Premier objectif atteint !

 

Salut salut, 

Devinette : j'en ai montées et j'en ai descendues, des froides et des chaudes. Mais des chaudes je n'ai fait à personne, c'est pas le genre, sauf à mon vélo peut-être. Si je les monte, elles mènent la plupart du temps à des endroits qui justement les entourent et les rendent chaudes. La réponse est une expression française aujourd'hui quasi abandonnée qui signifie " flatter", un peu roucouler comme ça. Les 10 premiers qui donnent la bonne réponse peuvent manger un figolu.

 

 

Bon, je suis partie à la minute où les routes ont été sèches suite à la dernière averse du mardi 24 mai. Par le Massacre. Mais qu'on se rassure, quelques heures plus tard, j'admirais le coucher de soleil depuis les roches d'Orvaz, en me demandant si ce bivouac serait le plus beau de l'été et par conséquent, si ça valait la peine d'aller plus loin. Le lendemain, le vent venant du Nord, il m'était plus simple de poursuivre vers le Sud… Dès que je suis arrivée au pays des clochers pointus et des cultures en patchwork, et que je suis donc descendue du Jura, j'ai pu déclarer ouverte la saison de la maraude aux cerises, je précise toutefois que je ne me sers que sur ceux en bord de route, semblant n'appartenir à personne.

 

 

J'ai longé le Rhône 30 km une première fois puis ai shunté son grand virage de Lyon pour le récupèrer de Andacette à St Vallier. Mais le plat m'ennuie. J'ai alors commencé une longue série de gorges, cols, sommets, plongeons et dégringolades, jusqu'à l'arrivée. J'ai remonté la Cance, suis passée par Lalouvesc et par une route en corniche où l'odeur des genêts me tapissait les narines, j'ai rejoint Lamastre un jour de marché producteurs. Ensuite j'ai compris pourquoi au " Vivarais", on associe toujours les monts. Ah oui, c'est pas plat. Et puis de St Sauveur de Montagu, j'ai monté, monté encore, pour aller, sous l'œil incrédule des badauds en doudoune, me laver la tête par un vent tout aussi glacial que l'eau à la fontaine de Mézilhac. Je voulais être présentable pour aller voir le premier jet du grand fleuve, au pied du Mont Gerbier de Jonc. M'y rendre à vélo un dimanche de week end d'Ascension n'était une idée que moyennement lumineuse. Je ne sais pas s'ils étaient pressés de monter sur le tas de cailloux avec leurs gosses et leurs chiens mal élevés ou d'aller voir l'eau sortir du bout de tuyau, mais les automobilistes avaient le pied bien assez lourd et le volant pas trop maniable pour me laisser un peu d'espace. Une fois sur place, je ne me suis pas attardée très longtemps même si la vue depuis là haut est plutôt sympathique. La descente sur le Burzel par la route de 2,5 mètres de large a laissé la marque des poignées de freins sur mes mains ad vitam aeternam mais ça valait son pesant d'or.

 

Les Monts d'Ardèche, la vache ! Ou des Cévennes déjà ? Je ne sais plus. Col de la Croix Bauzon, col de Meynard, Borne. Ouh là, Borne ! Cherchez ce village de Lozère sur la carte car vous n'y passerez jamais tant il est paumé. Il faut en vouloir. Accessible par des routes où l'herbe pousse entre les passages de roue, il est pourtant habité à l'année et on y voit, entre autre, une tour médiévale pas mal conservée. Et des coteaux entiers jaunes de genêts odorants. J'en suis sortie par le col de Printazanier et ai rejoint Notre Dame des Neiges sous une chaleur accablante par un chemin en caillasse sur 8 km. Avant Villefort j'ai passé une journée entière sous ma tente pour cause de météo maussade, à lire. Pas envie de prendre le risque d'avoir à monter ma tente en catastrophe sous l'orage et dans le vent à 1400 m. Petite joueuse ! C'était mieux le lendemain d'aller côtoyer le pied du Mont Lozère par un temps parfait. J'ai fait mon Antoinette dans les Cévennes sur un bout de GR avec mon vélo entre le Mas de la Barque et l'Hôpital. Très beaux, les paysages m'ont enchantée. Dégringolade au Pont de Montvert, que le Tarn traverse. Moi j'ai traversé le Tarn et le bourg en même temps pour me diriger vers le charmant village de la Barre des Cévennes. Je me souviens d'un superbe bivouac sur le GR7-67, qui pourrait ressembler à celui des roches d'Orvaz. Juste les vaches ne sont pas des Montbéliardes et en face c'est le Causse Méjean. Et puis il y eut le géant du secteur, le Mont Aigual, 1569 m et point culminant de mon parcours. Du sommet j'ai cherché la mer sans la voir. Descente de la Dourbie. Les villages sont tout de même fichtrement jolis depuis que j'ai quitté le Rhône, depuis que je suis sur une diagonale du vide, une zone d'hyper ruralité qui n'en finit pas. PNR du Haut Jura, PNR des Monts d'Ardèche, PN des Cévennes, PNR des Grands Causses, PNR du Haut Languedoc. Des forêts domaniales à foison… Sur la montagne de L'Espinouze, je me suis faite dévorée par les suceurs de sang, pourtant à 1060 m d'altitude, sous les plantations d'épicéas et d'éoliennes, aussi moches les unes que les autres. Le vent marin qui apporte une humidité démentielle n'a pas bien des avantages. Je poisse, je colle, rien ne sèche, je marine dans mon jus. Beurk.

 

Puis il y eut encore la traversée du Lodévois, puis du Minervois, puis toutes les vignes des Corbières. Sur les petites routes blanches depuis des centaines de km, je tire des bords quand la pente est raide et je roule à gauche si c'est là que se trouve l'ombre. 

 

Et puis il y a eu cette dernière journée… de dingue. Partie de Féline Minervois, j'ai croisé l'autoroute à Capendu avant de passer la montagne d'Alaric, de remonter les gorges d'Orbieux, de passer sous le château d'Auriac, de sillonner les gorges de Galamus avant de passer à l'aqueduc d'Ansignan et de voir enfin au détour d'un virage la tour de Prats de Sournia. 132 km, 2020 de d+. Mais quel bonheur d'arriver dans ce bel endroit, d'où je vois à la fois la grande bleue et le Canigou, et surtout chez mes chers amis, dans cette maison que je connais bien.

 

 

Sur ce trajet vélocipédique, que des bivouacs sauvages, que des douches à poil dans la nature à la bouteille, lavages de cheveux et lessives aux fontaines, recharge de mes appareils au solaire. Oui, j'ai toutefois besoin d'épiceries…

 

Des désagréments ? Oui la moiteur du "marin", les moustiques, les fourmis, les tiques, et les nuits parfois en pointillés, réveillée par des gros mammifères dont j'investis le territoire. Sangliers, chevreuils, renards, cerfs… Et dans ces cas-là, je peux vous dire que je jubile. Oui, je jubile, de me sentir au milieu d'eux, dans la nature. De me sentir animale moi aussi. 

 

Pas beaucoup de rencontres mais des gens sympathiques voire prévenants, avec des accents qui changent au fil des kilomètres, pour devenir chantant. Et ça fait toujours du bien.

 

Un constat toujours : mais bordel que ce territoire est beau, que les villages ont de la gueule, que la pierre des murets et des maisons est belle ! Diversité du bâti, de l'occupation du territoire par l'homme pour ses activités agricoles, des clochers, des paysages, de l'élevage, des terrains… Mais partout le manque d'eau, les sources taries, les ruisseaux secs, les fontaines tristes, des cascades qui n'ont que le nom, la terre craquelée font souci aux habitants…

 

 

Je suis posée ici pour 2, 3 jours, le temps de donner un coup de chiffon à mon vélo avant de l'entreposer pour quelques mois j'espère, de laver ma garde robe, de me reposer un peu, de préparer ma marche et de vous donner ces nouvelles. 

 

Mon départ à pied est prévu de Ustou, en Ariège, pas très loin de Aulus les Bains. 

La vie est belle.

 

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