De la Catalogne à... Lyon !

 

Je sors de La Seu d'Urgel comme j'y suis arrivée : assoiffée ! 31 degrés ! Pas l'habitude, que calor ! J'ai repéré à la fois sur la carte et de visu une grosse exploitation agricole sur mon chemin. L'objectif est d'y monter, d'y prendre de l'eau et de me poser rapidement ensuite. Sauf que je suis accueillie par trois gros chiens qui font bien leur travail. Impossible d'approcher le moindre robinet. Je prends finalement de l'eau dans un bidon, en enlevant les pollens et autres insectes qui flottent à la surface, et la traite. Ce soir-là, je termine l'étape avec une douleur sous le genou gauche. 

 

Depuis, je ne marche plus, je claudique, je clopine, je boite, je traîne la patte et grimace. Mes bâtons me servent de cannes anglaises.

 

Le lendemain j'y vais mollo, bois autant que je peux mais pas assez encore, tout juste à ma soif, et je m'arrête tôt car mon genou rechigne. Je commence les massages à l'anti-inf, me demandant tout de même ce qui peut bien provoquer ce souci. 

 

Le jour suivant je fais le minimum syndical pour approcher de Rialp où je pourrai me ravitailler, en passant par la Torreta de l'Orri à 2439 m. Les orages sont moins nombreux et moins violents, ça fait du bien. Je me pose à proximité d'un point d'eau, à plat, en forêt pour l'ombre et l'abri du vent, en n'étant pas certaine de marcher le lendemain car la météo annonce des orages dès la mi-journée, mon genou a besoin que je m'occupe de lui, j'ai assez à manger : je vais m'offrir un jour de relâche. J'ai toujours à faire, j'en profite pour rédiger les tests de matos pour i-trekkings, et grignoter toute la journée, en partie sous les orages. Je fais une petite lessive et je lis. Chomsky sous la pluie, Clavel sous le soleil, San Antonio quand il fait beau, Tolkien quand j'ai de la veine.

 

Et puis je descends à Rialp le lendemain, y achète à manger pour une semaine dans un "supermarché" grand comme la moitié de l'épicerie de la Rivière Drugeon. Ce n'est pas cette semaine que je vais prendre du poids. À Rialp je trouve une genouillère et renouvelle la pommade anti-inflammatoire, fais le plein d'essence pour mon réchaud. J'ai mal, voire très mal après 15 km alors j'arrête. Je bois beaucoup, j'essaie de faire des étapes courtes. Mais rien n'y fait, c'est de pire en pire. Maintenant que je suis engagée dans le parc national d'Aigues Tortes y Estany Sant Maurici, connu aussi sous le nom des "Encantats", il faut que j'en sorte, si possible autrement qu'en hélicopète. Après le premier jour réellement dans le parc, je modifie mon itinéraire pour les prochains jours. Le hors-sentier, ici, est aléatoire. Des énormes amoncellements de blocs rocheux, des chaos de granit, des rhododendrons plus bas, des pins aux branches aussi raides que mon genou, et des lacs, des dizaines et dizaines de lacs, de l'eau partout, qui jaillit, qui cascade, qui rugit, qui dégringole. Plivitce peuvent aller se rhabiller, ici c'est la cour des grands. Donc je disais que je modifie ma trace, oui, il faut rester sur les sentiers, qui ne sont déjà pas une mince affaire. Parce que les chaos rocheux il faut les passer quand même et puis parfois mettre les mains, et sur une jambe c'est un jeu d'équilibriste. Quand il y a devant moi 100 m de sentier sans caillou dans lesquels buter, je jubile, mais boîte tout de même. J'avais prévu de l'explorer un peu ce parc national, je me contente de le traverser, avec quelques variantes tout de même. Dans ma pharma, j'ai des cachetons anti-inflammatoires, je n'aime pas ingurgiter ce genre de choses mais là, je n'ai pas le choix, c'est ça ou je ne pose pas le pied par terre. Je fais mon bonhomme de chemin sous l'emprise de la chimie, j'avance, je me régale au moins des paysages. Pas question ici de suivre des lignes de crêtes, les pics sont pointus, les sommets effilés, paraissant inaccessibles. Une belle découverte que cette région d'Espagne. Les refuges y sont nombreux, je les évite sauf un, je suis hors-la-loi. Encore. Je suis animale, après tout… Depuis mon départ à pied, j'ai bivouaqué toutes les nuits, je lave mes fringues au fur et à mesure, une par jour car mon étendoir est limité. Et il y a belle lurette que je n'avais pas autant lu. 

 

Après avoir traversé une petite partie du parc des Hautes Pyrénées espagnoles, il y a donc Aiguestortes qui dénote complètement d'avec ce que j'ai pu voir jusque-là. Il faut en parler un peu. Je chemine sur des roches métamorphiques et plus souvent du granit dans lesquelles le passage des glaciers du quaternaire et l'eau ont fait leur travail de rabotage, de sape, bref d'érosion. La conséquence directe en est donc ces 190 lacs permanents et 454 autres qui peuvent s'assécher l'été ( mais qui sont en eau en ce moment), 40 sources importantes, zones nombreuses de marais à haute altitude, torrents… La plus grosse concentration de lacs de la chaîne pyrénéenne. Certaines parties du parc de 410 km2 sont également classées zone natura 2000 et Ramsar, rien que ça. Cinq sommets dépassent les 3000 m et une ribambelle d'autres culminent à plus de 2800 m. Paysage de haute montagne et terrain difficile, escarpé. Pins à crochets et rhododendrons en pagaille. Ces derniers commencent à peine à fleurir. Je continue à voir beaucoup de faune, chevreuils, sangliers, izards, lièvres et tétras. 

 

Donc il y a un refuge que je n'évite pas, j'y stationne trois nuits, par obligation et j'apprendrai plus tard que c'était totalement inutile. Le ciel est pourtant conciliant. Mon genou… Mon genou finit par ne plus rien pouvoir, le pauvre, avec ce que je lui inflige. Alors je me pose, avec le peu d'anti-inflammatoires qu'il me reste. Deux jours et demi de repos complet au refuge Restanca, situé au bord du lac éponyme et à 10 km de la première route, proche de Vielha. Je m'y ennuie passablement, évidemment, mais j'ai l'eau froide du lac pour mon genou, de la glace aussi… Je me soigne, me bichonne 2 jours. Dehors le vent se lève, puis se déchaîne avant de laisser la place à une vraie bonne pluie serrée et lourde. Le vent fait des tourbillons à la surface du lac. Je suis passée de Chomsky à Littell, histoire de relire les Bienveillantes, livre toujours aussi glauque que dans mon souvenir, réaliste. Mais la douleur ne diminue pas. J'imagine un tas de scénarii, mais finalement ce sont Sylviane et Jean-Louis qui viennent me cueillir au parking le plus proche, 4,5 km soys le refuge. Arrêt sur le chemin du retour dans un service d'urgences. Tendinite +++ du tendon rotulien diagnostiquée. Je loge chez eux dans la plaine, les Pyrénées, au loin, ferment l'horizon… Je connais Sylviane depuis près de 2 décennies, suis déjà venue ici, mais cela faisait 15 ans que l'on ne s'était vues.

 

Trois jours plus tard, la douleur ne diminue pas malgré les bons soins et le repos, je commence à remettre en cause le diagnostic et vois une médecin généraliste pour une ordonnance d'irm. Sylviane me dégote une paire de béquilles chez la voisine. La généraliste penche pour une atteinte sur le tendon rotulien, rupture au moins partielle. Je me mets dans la tête que je passerai sur le billard et de longs mois en rééducation mais le résultat de l'irm me scotche à ma chaise et prend tout le monde à contre-pied. Oedème et peut-être fracture sur le plateau tibial, fissure sur le ménisque interne, idem sur le latéral. Il faut voir un chirurgien ortho, rendez-vous est pris à Lyon le 1er juillet. C'est par l'assistance de la carte bancaire que se fera le rapatriement.

 

Nous sommes le 27 juin, comme d'habitude, même si je préfèrerais continuer à cheminer sur les sentiers pyrénéens, toute situation a son côté positif, chaque jour a son miel et renouer les liens avec ces amis après 15 ans de pause est assurément une étape importante. Ainsi va la vie…

 

J'avoue être très touchée par les messages d'encouragement, les propositions d'aide… que je reçois sur fb, l'empathie et entraide... Merci. Bref, le moral est au beau fixe, le corps envoie une alerte que je prends au sérieux.

 

Suite après le 1er juillet.

 

Et c'est parti pour la cavale à pied !

De Prats de Sournia à La Seu D'Urgell

 

Trois jours passés chez mes amis à Prats de Sournia, visite des alentours avec Thérèse, la région est belle. Les villages sont minuscules, accrochés aux coteaux des collines fleuries. Un peu de temps passé à l'atelier du cuir. Trois belles journées. Et cependant, après un départ dans la bonne humeur et le coeur en joie,ce n'est pas forcément très détendue que j'effectue mes premières étapes pédestres dans les Pyrénées. En effet, en plus d'entreposer mon vélo et quelques affaires chez mes amis, il se peut que j'aie laissé une belle merde à Thierry. J'ai été cas contact covid 9 jours avant, l'ai appris alors que j'étais déjà chez eux, leur ai dit. J'avais un peu de toux, pas de fièvre, rien de plus, j'ai soupçonné un coup de froid vu ce que j'avais enduré les jours précédents mais n'était ce pas le covid ? Après mon départ, Thierry a d'abord soupçonné les effets secondaires de sa première injection (qd j'étais chez eux) mais très vite il a été détecté positif. J'ai recontacté toutes les personnes chez qui je me suis arrêtée, pas de soucis, mais à l'heure où j'écris ces lignes, Thierry est hospitalisé dans un état bien assez grave et c'est donc la tête bien encombrée que je marche. Que j'aie pu être vecteur ne change rien mais je suis inquiète.

 

Et puis la météo. J'ai eu deux jours pour me mettre en train et sans pluie. Deux jours pendant lesquels mes jambes ont crié leur douleur, eh oui, changement d'exercice, au moins aussi fort que les cerfs et les sangliers gueulaient la nuit. Et depuis, j'essuie des orages quotidiens, qui arrivent tôt dans l'après-midi, accompagnés de rafales ou non, faits d'eau ou de grêle.

 

Je suis partie dans les genêts en pleine folie par des chemins et sentiers peu empruntés. Dormidou, el Madres, je suis déjà à 2500 m et le souffle est un peu court. Quelques névés subsistent ici ou là, rien de méchant. Une nuit dans la réserve de Nohedes, au bord d'un des nombreux lacs assaillis par des pêcheurs en treillis qui saccagent les arbres alentour, torses nus, à grands coups de haches et de scie, comme si ça suffisait à se croire viril. Bref… je m'étais installée à deux cents mètres du bord de l'eau pour être discrète et c'était mieux ainsi. Le lendemain j'ai décampé très tôt, la météo annonce des orages pour la fin de journée, et j'ai passé la journée dans les réserves de Nohedes, de Jujols et de Conat. Une chapelle dont une partie ouverte sert de refuge m'accueille pour la soirée et la nuit tandis que je récupère l'eau sous les gouttières du toit pour ma toilette et la cuisson du repas.

 

Un passage au fort Liberia, tout aussi bref que ma visite de Villefranche de Conflent et me voici en face pour un ravito à Vernet les Bains avant de partir dans la montagne des Trois Estelles. Celle-là, je sais pourquoi je l'ai mise sur mon itinéraire, c'est le prénom de ma sœur, et c'est l'unique raison de ce détour. Du coup je pousse à Mantet et par un sentier d'interprétation que j'ai surtout dû interpréter dans le terrain pour le moins scabreux, sous l'oeil de quelques gigantesques rapaces, et me voici à poser ma tente une nouvelle fois en catastrophe sous les premières gouttes ( c'est régulier, entre 14 et 15 heures, parfois plus tôt), au dessus de Nyer. 

 

Des détours encore et je me trouve comme prévu au pied des gorges de la Caranza, rivière que je vais remonter jusqu'à sa source à la frontière espagnole. Spectaculaire. Ça vaut le détour. Gorges très encaissées, sentier suspendu, passerelles fixes, échelles, ponts de singe, et personne en ce jour. Les orages réguliers ont gonflé le torrent qui déboule de la montagne dans un fracas assourdissant. Plus haut, au refuge où je fais une pause séchage de toile de tente, l'hélico fait des rotations pour l'ouverture de la saison. Je continue, le temps a l'air de tenir. Une heure plus tard, je cours en protégeant ma tête de mes bras nus sous l'assaut des grêlons. Je suis à 5 minutes d'un abri, qui est une cabane traditionnelle en pierre, circulaire, avec une belle colonne évasée et centrale pour maintenir la voûte. Le tout est recouvert de terre. Juste la place de quoi y monter ma tente. Les averses et le vent se déchaînent, le toit prend l'eau, les gouttières sont nombreuses mais je suis mieux que dehors. 

 

Le lendemain, après le lac noir et le lac bleu, j'atteins la crête, sous un ciel bien bleu. Là haut, un espagnol beau garçon m'attend, il fait le GR11 dans son intégralité, il va à la mer, a donc bientôt terminé son périple. Quant à moi je plonge sur le sanctuaire de Nuria, dont les bâtiments sont noyés dans les départs de remontées mécaniques, les parcs d'attractions et autres circuits de karting. Si si, ils ont fait ça. Un peu comme si on mettait la Grande Chartreuse au milieu de Disneyland. Bref, ce qui m'intéresse est en face, et se nomme le Puigmal, 2910 m. Ciel bleu, je fonce. 2 heures plus tard je suis au sommet, dans le vent, le froid, le brouillard. J'immortalise la croix et la fausse cloche en carton pâte avant de suivre la crête qui vient mourir à Puigcerda. Je vous passe les après-midis et soirées toujours aussi détrempées. Je monte ma tente dans la précipitation souvent, après avoir pris et trimballé de l'eau parfois sur quelques kilomètres. Le comble ! Ravito à Puycerda, j'en remets pour 6 jours, parle espagnol avec joie, dévalise une pâtisserie, fait remplir ma bouteille d'essence et reprends mon chemin vers les montagnes sans trop traîner. Je crois que j'ai passé la frontière illégalement… au moins dix fois déjà. Ce n'est que le début. 

 

J'ai retrouvé ce sentiment de liberté, à prendre les sentiers non balisés ou à couper à travers quand je suis au-dessus de la limite forestière. Mon itinéraire a été très soigneusement préparé, je n'ai normalement pas à le remettre en question, sauf pour raisons de sécurité due à la couleur du ciel.

 

Un bel itinéraire en crête, exigeant, m'amène en Andorre et c'est une nouvelle fois bien arrosée que je plante la tente sur un îlot plat vers quelques pins en bordure de marais. Bonjour l'humidité. L'orage résonne partout dans les montagnes autour, son et lumière première classe. Ma tente est étanche. Un des premiers soucis tous les matins lors des premières heures de marche est de guetter le premier rayon de soleil assez puissant pour tout déballer et faire sécher, afin que le matériel soit de nouveau utilisable. Quelques névés subsistent dont certains m'ont obligé à utiliser mes doigts crochus en guise de piolet pour "sortir" le col. Un peu d'adrénaline, sans toutefois prendre de risques, la neige est molle et j'ai pu taper de très confortables marches. Ça change des chaos rocheux dans lesquels je m'égratigne les mollets ou des rhododendrons qui m'agrippent. Ok, ok, je vais rester un peu plus sur les sentiers, ce sera plus simple. 

 

Je suis repassée en Espagne au niveau du Port de Perafita, pour venir traverser la vallée d'El Segre et remonter en face sur le massif de Cadi Moixero duquel j'emprunte toute la crête avant de descendre me ravitailler à La Seu d'Urgell. Je ne sais pas si tous les Espagnols vont comme Kilian Jornet ou si c'est lui qui a donné les temps pour le balisage des sentiers, mais il ne faut pas traîner pour les respecter. Bon, je dis ça je dis rien parce que je me moque du temps que je mets, mais c'est un constat...

 

Ce massif est étonnant, il y a un GR qui court sur toute la crête, presque aussi belle que celle du premier pli jurassien (oui oui, je sais…), colorée, étonnante, mais ce GR, il faut souvent le chercher car le sentier n'est pas marqué partout et la peinture doit coûter très cher ! J'ai cheminé au dessus des falaises une journée entière, sur du terrain difficile pour les pieds et les jambes. Comme d'habitude je me pose quand les nuages noirs approchent, à 15 heures, mais pour une fois ce ne sera qu'une averse de 40 minutes. Le soleil revenant ensuite, mais la journée est faite et j'ai juste 1,5 litres d'eau pour mon bivouac, je n'en ai pas vu une goutte de la journée, pas plus que de traces humaines, mais par contre, j'ai vu des centaines, oui des centaines d'izards, le chamois pyrénéen.

 

Je n'ai clairement pas vu grand monde, à part quelques vieilles espagnoles en bas, fichus et blouses, aussi vieilles que les pierres des maisons, penchées sur des cannes dont la poignée est amincie par l'usure et la patine. Hameaux perdus aux rues dallées où passent encore deux fois par jour les quelques vaches qu'il faut emmener à la ferme pour les traire. Pas nombreuses, leurs bouses en sont témoins. Hameaux perchés au pied de vastes et très belles forêts où j'ai cheminé sous les pins, mais aussi parfois dans les genêts ou encore entre des haies de buis odorants qui se délestent de leur eau à mon passage.

 

Le massif de Cadi Moixero est un avant-poste des Pyrénées, un chaînon parallèle, au sud, une barrière haute de 2500 m de hauteur, faite de falaises au nord et de pentes plus douces au sud. Il fait l'objet d'un parc naturel. Sa crête a 2500 mètres s'étire sur plusieurs dizaines de kilomètres et on n'y trouve aucun point d'eau.

 

Rejoindre La Seu d'Urgell depuis l'extrémité de ce massif m'a encore réservé de belles surprises et des paysages surprenants, comme ce secteur à la terre très rouge où le GR frayait son chemin entre les genêts toujours en fleurs. Plusieurs kilomètres dans ce colorado et j'arrivais sous un soleil de plomb à La Seu pour un ravito et le hold up du rayon fruits et sandwich !

 

Des zigs et des zags donc, comme à mon habitude. Je n'avais encore jamais eu à gérer ce genre de situation où tout est trempé tous les jours, heureusement qu'il fait beau les matins, sinon, je n'ai pas de solution autre que de payer pour dormir dans du dur. J'ai pu m'en sortir sans galérer trop en regardant bien le ciel, en anticipant… et en me levant très tôt. L'autonomie offerte par mon petit chargeur solaire et sa batterie externe sont appréciables. À part une épicerie hebdomadaire, de l'eau claire et un peu de soleil, je n'ai pas besoin de grand chose. 

 

Cependant, j'aimerais que cette météo soit moins contraignante (il semblerait que ce soit le cas) et que l'état de Thierry s'améliore (il semblerait également que ce soit le cas). 

 

De Die à Prats à vélo

Contre vents et marées

 

PANA0529 copy 2736x1824Je ferme la porte et glisse les clefs dans la boîte aux lettres du voisin. Je quitte Die par une piste forestière qui me mène sur un joli parcours en crête. La neige n'a pas complètement fondu sur la montagne de Glandasse. La météo toujours capricieuse conditionne mes étapes et leur découpage. Je dois filer vite pour gravir le Ventoux le lendemain et fais donc une monstrueuse journée dans les monts du Diois et des Baronnies Provençales. Je longe de magnifiques rivières, gonflées par les pluies abondantes des deux derniers jours et passe de l'une à l'autre par les montagnes, si peu peuplées. Des petits villages où les gens m'encouragent  me saluent, me sourient, me racontent une tranche d'histoire, ou de géologie. Des tuiles canal sur des murs de pierre, des champs aux parfaits rangs de lavande, je suis dans le sud ! Ces endroits paraissent bien sympathiques et je croise des Renault 5, des 205, et autres vestiges de mon époque ! La vie va tranquille ici. Quelques troupeaux de moutons bien gardés, et du silence en pagaille. Ça fait du bien, le trafic automobile est anecdotique. Cette longue étape à travers les Baronnies, le long de la Roanne, du ruisseau des 30 pas et de l'Ouvèze m'amène au pied du Ventoux dont je vois le signal depuis ma tente.  

Malaucène, c'est par cet accès que je me lance sur les pentes de la montagne mythique. Il y en a pour un moment… L'avantage de cet accès est qu'il est en grande partie forestier et donc un tant soit peu abrité du mistral, pas gagnant mais glacial. Le sommet n'est pas autorisé aux autos et motos et c'est donc doublée seulement de cyclistes en tous genres que que je prends de la hauteur. Des cyclos aux mollets en carbone qui m'encouragent, moi l'escargot, et des vélos électriques beaucoup, qui passent et me dépassent dédaigneux et ne disent en général pas bonjour. 3 km sous le sommet, je m'habille chaudement pour affronter le climat de la crête. 2 degrés réels et 50 km/h de mistral en continu, c'est pas du chaud. Ça fait combien en ressenti ? Les cyclistes ont la tremblotte pour prendre leur selfie, les photos seront floues, et s'agglutinent contre le mur à l'abri pour enfiler un coupe-vent minimaliste et se lancer dans la descente et dans les bourrasques limite dangereuses. Bédoin, je me pose pour la nuit chez des amis, absents, et qui ont eu l'exquise délicatesse de me laisser les clefs.  

Et puis les gorges de la Nesque, superbes, étaient fermées là aussi à la circulation automobile. Bonheur. Que de belles minuscules routes pour m'emmener jusque dans la vallée peu peuplée du Jabron par le plateau d'Albion et le col de l'homme mort. J'ai vu des abricotiers, des cerisiers, ici ce sont des pommiers. Je m'arrête à Noyers chez le frère d'un ami du Haut-Doubs, juste au pied de la petite soeur du Ventoux : la montagne de Lure. La famille de Françoise est là, le chien s'appelle Rolex, ils l'ont eu pour leur 50 ans et je me régale du clin d'œil. 

L'ascension de 27 km est assez facile mais la pluie s'invite avant le sommet. Grisaille. Je ne monte même pas au relais, ne m'arrête que le temps d'enfiler une veste. Il ne me faut ensuite que quelques hectomètres pour être frigorifiée. Mon short me colle à la peau, mes chaussures sont des baignoires. La pluie me semble bien épaisse et plutôt blanchâtre que translucide. Je m'arrête à la station de Lure sous un avant-toit le temps de mettre un sous-pull sec, une vraie bonne veste, de vrais gants, et de contacter une ws (warm showeuse) à St Etienne les Orgues. Descente à 25 km/h avec les genoux qui jouent des castagnettes et les mollets en chair cocotte. Mes mains sont moulées sur les poignées de frein, je ne peux déplier les doigts, l'épicerie est fermée, je me range sous un abribus. Il faut, il FAUT que je trouve à me loger, le terrain est détrempé et je ne me vois pas planter la tente. Et c'est à ce moment là que le miel fait son apparition parce que dans une journée il y a toujours du miel. Mon téléphone sonne alors que je viens de le rallumer. La WS n'a pas répondu mais c'est Nico, à qui j'avais laissé un message hier qui me rappelle et me dit d'aller chez lui à Revest les Brousses, que sa compagne est prévenue. J'enfourche à nouveau ma bécane, heureuse comme un pape, pédale fort pour essayer de me réchauffer. Des gens extras. Nico rentrera ce soir, il a monté une association et fait du fret maritime à la voile. Un pied de nez aux monstrueux cargos, une manière de joindre pour lui l'utile à l'agréable. Bourlingue et pacotille est le nom de l'asso. Ils vont chercher ici ou là en Méditerranée des produits scrupuleusement choisis, biologiques et artisanaux, comme de l'huile d'olive, des câpres, des amandes, du vin… direct producteurs. Le bateau est rentré aujourd'hui de Sicile. L'équipage rassemble des gens de tous horizons, avec un côté artistique musical ou autre, festif… Quant à Julie, elle fabrique des yourtes, des bâches de pergola… Je reste une journée complète chez eux, la pluie tombe, je rencontre certains de leurs amis. Et heureusement qu'il pleut, je n'aurais pas eu la chance de toutes ces belles rencontres. Le chat s'appelle Mireille et la vie est belle.  

Requinquée, je reprends la route vers le Lubéron en passant par Simiane la Rotonde et Rustrel. Je troque pour quelques heures mes chaussures de vélo contre celles de marche pour randonner dans les carrières d'ocre de Rustrel avant de monter bivouaquer sur le Grand Lubéron où les sangliers viennent tourner autour de ma tente posée à proximité de la crête. Et puis il y a eu la forêt de cèdres du petit Lubéron avant de plonger vers Cavaillon où j'ai cherché les melons parmi les voiles sans en apercevoir. Je passe la Durance. Ce soir là, je suis hébergée chez Sandra dans un mas luxueux dans la campagne plate en bocage de St Andiol.  

Les Alpilles sont toutes proches et mon itinéraire les traverse par une piste forestière en grosse caillasse où il me faut quelques heures pour faire 10 km, contrée par un vent diabolique. Mais oui il fait beau et la lumière est toute provençale et c'est joli, personne... J'avoue avoir juré, insulté ce p**** de vent qui me rend la vie si difficile et l'effort si épuisant. Si je savais à ce moment là ce qui m'attend encore…  Les Baux de Provence,Fontvieille, souvenirs souvenirs, avachie sous la meule en pierre du moulin Daudet, j'avais laissé des morceaux entre les orteils à Julien Guiol. Nous étions en week-end escalade, c'était il y a… ouhou, plus de 20 ans ! Je n'ai rien reconnu. 

Bref, cette fois-ci je file vers Arles, vois les arènes, l'amphithéâtre et les thermes. Les terrasses sont ouvertes, elles sont pleines. Je continue par la petite route qui longe l'étang de Vaccares, discute deux minutes avec cet agriculteur et son tracteur aux roues métalliques largement crantées pour travailler dans les rizières. Me voici en Camargue, je passe une première fois le Grand Rhône aux Salins de Giraud pour aller faire un tour jusqu'à la tour St Louis et le port Napoléon de Port St Louis du Rhône. J'avoue être un peu déçue par la petite ville à laquelle je ne trouve ni singularité ni caractère, mais ma visite fût brève.  Le lendemain je traverse toute la Camargue par les digues et les pistes. Faraman, Tourvieille, phare de la Gacholle. 8 km/h, vent de travers glacial qui vient du nord, j'ai peine à tenir le vélo et tire des bords involontaires sur la piste défoncée. Heureusement, les flamants roses viennent égayer mon humeur maussade. L'arrivée aux Saintes Marie de la Mer est un soulagement même si je continue à être exposée, au moins suis-je sur le macadam. Comme il faut voir du positif en toute chose, je dirais que la soufflerie m'a évité les moustiques. Pas vu un gens du voyage, à n'y rien comprendre ! Je poursuis le vol plutôt lourdaud et fais une halte à Aigues Mortes. Ma grande ignorance m'avait empêché de savoir que j'y trouverais de tels remparts avec les salins du midi à leurs pieds. Deux demoiselles au port altier, montées sur des chevaux de Camargue, se font mitrailler devant les vieux murs par des photographes armés de téléobjectifs énormes. Je suis attendue au Grau du Roi et je vais enfin avoir le vent dans le dos. 

Smrf p*****, bord****, euh, pourquoi le vent a t-il tourné de 180 degrés aussi subitement ? À tel point que j'ai mis en doute ma direction, mais oui, je vais bien au sud, à lutter jusqu'au bout pour atterrir au port. Là, devant le Soléou, ponton n°5, Jean Philippe m'attend. C'est que ce soir je dors dans la cabine de son bateau, qui est aussi sa maison. Et sur ce petit bateau je change mes plaquettes de freins avant juste avant d'attaquer les supports. J'aurai décidément eu toutes sortes d'hébergements sur ma route et au vu des conditions, heureusement que j'ai pu me mettre au chaud et à l'abri régulièrement, un grand merci à tous mes hôtes. 

J'ai alors longé la mer et l'étang de Mauguio, vu la cathédrale de Maguelonne et suivi le canal du Rhône à Sète au milieu des étangs, passé l'étroite bande de terre entre la mer et le bassin de Thau jusqu'à Agde, bivouaqué après Valras, traversé l'Aude, passé Gruissan, suis venue buter sur le canal de la Robine que j'ai longé, pédalé sur l'île Sainte Lucie avant de quitter la côte un peu après Port la Nouvelle pour retourner dans les montagnes de l'arrière-pays qui font mal aux jambes et avec toujours un bon vent de face. J'apprécie les paysages lumineux des Corbières, me faufile dans des gorges, passe des cols, slalome entre les coteaux plantés de vignes, aperçoit les châteaux cathares Aguilar et Queribus avant de venir dans le Fenouillèdes. Le nom n'a rien à voir avec le fenouil mais avec les fenaisons.  

Même si je suis tout près du but et que la météo est glaciale encore, que j'alterne dangereusement suée et glacée, je fais le détour par les spectaculaires gorges de Galamus, une soufflerie géante en ce jour, et repasse par le col Saint Louis, entre autres.   Voilà, à Caudies, après la route en colimaçon, je retrouve Thérèse et Thierry à un vide grenier, décharge mon vélo, mange, me rhabille, me réchauffe et effectue les 17 derniers kilomètres en transpirant jusqu'à Prats de Sournia. Tout en haut, en face de la tour.   J'en ai terminé de faire du vélo. Mon itinéraire était beau, carrément, et même s'il demandait des efforts (+ de 20 000 m de D+), je suis contente d'avoir traversé ces massifs que je n'avais pas sillonnés l'an dernier. Je suis parvenue au point de départ de ma longue marche et j'avoue avoir quelques appréhensions concernant l'enneigement, le froid, mon duvet, ma veste de pluie…

Je vais me poser quelques jours avant de marcher. Mon organisme a été mis à rude épreuve par les conditions météorologiques et j'ai besoin de repos. Un début de bronchite dû à l'alternance suée/glacée me fait tousser bien assez gras. Mais je suis bien où je suis, avec une vue de ouf sur les environs. Je vois la mer, je vois le Canigou marbré de neige, je vois à l'infini, je suis dans une bonne maison.  J'ai consacré mon premier jour de repos à faire un bon nettoyage de ma monture, qui a morflé elle aussi sur les pistes boueuses, sableuses, secoueuses. Le temps continue à être venté très froid, il faut enfiler doudoune et capuche pour porter les poubelles au bout de la rue. Thérèse et Thierry sont artisans sur cuir, ça sent bon à l'atelier. Le second jour de repos est occupé à un peu d'écriture, lessive, tri des affaires, courses alimentaires, je me mets à jour de tout le troisième jour… je vais partir dans un autre trip, en espérant très fort que le vent se calme et que la température soit un peu plus clémente.

Nouvelles de Die

Il m'a fallu attendre 14 h 30 et la livraison d'un dernier colis avant d'enfourcher ma bicyclette dont les roues tremblaient d'impatience dans la grange, en ce lundi 3 mai 2021. Deux jours de météo favorable devant moi, je file, la suite s'annonçant comment dire, comme un nième retour d'hiver. 

 

Les premiers tours de pédalier, les premiers kilomètres me font monter le rythme cardiaque trop fort, il faut que je calme mes ardeurs, j'ai très peu d'entraînement et il y a longtemps que je n'ai pas roulé avec un vélo chargé, j'avais oublié l'effort que ça demande.

Je pars par la vallée de la Bienne, le long de la mythique "ligne des hirondelles", voie ferrée composée d'une succession de viaducs et de tunnels qui parcourt et traverse les reliefs tourmentés du Jura, de Dole à St Claude en passant par Morez. Pour éviter la ville de la pipe et du diamant, je monte sur l'extrémité du Grandvaux où les arbres commencent à feuiller. Territoire très rural, les paysages m'enchantent. J'alterne petites routes "blanches" et pistes forestières. Par monts et par vaux je passe par le lac d'Antre et Villars d'Héria avant de plonger vers la vallée de l'Ain. Ce soir là, à 19 h 30, je retrouve à Chancia mes parents venus m'accompagner quelques jours. Sous le joli pont en pierres coule la Bienne, dans ses derniers hectomètres avant sa confluence avec l'Ain.

 

La suite du parcours suit l'Ain jusqu'à Poncin, ma maman pédale avec moi toute la journée, le relief du Bugey met les quadriceps à contribution et il en sera de même le lendemain. Jusque là inconnue de moi, cette région du massif jurassien constitue une belle surprise. Nous remontons toute la vallée de la Câline, parallèle à celle de l'Albarine, des noms élégants pour de tout aussi jolis endroits, où les toitures comportent des "pas de moineaux" également nommés "pignons à redents". Bénonces, lac d'Ambléon et dégringolade sur le Rhône avec les derniers chaînons jurassiens dans les pupilles. Mercredi soir je me rends à Brens passer la soirée ( et la nuit) chez des amis. 

Le lendemain dès le départ je prends quelques gouttes, récupère ma maman ( mon papa conduit le fourgon, fait les courses…), et nous ne roulons que 28 km, rattrapées, trempées et frigorifiées par une pluie qui s'installe pour la journée. Nous ne repartons que le lendemain en milieu de matinée, mais de nouveau nous faisons tremper. Le lac d'Aiguebelette est gris, le ciel est gris, nous poursuivons jusqu'aux Échelles au pied du massif de Chartreuse.

 

J'accroche alors toutes mes sacoches et quitte mes parents. Le soleil est revenu, je sèche et atteins rapidement St Pierre d'Entremont, passe le col du Cucheron sous pluie battante et froide, me ravitaille à St Pierre de Chartreuse, passe le col de Porte et me pose pour la nuit avec vue sur les falaises nord et est du Vercors, et la vallée de l'Isère. 

 

Samedi matin, une amie vient me rejoindre pour le week-end et nous montons sur le Vercors une première fois dans un flot continu de bagnoles, passons à Méaudre avant de redescendre par les gorges du Meaudret d'abord et de la Bourne ensuite. Nombreux arrêts photo, le beau temps est de la partie pour 2 jours. Petite pause pour admirer les maisons suspendues de Pont-en-Royans avant de continuer vers St Jean en Royans et de nous lancer dans la dure montée du col de Gaudissard. Nous bivouaquons dans un bout de forêt quelques kilomètres avant les tunnels du col de la Machine. La position horizontale est la bienvenue après cette grosse étape.

 

Du col de la Machine nous rallions celui de la Chau, connu pour son mémorial de la Résistance, par des pistes forestières et champêtres. Le vent est tempêtueux, les bourrasques parfois difficilement contrôlables rendent la conduite hasardeuse. Nous nous quittons à la Nécropole de Vassieux. Petit détour chez des amis (absents), puis passage du col St Alexis puis du Rousset et déjà le Diois. Dégringolade sur la Drôme. Je me rends chez mon hôte WS, la météo annoncée m'oblige à me mettre aux abris pour un ou deux jours. Je suis bien installée chez Olivier qui part ce lundi en me confiant les clés de la maison. Die est toujours aussi jolie, aussi "alternative". Je prends plaisir à lire les petits slogans et interpréter les graffs, à emprunter les passages étroits avant l'arrivée de la pluie.

 

 

Une semaine déjà est passée, je jongle avec ce printemps qui rechigne à s'installer, avance par bonds comme je peux. L'itinéraire préparé a été scrupuleusement respecté, très peu au contact de la circulation automobile et il m'a enchantée, me faisant découvrir encore les beautés variées de notre pays.

Vous voudrez bien me pardonner si l'affichage des photos dans l'article ne ressemble à rien, j'ai des soucis de mise en page... Merci de votre compréhension.

Décollage imminent


Salut,

Thomas Pesquet vient de s'envoler loin, en tout cas à plus de 10 km. Avait-il rempli son attestation ? Quoi qu'il en soit, à la vitesse où il a pris la tangente, il a du se gausser en voyant depuis le hublot, le brigadier-chef Joseph Longtarin brandir son carnet de contraventions.

Pourquoi je dis ça moi ?

Ah oui, j'ai un peu l'intention de faire pareil, d'ici à quelques jours. Enfin... ça va partir moins vite, dans une tenue plus légère et moins volumineuse, bien qu'avec la météo annoncée, y'a pas loin que je me voie obligée de ressortir la doudoune que j'ai rangée il y a cinq jours, d'ailleurs je l'emmène. Parce que jusque là, la bise nous a bien mordu les joues comme dit mon ami Paco, et certains sous-bois haut-jurassiens ne sont pas encore prêts à laisser apparaître l'herbe, les skis sont tout juste remisés, les skieurs les plus motivés tournaient encore la semaine dernière dans le Risoux. Revenons-en au fait : j'ai jamais été fortiche dans les décollages, plutôt du genre terre-à-terre. Donc je vais partir moins vite que Pesquet mais tout de même ventre-à-terre, arc-boutée sur ma fidèle et tant-aimée monture. Oui oui, on s'attache beaucoup à ces bouts de ferraille qui nous transportent à l'autre bout du monde ou de la France, qui nous font découvrir et traverser en silence et le nez au vent, tous ces merveilleux paysages, nous propulsent d'un village à l'autre, d'une curiosité à une cascade, d'une belle rencontre à une autre, avec lesquels on fait corps plusieurs heures par jour (the fun is between your legs), qu'on bichonne, qu'on couve du regard d'un oeil attendri, qu'on écoute, qu'on époussette amoureusement, qu'on ausculte avec attention et à qui on parle parfois... quand il n'y a pas d'oiseaux, hein !

Bien, donc s'il fait beau les 4, 5 et 6 alors je partirai le 3. Mai. Mais si le ciel n'est pas conciliant et qu'il fait un temps de chien les 3, 4 et 5 alors je partirai le 2 ou alors après le 6. Vous suivez ? Bref, je suis dans le flou et c'est bien ainsi. L'avantage quand il n'y a pas de fusée à prendre, ni de train d'ailleurs, c'est que je peux attendre une fenêtre météo favorable au coin du fourneau. Parce que l'idée de partir sous la pluie ne m'enchante que moyennement, je n'ai pas de carlingue pour me protéger des intempéries.

J'attends encore quelques petites livraisons... Un filtre pour mon appareil photo parce que je vais essayer de vous gâter. Oh, je ne serai jamais photographe mais j'ai potassé un peu la technique et la notice de 309 pages de mon apn (sissi, c'est la vérité, 309 pages de fonctions intéressantes dont j'ignorais jusqu'à l'existence, des menus beaucoup plus nombreux et variés que ceux que je confectionnerai pour me sustenter..., tout ça pour un compact) et j'aimerais vous offrir des images un peu plus qualitatives. Et puis des culottes (pas pour vous offrir), euh oui... sans couture. Pas pour qu'elles soient invisibles sous mon ample short issu d'un pantalon recyclé et raccourci mais parce qu'il y avait une petite gêne au point de contact entre ma noble personne et la selle de ma monture. Non, ce ne sont pas des détails. Et puis un verre de protection pour l'écran de mon appareil photo. Voilà.

Sérieusement... je ne suis pas tout à fait prête. Si j'ai changé les pneus et chambres de ma bicyclette verte ce matin, il reste à clarifier dans ma tête quelques points concernant des travaux qui seront effectués dans ma mansarde pendant mon absence et pour lesquels il faut que je déménage mon séjour, que je vide la bibliothèque. Somme toute pas de quoi fouetter un chat, fin de semaine je serai dans les starting-blocks.

J'ai reçu tout mon matériel à tester (et bien commencé déjà) et bien allégé mon paquetage. Le poids du matériel que j'embarque sur mon vélo n'est pas un souci, par contre c'est une autre affaire pour celui que j'aurai sur le dos à partir de début juin. Hier matin j'ai tout pesé, jusqu'au billet de 50 balles, la pièce de 2 euros et celle de 20 cts qui traînent dans le porte-monnaie que j'emmènerai. Je suis parvenue, sans eau et sans nourriture, à un poids total de 11,7 kg sac compris. Tout de même. Que Diable pourrais-je encore bien enlever ? J'ai traversé le Caucase avec 9 kg... Je sais, je sais, nous n'avions pas de smartphone, pas de chargeur solaire ni de batterie externe, pas non plus de réchaud, ni gamelle et tout ce qui va avec, ni carburant, ni crocs pour le confort du bivouac, et une pharma pour deux, pas de footprint sous la tente... Je fais dans le confort encore mais bon... 4 mois de marche en montagne en autonomie c'est pas anodin... à mon âge ! Ce poids de 11,7 kg est un maximum (sans eau sans nourriture) dans le sens où c'est celui que j'aurai sur le dos quand je ne marcherai qu'avec mon petit short et mon tee-shirt sur le dos, avec ma bouteille d'essence pleine, et mon porte-monnaie aussi !!! Quant aux vivres, il va vraiment falloir que j'apprenne à ne pas transformer mon sac en supermarché ambulant par peur de manquer en cas d'intempéries. Même si c'est très réconfortant de passer sa journée à boulotter quand il faut rester sous la tente martelée par la pluie, je pense que je peux rester vivante sans avoir systématiquement 3 jours de rab entre 2 épiceries.

Je le sens, ça va passer trop vite. Il y a des « intermédiaires », des carottes posées tout le long sur le bord de la route pour entretenir la motivation. Première partie très tortueuse et montagneuse à vélo, elle-même faite d'étapes de plusieurs jours entre les arrêts chez des connaissances et amis, elle devrait durer trois bonnes semaines. Mon vélo sera alors entreposé dans un hameau perché des Fenouillèdes, tout en haut d'une colline magnifique et attendra le temps qu'il me faudra pour aller à l'océan à pied en zig-zaguant (environ 2 mois), me tremper les pieds dans l'atlantique, puis revenir à la mer toujours à pince (2 petits mois encore) par une Haute Route des Pyrénées à ma sauce. Ensuite repasser au hameau perché dans les Fenouillèdes, sur la colline magnifique qui aura changé de couleur, récupérer mon véhicule et rentrer...

C'est la première fois que je mêle deux moyens de locomotion et au niveau de la préparation ça ne simplifie pas les choses. Il a fallu valider le sac à dos, les chaussures de marche, entre autres, et maintenant il faut rouler un peu pour faire la selle. J'ai sorti le vélo il y a six jours après quelques séances de rouleaux dans mon grenier, je partirai définitivement moins vite que Pesquet. D'autre part cela fait un mois et demi que je multiplie les séances chez le kiné et les journées de rando-test pour remettre en état un tendon d'Achille fragilisé l'été dernier et un coude endommagé lors d'une chute à vélo à l'automne 2019. Tout fonctionne bien maintenant.

Bien, la déclaration d'impôts est faite, toutes les factures sont payées, et sur la liste du « reste-à-faire », je cherche entre les gribouillis enragés ce qui n'est pas encore barré. Ré-expédition temporaire de courrier, ménage, sauvegardes, laver et déssaler ma Renault 11 Gtx, me dépoiler pour l'aérodynamisme et surtout vider le congélo et le frigo !

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