Du Diois au Vercors, encore.

 

Que s'est-il passé depuis Sainte Croix dans le Diois ? Je suis descendue à Die sous un crachin malsain en longeant plus ou moins la Drôme et me suis enfilée direct dans un magasin de sport pour y acheter une nouvelle paire de souliers car les miens, pourtant quasi neufs, prennent décidément trop l'eau. Quatre pas dans la rosée et j'ai les pieds trempés jusqu'au soir, gros inconfort et risque de plaie aggravé. Je ressors avec des Meindl aux pieds. Visite express de Die sous les nuages. Le crachin a cessé, c'est déjà ça. Macadam jusqu'à l'abbaye de Valcroissant puis chemin jusqu'à Laval d'Aix où je suis attendue par Andjali et Camille. Bergers sur la montagne de Glandasse, ils sont en plein préparatifs, les brebis arriveront le 21 du sud de la France par camions. La dépose en hélico de tout le nécessaire pour les deux mois s'est mal passée, une sangle a cassé et les 700 kg de nourriture et autres se sont écrasés par terre. Trouver l'impact, nettoyer au maximum, et tout refaire. À l'alpage de Chatillons et Laval d'Aix, ils accueillent 1700 moutons venant de 2 éleveurs différents. Ces derniers fournissent également 12 chiens de protection (patous), et le berger monte avec son chien de travail, un border. Camille et Andjali sont aussi de grands voyageurs à vélo qui ont traversé l'Asie… La discussion va bon train autour du succulent repas.

 

Le lendemain je quitte la maraude aux cerises, les champs de lavande et les vignes pour retourner en altitude. Je quitte le Diois et retrouve le Vercors. La montée est rapide jusqu'à la montagne de Glandasse à plus de 1800 m. Je me pose une première nuit à la cabane de Chatillons. Et attends le soleil… Je viens d'entrer dans la réserve.

 

La réserve naturelle des Hauts Plateaux du Vercors, la plus grande de France métropolitaine, fait 17 000 hectares. Espace préservé, désert, secret et sauvage. C'est un territoire inhabité mais toujours exploité par l'homme. Des alpages, des moutons, des bergers, 11 bergeries pour 16 000 moutons sur la réserve. Dureté du climat, absence d'eau, difficulté d'accès. Cependant on y trouve des sites archéologiques témoignant de la présence de chasseurs nomades, on y voit des carrières romaines qui fournissaient la ville de Die. Fours à poix, extraction de minerais, charbonniers, exploitation forestière…

 

Le matin du jour suivant, le brouillard a disparu mais le soleil est bien timide. Au moins ai-je la visibilité. Une petite boucle sur l'alpage avant de partir m'offre de superbes vues sur le cirque d'Archiane que j'ai juste sous les yeux. Je passe par quelques sommets desquels je vois Die, la Drôme, et tout le Diois avant de descendre et remonter vers la cabane de Chaumailloux et sa vue sur le Mont Aiguille. Cette cabane occupe un petit coin de paradis ; un vert pâturage, la bergerie un peu plus bas, un minuscule plan d'eau, assez rare pour être noté, un monument et des tombes de résistants, l'entrée étroite d'une grotte qui donne ensuite accès, paraît-il, à une rivière souterraine, la vue sur le Grand Veymont et le Mont Aiguille juste en face. Des marmottes jouent autour du refuge et aujourd'hui j'ai vu des bouquetins, des chamois, un chevreuil… Et j'aimerais un peu plus de soleil à la place des averses.

 

J'ai ensuite fait une boucle à la journée, profitant d'éclaircies entre les nuages épais qui parfois crèvent et m'arrosent. Tête Chevaliere, belle vue sur le Mont Aiguille, rayon de soleil et bouquetin. Puis après avoir rejoint la Croix de Lautaret, je suis descendue dans le Jardin du Roi. Je n'y ai vu ni Brigitte ni Manu, la bergerie était peut-être trop spartiate, à moins que ce soit la vaisselle qui ne convienne pas. Beaucoup de hors sentier pour cette journée en boucle avec un sac léger. Je dors dans la même cabane mais si la veille j'y étais seule, nous sommes maintenant 12. 

 

Le lendemain, la météo est annoncée pluvieuse dès la mi-journée, je pars tôt pour me rendre à la cabane des Aiguillettes par les rochers du Parquet, y laisser mon sac et gravir le Grand Veymont, point culminant du massif, en aller retour et sans sac. Mais la pluie s'est invitée beaucoup trop tôt et j'arrive bien mouillée aux Aiguillettes où je passerai la journée. C'est une cabane minuscule et bien sommaire mais je suis à l'abri des intempéries. Dans la soirée la pluie cesse et je monte au Grand Veymont après souper. Le sommet restera cependant dans les nuages à partir de 2200 m. 

 

Le dimanche est annoncé beau mais c'est encore du crachin au réveil. J'attends. Le soleil se pointe vers 10 h 30. Je pars à 11 h en direction de la plaine de la Queyrie et ses anciennes carrières romaines. Un peu plus tard je pose mon sac à la cabane de Pré Perret et fais l'aller retour à vide jusqu'aux rochers de Plautrel. Les nuages menaçants sont déjà de retour… je reste à la cabane jusqu'à ce qu'une équipe de vrais beaufs débarque. Il y a déjà beaucoup de monde. À 20 heures je recharge tout et m'en vais camper. Et là je vois le Grand Veymont complètement dégagé, je suis verte, il est trop tard pour y monter ce soir, je suis trop loin, je mets le réveil à 5 h 30. 

 

Driiiing ! Coup d'oeil dehors, cool, c'est dégagé, je remballe ma tente trempée, ne déjeune pas et file au sommet, pour arriver... 15 minutes après les nuages. Après deux heures d'attente dans le froid et le vent, d'une éclaircie qui ne viendra jamais, je continue mon chemin… J'ai mal joué hier et du coup, ai laissé passer le seul créneau météo qui m'aurait permis la vue. Il faudra revenir ! Par le GR, je rejoins la cabane de Carrette puis Corrençon en Vercors où je suis cueillie par Annick et emmenée jusqu'à Villard de Lans chez elle et ses fils Thibaut et Yoël. Je profite d'un voyage chez Expé pour acheter un nouveau réchaud, en ayant marre de me battre une heure tous les 2 jours avec le mien, les démontages et nettoyages s'avérant inefficaces. À Villard de Lans, où la station de ski est maintenant propriété de Tony Parker le basketteur, j'attends le soleil bien au chaud et au sec, bien décidée à ne pas quitter ce massif sans avoir vu sa muraille Est dans de bonnes conditions.

 

Avec Annick nous faisons une belle boucle par le Col Vert, balcon Est et Pierre Virari avant de redescendre et aujourd'hui je suis allée en boucle également visiter les scialets, les gouffres, les grottes dans le secteur d Herbouilly.

 

Comme vous l'aurez compris, la météo bien capricieuse et aléatoire a totalement conditionné mon avancée et mes détours sur le Vercors. J'ai tourné, traîné, visité beaucoup d'endroits dans le seul but d'attendre des jours meilleurs et des vues bien dégagées. Et je suis têtue, comme tout le monde le sait. Ceci dit, je n'ai vraiment aucun regret car cela m'a permis une belle immersion dans ce massif qui donne envie de revenir. Mon sac était prêt pour partir ce matin et continuer par les crêtes mais ce fut un faux départ, ce sera pour demain…

 

Je vais repartir un peu vers le sud, une journée, avant de filer vers le Nord. Annick m'accompagnera un bout demain matin et des amis viendront me rejoindre pour le bivouac de samedi soir. 

 

Les prochaines nouvelles viendront peut-être des Bauges...

 

 

De l'Isère à la Drôme...

 

Une fois passée l'Isère au niveau du Carrefour de St Égrèves, je longe la rivière quelques kilomètres jusqu'à Sassenage où j'oblique vers le château. Les cuves de Sassenage (grottes) sont fermées et la visite est donc vite faite. Je remonte le Furon où des adeptes du canyoning assurent le spectacle. Foule. Un peu plus haut un mémorial me colle dans le crâne le "Maquis, maquisard" de No One is Innocent. Je plante mon bivouac à proximité du barrage d'Engins. Le lendemain je monte sur le plateau par la Molière, Plénouze, le plateau Sornin, karstique plein de lapiaz de ouf et où se trouve d'ailleurs le gouffre Berger, bien connu des spéléologues. Puis je suis toute la falaise nord du massif qui me met les jambes en compote. Les vues du haut des murailles impressionnantes sur la Chartreuse et plus encore, sur le Bugey, ou Grenoble, sont superbes. Les nuages accrochent encore et toujours la chaîne de Belledonne. La Sure, la Buffe, le Bec de l'Orient, … on m'a vue dans le Vercors mais je n'ai pas sauté à l'élastique. Je tourne autour d'Autrans sans jamais y passer. C'est dimanche, je passe inaperçue entre les pintades qui gloussent, les mecs qui braillent, les gosses qui chialent et les chiens qui aboient. Mais pourquoi y a t-il des routes qui montent jusqu'en haut des montagnes ? Pour le soir j'ai avisé une cabane, fait mon plein d'eau à une source 1,5 km avant mais la cabane de Nave est occupée par une famille avec 4 gosses qui font griller des shamallows sur le feu de bois. J'aurais pu rester mais la nuit s'annonçant calme et sèche, j'ai pris mes jambes à mon cou et suis allée installer ma toile un peu plus loin au plus profond de la forêt. Sauvage ! Puis je suis passée par le canyon des Écouges et j'ai compris pourquoi un tunnel, même étroit et non éclairé, a remplacé l'ancienne route littéralement accrochée à la paroi, pendue au dessus du vide. La montée du col du Neurre m'a pris un peu plus de temps bien que ce soit une des montées les plus raides que j'aie jamais faite sur piste forestière : un mur de 400 m de dénivelé. De là, hop, pas du Follet qui domine Malleval et me voici de nouveau sur le plateau. La météo annoncée orageuse a l'air de se maintenir, je poursuis. Un petit détour par La Lunette et me voici au Faz. Et je suis vraiment sur le côté forestier du massif, les prairies sont rares, les hauts plateaux de l'autre côté du massif. il me faut arriver au Morel pour que le paysage s'ouvre un peu. Des cultures céréalières et du fromage de brebis. Je campe dans un gros buisson avant Serre Cocu que je gravirai le lendemain. D'ailleurs au Serre Cocu, il y a un gîte d'étape, occasionnel est-il marqué, avec une vue de dingue, il se nomme l'Amer… à Serre Cocu ! 

 

Descente sur Pont en Royans, son pont, ses maisons suspendues au dessus de la Bourne, ses ruelles en escaliers. Joli village. L'unique épicier pratique dans sa minuscule échoppe des prix que tje qualifierais de déraisonnables. Mais je n'ai pas le choix, même si c'est indécent. Passée la Bourne et ses pittoresques gorges, je remonte sur le plateau par le Pas des Voûtes. Rien de difficile mais l'attention est nécessaire, parcours sur des vires, sous des voûtes, c'est magnifique. Je ne vois personne, il fait beau sur la Petite Cornouze. Le soleil éclaire le lac et les falaises de Chorange. Après un passage aux baraques en Vercors devant le mémorial des Grands Goulets et une longue discussion avec un type d'ici, je vais planter ma tente à proximité du belvédère des rochers d'Echevis. Le lendemain je grimpe jusqu'à Révoulat avant de rejoindre La Chapelle en Vercors. La météo annoncée n'incite qu'à une chose : me trouver un abri pour les 2 jours qui viennent. Ce sera chose faite grâce au réseau Warm Shower. Je me retrouve logée en écolodge chez Bernard et Annette, Noé, Charlène et les enfants. Marionnettistes, accueil de chantiers de jeunes internationaux, éveil à la nature, gîte en habitat naturel (yourte, tipi, écolodge), radio, voyages en tandem debout/ couché fait maison, vie dans un bus aménagé pour certains, chapiteau pour les spectacles, bric et broc… des gens formidables qui me laisseront leur maison entre Vassieux et la falaise qui tombe de 1400 m vers le Diois alors qu'ils partent pour 4 jours faire du kite surf à Gruissant avec la carabane. La carabane ? Un arrière de C15 ou dans le genre, coupé, bricolé, personnalisé, monté sur un châssis remorque qui sert à la fois de remorque pendant le voyage et de cabane pour les enfants le reste du temps. Une heure avant de partir le poste à souder chauffait encore et la carabane était les deux fers en l'air… Un bonheur que d'être avec ces gens, pas de chichis, top. 

 

Ce sud du Vercors, La Chapelle, Vassieux, me fait dire pour la première fois que c'est un endroit où je vivrais volontiers. Marché très sympa, il y a un truc, des barbus, des chevelus, des sourires. Je reste 3 nuits. Un jour de repos pour cause de pluie incessante et un autre pour une rando en boucle sans mon gros sac par temps humide. Mais c'est beau quand même avec les brumes qui vont et viennent, comme dans le Jura. J'ai tout de même eu la vue sur le Diois depuis le But de l'Aiglette.

 

Le Vercors est une île, un rocher de 60 km de long, et 30 de large, posé sur le reste du monde. Une île que se partagent les départements de l'Isère au nord et de la Drôme au sud. Juché sur de hautes murailles qui le délimitent entièrement, on y trouve des villages, petits, des forêts, grandes, des stèles, trop nombreuses, de maquisards tombés aux mains de l'ennemi, des "buts" et des "pas", des "scialets" et des "jasses", comprendre respectivement des sommets, des passages de sentiers dans la falaise, des trous, failles et gouffres dans le calcaire et des bergeries, mais aussi des gorges profondes, des routes accrochées dans le vide, des brumes, des vents... Mais à cette latitude les forêts sont feuillues, parfois mixtes. J'ai traversé des bois entiers de buis où le sentier étroit frayait son passage entre l'arbuste victime de la pyrale et les grappes jaunes et odorantes des cytises en fleurs. 

 

À part les plateaux, le froid, la faible densité humaine et la pratique du ski de fond comme sport national, je vois dans le Vercors d'autres similitudes avec le Jura : le karst encore, le peu d'eau sur les hauteurs et surtout, surtout l'utilisation du fer à repasser uniquement pour farter les skis.

 

De Vassieux, je suis montée à Fond D'Urle par le col de La Chau. Au passage j'ai vu les carcasses de planeurs avec lesquels les 600 Allemands ont été débarqués sur le plateau, rayant de la carte derrière leur passage les 2 villages de La Chapelle et Vassieux. Nécropole, musée, mémorial… Fond d'Urle et Ambel sont 2 grands plateaux de pâturages estivaux qui se terminent au sud par des hautes falaises qui plongent sur le Diois. L'extrémité de l'île… C'est très beau. Les moutons ne sont toujours pas montés et il est vrai que l'herbe est encore bien rase. Pas beaucoup d'humains non plus malgré le fait qu'on soit samedi, ils ont tous foutu le camp en ce premier week end où il est possible de nouveau d'aller à plus de 100 km de chez soi. Par contre le refuge visé ( propriété du département) est fermé et le garde à cheval, après une brève discussion m'indique une bergerie ouverte. C'est que la pluie est toujours annoncée pour la nuit et la journée du lendemain. Il y a un autre refuge à 20 mn, mais il est au bord de la route au niveau du parking et nous sommes samedi soir… et il s'avérera lui aussi fermé. Je trouve une botte de foin pour mettre sous ma bâche et ma tente.

 

Le lendemain est d'abord pluvieux, venteux, puis brumeux. Col de la Bataille, l'Echaillon, je plonge sur Leoncel et son abbaye puis me dirige vers les gorges d'Omblèze, la cascade de la Pissoire puis un peu plus loin la chute de la Druise. Je suis dans le Diois. Des noyers, des chênes et autres feuillus, des odeurs différentes, des tuiles "canal", des maisons en pierres, des minuscules hameaux perdus dans la campagne, à moitié morts. Les sentes ne sont pas balisées, et je joue parfois à pile ou face sur le fait que j'en trouverai une pour aller d'ici à là, pariant sur le fait que ces passages qui reliaient une vallée à l'autre par la montagne doivent peut-être encore être visibles sur le terrain. Et ça marche, j'ai les fleurs jaunes des genêts qui me chatouillent les aisselles mais ça passe. Et je descends toujours quand au détour d'un virage me sautent soudain dans les pupilles à la fois la Drôme aux eaux turquoises et les vignes qui font la clairette. De Die. 

 

Je suis à Sainte Croix, minuscule village tout en pierre, avec une magnifique ancienne abbaye. Un stage de constructions écologiques s'y déroule et je trouve à me loger chez Simone. Elle me met à dispo pour une nuit un appartement qu'habituellement elle loue. J'en profite pour faire une lessive avant l'arrivée de la pluie, recharger mes batteries, prendre une vraie douche. Merci Simone pour ton hospitalité.

 

Je suis à 7 km de Die. Et je remonte ensuite sur les hauts plateaux du Vercors...

 

Retrouvez des photos du Vercors (première partie) et du Diois dans la galerie et pardonnez moi le fait qu'elles soient dans le désordre, je ne parviens pas à régler le soucis. 

 

De Culoz à Saint Egrèves, fin du Jura et Ouest Chartreuse.

 

J'en étais restée à Culoz, souvent considérée comme l'extrémité sud du massif jurassien. Hors, les monts qui se dressent devant moi par delà la plaine sont bien issus de la même dynamique géologique. Après avoir traversé les marais de Lavours dans lesquels j'aurais bien aimé pouvoir photographier la petite nymphe au corps de feu (mais elle bougeait tout le temps) et m'être esquinté les pieds sur une étape plate de macadam par 29 degrés à l'ombre, je suis récupérée et bichonnée par Christine et Bernard. Mes pieds sont bien gonflés et Christine est kiné, elle me remet sur pied c'est le cas de le dire, à force de drainage lymphatique et autres tortures, ahah ! Je passe une journée pluvieuse à me faire dorloter, et ma foi, outre le plaisir que j'ai eu à revoir ces amis, ce repos a fait du bien, surtout avec ce qu'il est tombé. Ils me posent là où ils m'ont trouvée et me voici repartie. La Dent du Chat domine le lac du Bourget. Il y a foule, c'est invivable, embouteillages dans les échelles et passages câblés, drônes et chiwouawoua, tout y est ! L'Epine et le Mont Grêle sont plus calmes et ce n'est qu'une fois descendue à Saint Thibault de Couz que je peux me considérer comme étant sortie du Jura. Quand même, quel beau et grand massif ! Mais non, je ne suis pas chauvine. 

 

Bien, la Chartreuse. J'ai prévu d'y passer deux fois, la première en descendant, la seconde en remontant vers les Bauges depuis le Vercors. Donc, à la descente, je reste sur la partie Ouest du massif. Je commence par gravir le Mont Outhéran d'où la vue sur le massif entier donne une idée de ce qui m'attend pour les prochains jours. Les sommets sont bien distincts et séparés les uns des autres, avec des vallées bien profondes où il faudra descendre à chaque fois. Les villages sont lovés au fond de ces vallées, pas bien gros et accessibles on se demande comment. Bien, la descente du mont Outhéran nécessite un peu de désescalade, avec le sac de 18 kg et les bâtons à la main, je ne fais pas la maligne. Le lendemain, idem pour descendre de la roche Veynard vers Saint Pierre d'entremont. Bon, c'est plus escarpé que dans le Jura. À noter une nuit entre un Petit et un Grand Som, et une autre juste sous le Charmant Som. Entre temps j'ai traversé les Guiers, mort et vif, et suis passée à la Grande Chartreuse, cherchant en vain à entrer dans l'enceinte pour découvrir le secret de fabrication d'un certain breuvage dont la réputation n'est plus à faire. 

À noter aussi un bout en stop de 3 km sur macadam pour choper in extremis l'épicerie avant la fermeture de mi journée qui dure 3 heures… à Saint Pierre de Chartreuse. À l'alpage du Charmant Som, je retombe dans ce que j'aime, la foule. Et pour satisfaire cette foule une vache seule, oui seule, un magnifique spécimen a été monté là. Elle se tient immobile sur ses 4 pattes dans son minuscule enclos, les yeux tournés vers la chaîne enneigée de Belledone, dans le seul but de se faire prendre en photo. Rrrooo, c'est beau, mais qu'est ce que c'est débile. J'avais eu l'intention de camper dans les parages, j'ai pris de l'eau à la source et j'ai foutu le camp plus loin. Et puis en Chartreuse j'ai croisé des moines, et ce n'était pas des Chartreux, parce qu'autant d'abbayes, autant d'ordres. Et ceux-ci étaient des frères de Bethléem mais il y a apussi des soeurs, 25, et 15 moines. Grosse communauté juste en dessous du belvédère de None qui donne sur le Bugey. J'ai terminé cette première partie de Chartreuse par l'ascension de la Grande Sure, ils ont de ces noms ici ! Et à côté il y a les Bannettes, j'ai dormi entre les 2, un bivouac à 1800 m avec des moufflons pour voisins et un beau coucher de soleil sur les Grandes Alpes.

 

J'ai pris mon rythme de croisière. Je me limite à 20-25 km par jour, entre 1200 et 1700 m de positif. Avec mon chargement c'est pas mal, mais je suis à l'aise, ça me laisse beaucoup de temps à côté pour ne pas faire grand chose. Prendre les fleurs en photo, lire, entre autres. Les vaches ici non plus ne sont pas encore montées aux alpages, pas de confrontation avec les patous. Comme dans le Jura j'ai dû être particulièrement vigilante pour l'eau. Massif calcaire, sécheresse, les sources sont rares et parfois taries. En prévoyant un peu j'ai toujours pu faire mais j'ai aussi et surtout toujours de quoi grignoter sans avoir besoin d'eau et de cuire. Ceci dit, j'alterne purée bouillon cube légumes déshydratés avec polenta concentré de tomates. J'ai découvert un massif petit mais très joli, densément boisé sous les sommets, et qui offre plein de fromages à goûter. J'ai été étonnée par l'affluence humaine sur les sommets, même en semaine…

 

Cette partie Ouest de Chartreuse fut belle et la météo plus que complaisante, pas vu un nuage, températures parfaites, petit vent frais tous les jours. J'ai bien le temps d'avoir trop chaud. 

 

En ce samedi 30 mai, je vais descendre bien bas pour passer l'Isère et remonter en face et visiter le Vercors...

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Les sentiers du sud du Jura.

 

Comme annoncé il y a environ un mois me voici donc lancée sur les sentiers des massifs montagneux français . Lancée à faible vitesse , certes , car chargée de mon toujours trop lourd sac à dos , je pourrais craindre de me faire dépasser par les tortues .

 

Samedi 16 mai 2020 , six mois exactement après être rentrée de mon long voyage de 7 mois en Europe à vélo, je ferme le gaz , le jus , l'eau et la porte. J'ai l'habitude des départs . Je reste en france , je ne serai jamais très loin mais dans ma tête c'est bien un grand et long voyage que j'entame. Deux vaillants septuagénaires m'accompagnent les deux premiers jours, mes parents. Il y a des ajustements encore à faire , dans le choix des souliers (ce sera chose faite le premier jour) et dans les réglages du sac (première semaine). La météo est annoncée belle . 

 

Deux heures après être partie , je suis sur les crêtes , sur le premier pli du Jura , celui qui domine directement le Léman . Cette crête je l'ai suivie du Mont Sala au-dessus de mon village jusqu'à l'extrémité sud du massif , juste avant Chambéry. Les principaux sommets en sont : le Mt Sala, le Noirmont, la Dole, le Montrond, le Colomby de Gex, le Crêt de la Neige, le Reculet, le Grand Crêt d'Eau. Ensuite il faut descendre profondément pour passer la Semine et la Valserine , deux rivières aux eaux d'une limpidité phénoménale , et remonter en face sur le plateau du Retord , que j'ai traversé dans sa longueur jusqu'au Grand Colombier . Bugey, je suis dans l'Ain depuis un moment. Plateau du Retord, terre de maquis et de résistants. J'ai fait le détour par la chapelle du même nom et l'ancienne Chartreuse. Du Grand Colombier, envahi en ce jeudi de l'ascention par les motards et les bruyants pique-niqueurs citadins, la vue est impressionnante sur le Rhône, le canal de dérivation et le lac du Bourget. Les Alpes en arrière-plan. Puis c'est la dégringolade vers Culoz. La Dent du Chat est étrangement rarement considérée comme jurassienne alors que géologiquement parlant elle fait pourtant bien partie de l'arc . 

 

Durant cette première semaine , les seuls nuages que j'aie vus étaient sur les Alpes , la bise a soufflé fort et m'a parfois fait vaciller . Si l'herbe est trop rase encore pour permettre aux vaches de monter dans les alpages, en bas ils ont déjà fait une première fauche . Tout l'étagement en 1000 m , en deux heures. Des bourgeons parfois tout juste éclos aux anthyllides vulnéraires presque fanées par endroits. C'est qu'il fait déjà chaud et sec depuis un moment cette année. Les sources indiquées sur ma carte sont parfois déjà taries, 18 mai, ça fait peur pour la suite. J'ai campé, j'ai trouvé des cabanes, j'ai partagé un succulent barbecue avec deux familles montées à la fraîche voir les étoiles et le type "spécial" de Culoz, habitant de Romagneux, qui a tout le monde à dos ici, m'a offert son histoire à la fois trucculente, triste, belle, ainsi qu'une bière fraîche et un coin paradisiaque pour installer ma tente avec vue sur le lac du Bourget et les cimes des Bauges.

J'ai toujours pu, non sans une sacrée chance parfois, trouver de l'eau en quantité suffisante. C'est que sur ces massifs calcaires karstiques à mort, à courir sur les crêtes sans jamais descendre sur les flancs, les points d'eau sont rares. Et précieux. Les alpages n'étant pas encore occupés, mes rencontres furent rares mais toujours sympathiques.

 

Culoz, c'est la fin, ou le départ, en tout cas l'extrémité de la GTJ, la Grande Traversée du Jura. Je suis dans le voyage, les habitudes sont vite reprises. Mon sac est trop lourd mais je ne vois pas quoi ôter. Mes pieds sont en bon état, j'y veille, et mes genoux ne couinent presque plus. Je vais tranquille, entre 20 et 25 km chaque jour, les bâtons me sont précieux.

Je n'avais jamais suivi la crête du Jura vers le sud au delà du Reculet, j'ai été assez époustouflée, j'y étais seule et c'était bien...

N'ayant que l'écran de mon smartphone pour le choix des photos, la mise en page, taille des photos etc, veuillez svp me signaler les anomalies. Merci.

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Annonce printanière 2020

Bonjour,

Comme tout le monde depuis plus d'un mois maintenant je suis confinée chez moi et cela n'a fait qu'accélérer l'émergence de projets. Certes, j'ai dû abandonner ceux initialement prévus, comme par exemple celui de me rendre en avion jusqu'à prudhoe bay sur l'océan glacial Arctique tout au nord de l'Alaska et de descendre ensuite à vélo par les Rocheuses puis par la côte ouest jusqu'à San Diego au sud des États-Unis.

Dès le 15 mars, voyant dans quelle situation nous allions être pour les semaines qui suivraient, j'avais changé mon fusil d'épaule. Je me suis dit qu'il serait peut-être plus judicieux cette année de rester en France. Effectivement, l'avenir ne m'a pas donné tort puisqu' il se pourrait que les frontières soient fermées tout l'été.

C'est donc l'occasion rêvée pour réaliser ce qui me tient à cœur depuis plusieurs années : sillonner à pied et en profondeur les massifs montagneux français que je ne connais que trop peu. Partir à pied de chez moi et tracer mon chemin en suivant si possible les pointillés (je ne referai pas les chemins noirs de Sylvain Tesson), voire rien, couper à travers comme j'aime le dire (et le faire). M'éloigner autant que possible des sentiers de grande randonnée qui seront peut-être bondés. Tenter au mieux de me noyer dans la nature profonde, de passer inaperçue, et d'aller causer du pays avec les gens qui peuplent ces régions que j'aimerais merveilleuses, qui y travaillent et qui les aiment, en tâchant de ne pas me faire happer par les lieux trop touristiques.

Les massifs où je compte passer quelques temps sont entre autres l'extrême sud du Jura, les Bauges, les Aravis, Belledonne, la Chartreuse, les Grandes Rousses, le Taillefer, le Vercors, le Dévoluy, le Diois, Bochaine, les Baronnies et plus au sud encore si j'en ai le temps, le Luberon, les Maures, les calanques. Je ne connais pas non plus le Massif Central, qui est vaste, ce sont donc des milliers de kilomètres qui peuvent se profiler devant mes chaussures. Pyrénées et Corse me sont également totalement inconnues. Je suis en train de définir un itinéraire grossier, qui sera inévitablement amené à évoluer en cours de route, en fonction de mes envies, des opportunités, de ma forme et ma motivation, de la météo aussi.

Côté modalités je l'ai déjà dit, je compte partir depuis chez moi à pied avec mon sac sur le dos. Mon mode d'hébergement sera le plus simple possible, c'est-à-dire la tente, le bivouac sauvage, les abris sommaires,  les granges en ruine et occasionnellement un hébergement si le besoin s'en fait sentir, si possible au contact des habitants. Je me laverai à l'eau des rivières et des ruisseaux, cuisinerai à celle des sources, me baignerai dans les lacs quand ce sera possible et m'approvisionnerai dans les magasins et épiceries que je trouverai sur mon chemin. Tout ça, c est ce que je souhaitetais vivre... Bref, cette année je ne serai pas cyclonaute mais vagabonde.

Mes affaires sont déjà quasiment toutes prêtes, mon sac à dos n'est pas bouclé mais pas loin. Dès que ce confinement sera terminé et que je pourrai donc compléter ma préparation je le ferai et partirai très rapidement ensuite, ce qui signifie avant fin mai je l'espère.

La durée de ce projet n'est pas vraiment déterminée à l'heure qu'il est mais j'aimerais pouvoir partir jusqu'à mi-novembre si la météo veut bien être clémente jusque-là et descendre au fur à mesure de plus en plus vers le sud.

Le but, s'il en est un, de cette excursion, ne sera pas de cumuler des kilomètres au compteur mais de prendre le temps, de prendre des photos, et de goûter vraiment aux joies de vivre dans la nature, loin des voitures, du bruit, de l'effervescence humaine. Traverser et sillonner toutes ces régions pour tenter d'en comprendre les différences et les subtilités, les nuances. 

Ce post est le premier que je fais totalement avec seulement mon téléphone. En effet par souci d'allègement, je ne prendrai pas d'autres outils informatiques sauf un appareil photo. Et une liseuse... Je me suis donc habituée à procéder par reconnaissance vocale pour la prise de notes et l'écriture des articles, également à naviguer à l'aide des applications qui sont très bien faites comme Iphigénie par exemple pour la France, transférer les photos depuis mon appareil jusque sur des clés USB et mon téléphone sans multiplier le matériel, bref à utiliser la technologie qui est aujourd'hui accessible pour ménager mon dos, mes pieds et mes genoux.

Voilà je crois que les grandes lignes sont dites, et maintenant il ne reste plus qu'à attendre d'avoir purgé la fin de notre peine pour pouvoir remettre le nez dehors et partir.