Mont Sala au-dessus de mon village jusqu'à l'extrémité sud du massif , juste avant Chambéry. Les principaux sommets en sont : le Mt Sala, le Noirmont, la Dole, le Montrond, le Colomby de Gex, le Crêt de la Neige, le Reculet, le Grand Crêt d'Eau. Ensuite il faut descendre profondément pour passer la Semine et la Valserine , deux rivières aux eaux d'une limpidité phénoménale , et remonter en face sur le plateau du Retord , que j'ai traversé dans sa longueur jusqu'au Grand Colombier . Bugey, je suis dans l'Ain depuis un moment. Plateau du Retord, terre de maquis et de résistants. J'ai fait le détour par la chapelle du même nom et l'ancienne Chartreuse. Du Grand Colombier, envahi en ce jeudi de l'ascention par les motards et les bruyants pique-niqueurs citadins, la vue est impressionnante sur le Rhône, le canal de dérivation et le lac du Bourget. Les Alpes en arrière-plan. Puis c'est la dégringolade vers Culoz. La Dent du Chat est étrangement rarement considérée comme jurassienne alors que géologiquement parlant elle fait pourtant bien partie de l'arc . 

 

Durant cette première semaine , les seuls nuages que j'aie vus étaient sur les Alpes , la bise a soufflé fort et m'a parfois fait vaciller . Si l'herbe est trop rase encore pour permettre aux vaches de monter dans les alpages, en bas ils ont déjà fait une première fauche . Tout l'étagement en 1000 m , en deux heures. Des bourgeons parfois tout juste éclos aux anthyllides vulnéraires presque fanées par endroits. C'est qu'il fait déjà chaud et sec depuis un moment cette année. Les sources indiquées sur ma carte sont parfois déjà taries, 18 mai, ça fait peur pour la suite. J'ai campé, j'ai trouvé des cabanes, j'ai partagé un succulent barbecue avec deux familles montées à la fraîche voir les étoiles et le type "spécial" de Culoz, habitant de Romagneux, qui a tout le monde à dos ici, m'a offert son histoire à la fois trucculente, triste, belle, ainsi qu'une bière fraîche et un coin paradisiaque pour installer ma tente avec vue sur le lac du Bourget et les cimes des Bauges.

J'ai toujours pu, non sans une sacrée chance parfois, trouver de l'eau en quantité suffisante. C'est que sur ces massifs calcaires karstiques à mort, à courir sur les crêtes sans jamais descendre sur les flancs, les points d'eau sont rares. Et précieux. Les alpages n'étant pas encore occupés, mes rencontres furent rares mais toujours sympathiques.

 

Culoz, c'est la fin, ou le départ, en tout cas l'extrémité de la GTJ, la Grande Traversée du Jura. Je suis dans le voyage, les habitudes sont vite reprises. Mon sac est trop lourd mais je ne vois pas quoi ôter. Mes pieds sont en bon état, j'y veille, et mes genoux ne couinent presque plus. Je vais tranquille, entre 20 et 25 km chaque jour, les bâtons me sont précieux.

Je n'avais jamais suivi la crête du Jura vers le sud au delà du Reculet, j'ai été assez époustouflée, j'y étais seule et c'était bien...

N'ayant que l'écran de mon smartphone pour le choix des photos, la mise en page, taille des photos etc, veuillez svp me signaler les anomalies. Merci.

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Annonce printanière 2020

Bonjour,

Comme tout le monde depuis plus d'un mois maintenant je suis confinée chez moi et cela n'a fait qu'accélérer l'émergence de projets. Certes, j'ai dû abandonner ceux initialement prévus, comme par exemple celui de me rendre en avion jusqu'à prudhoe bay sur l'océan glacial Arctique tout au nord de l'Alaska et de descendre ensuite à vélo par les Rocheuses puis par la côte ouest jusqu'à San Diego au sud des États-Unis.

Dès le 15 mars, voyant dans quelle situation nous allions être pour les semaines qui suivraient, j'avais changé mon fusil d'épaule. Je me suis dit qu'il serait peut-être plus judicieux cette année de rester en France. Effectivement, l'avenir ne m'a pas donné tort puisqu' il se pourrait que les frontières soient fermées tout l'été.

C'est donc l'occasion rêvée pour réaliser ce qui me tient à cœur depuis plusieurs années : sillonner à pied et en profondeur les massifs montagneux français que je ne connais que trop peu. Partir à pied de chez moi et tracer mon chemin en suivant si possible les pointillés (je ne referai pas les chemins noirs de Sylvain Tesson), voire rien, couper à travers comme j'aime le dire (et le faire). M'éloigner autant que possible des sentiers de grande randonnée qui seront peut-être bondés. Tenter au mieux de me noyer dans la nature profonde, de passer inaperçue, et d'aller causer du pays avec les gens qui peuplent ces régions que j'aimerais merveilleuses, qui y travaillent et qui les aiment, en tâchant de ne pas me faire happer par les lieux trop touristiques.

Les massifs où je compte passer quelques temps sont entre autres l'extrême sud du Jura, les Bauges, les Aravis, Belledonne, la Chartreuse, les Grandes Rousses, le Taillefer, le Vercors, le Dévoluy, le Diois, Bochaine, les Baronnies et plus au sud encore si j'en ai le temps, le Luberon, les Maures, les calanques. Je ne connais pas non plus le Massif Central, qui est vaste, ce sont donc des milliers de kilomètres qui peuvent se profiler devant mes chaussures. Pyrénées et Corse me sont également totalement inconnues. Je suis en train de définir un itinéraire grossier, qui sera inévitablement amené à évoluer en cours de route, en fonction de mes envies, des opportunités, de ma forme et ma motivation, de la météo aussi.

Côté modalités je l'ai déjà dit, je compte partir depuis chez moi à pied avec mon sac sur le dos. Mon mode d'hébergement sera le plus simple possible, c'est-à-dire la tente, le bivouac sauvage, les abris sommaires,  les granges en ruine et occasionnellement un hébergement si le besoin s'en fait sentir, si possible au contact des habitants. Je me laverai à l'eau des rivières et des ruisseaux, cuisinerai à celle des sources, me baignerai dans les lacs quand ce sera possible et m'approvisionnerai dans les magasins et épiceries que je trouverai sur mon chemin. Tout ça, c est ce que je souhaitetais vivre... Bref, cette année je ne serai pas cyclonaute mais vagabonde.

Mes affaires sont déjà quasiment toutes prêtes, mon sac à dos n'est pas bouclé mais pas loin. Dès que ce confinement sera terminé et que je pourrai donc compléter ma préparation je le ferai et partirai très rapidement ensuite, ce qui signifie avant fin mai je l'espère.

La durée de ce projet n'est pas vraiment déterminée à l'heure qu'il est mais j'aimerais pouvoir partir jusqu'à mi-novembre si la météo veut bien être clémente jusque-là et descendre au fur à mesure de plus en plus vers le sud.

Le but, s'il en est un, de cette excursion, ne sera pas de cumuler des kilomètres au compteur mais de prendre le temps, de prendre des photos, et de goûter vraiment aux joies de vivre dans la nature, loin des voitures, du bruit, de l'effervescence humaine. Traverser et sillonner toutes ces régions pour tenter d'en comprendre les différences et les subtilités, les nuances. 

Ce post est le premier que je fais totalement avec seulement mon téléphone. En effet par souci d'allègement, je ne prendrai pas d'autres outils informatiques sauf un appareil photo. Et une liseuse... Je me suis donc habituée à procéder par reconnaissance vocale pour la prise de notes et l'écriture des articles, également à naviguer à l'aide des applications qui sont très bien faites comme Iphigénie par exemple pour la France, transférer les photos depuis mon appareil jusque sur des clés USB et mon téléphone sans multiplier le matériel, bref à utiliser la technologie qui est aujourd'hui accessible pour ménager mon dos, mes pieds et mes genoux.

Voilà je crois que les grandes lignes sont dites, et maintenant il ne reste plus qu'à attendre d'avoir purgé la fin de notre peine pour pouvoir remettre le nez dehors et partir.